Médecine dentaire à l'Université de Montréal - À quoi servira notre argent, demandent les étudiants?

Photo: Agence Reuters

Les étudiants et le ministère de l'Éducation veulent savoir ce que paieraient exactement les 5000 $ de plus qu'un futur dentiste verserait à l'Université de Montréal.


Pour le demander, une centaine d'étudiants de la Faculté de médecine dentaire se sont déplacés à une séance d'information, à laquelle Le Devoir a assisté. Le doyen Gilles Lavigne, un professeur et deux représentants de leur association étudiante ont défendu le projet.

Fauteuils, ordinateurs, écrans, appareil de radiographie numérique: la Faculté préconise de voter d'abord une hausse de frais et ensuite de discuter des «priorités». «Vous n'allez pas signer un chèque en blanc», assure un des représentants de l'Association des étudiants en médecine dentaire.

Plus qu'une hausse de frais institutionnels obligatoires (FIO), l'accord des étudiants permettra, dit le doyen, de créer un «partenariat» entre la Faculté et eux. Ils pourront alors faire valoir leurs priorités en matière d'équipement et même d'offre et de parcours scolaire, à la table des décideurs. «Comment ça se fait que, si on veut changer les choses, il faut payer?», a demandé une étudiante. «Dans un partenariat, répond le doyen Gilles Lavigne, [tu es] comme une actionnaire d'une compagnie, [tu as ton] mot à dire». Et sinon? «C'est sûr que, si vous n'êtes pas partenaires, on ne fera peut-être pas de longues réunions pour savoir c'est quoi les priorités.»

Les futurs dentistes se demandent surtout à quoi servirait leur «investissement» dans la «compagnie». «Est-ce que notre argent va servir au minimum, pour être moderne — parce que moi, je dis que c'est à l'université de garder un minimum — ou si on va servir au crémage sur le gâteau?», a demandé l'un d'eux. La plupart semblent d'accord pour dire que certains équipements datent, les fauteuils de dentistes notamment.

Le ministère de l'Éducation se demande également à quoi servira l'argent. «Dans l'entente avec les étudiants et qui nous sera transmise, il faut préciser les buts de l'augmentation et dire à quoi ça va servir. En plus, si ça ne cadre pas dans les FIO, c'est automatiquement rejeté», explique la porte-parole Tamara Davis. La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, n'a pas réagi, car, dit sa porte-parole, elle «a déjà agi en encadrant les FIO avec des règles claires». Par exemple, tout investissement qui peut figurer au plan quinquennal de développement ne peut être financé à même les poches des étudiants, même «partenaires».

Le président de la Commission de l'agrément dentaire du Canada, Claude Lamarche, a qualifié hier de malhonnête la stratégie de la Faculté, qui prétendait que, si les étudiants n'investissaient pas, les programmes pourraient perdre leur reconnaissance officielle. «On ne peut pas présumer de la décision de la commission dans deux ans, c'est [du] chantage», soutient-il. Portant également le chapeau d'ancien doyen de cette même faculté, de 2000 à 2008, et de professeur, Claude Lamarche déplore le fait que cette stratégie fait «perdre de la crédibilité» à un projet auquel il croit, car les améliorations matérielles à apporter sont, dit-il, réelles.

«La dernière fois qu'on a eu de l'équipement neuf, c'était en 1993», dit-il. Pour lui, les droits de scolarité de «2800 $» sont «ridicules». «Comment voulez-vous qu'on survive avec ça? Les 100 $ de dégel, c'est des pinottes. On essaie juste de trouver des moyens de survivre.»
2 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 27 novembre 2009 11 h 16

    2800$?

    Comme si c'était seulement sur les frais de scolarité que les universités se finançaient? Combien la faculté de médecine dentaire reçoit-elle de subventions par étudiant?

  • Bernard Terreault - Abonné 27 novembre 2009 11 h 31

    Les études en médecine, dentisterie ou pharmacie sont un investissement - par B. Terreault

    Étant donné la pénurie de personnes qualifiées dans ces domaines, tout diplômé en médecine, dentisterie ou pharmacie a devant lui un poste assuré, et ces professions sont rémunérées à un niveau qui permet de rembourser rapidement quelques millers ou même dizaines de millers de dollars de dette. De plus, la formation de ces étudiants coûte une fortune en équipements ou en salaires ou les deux : il faut rappeler que les salaires des professeurs de médecine sont de l'ordre du double de celui des autres facultés tout en étant à temps partiel le plus souvent (je ne critique pas cette pratique, il faut les rémunérer à un taux compétitif). D'un simple point de vue financier, ces érudes sont donc un bon investissement. Il serait normal que les étudiants en assument une plus grande part des coûts, quitte à augmenter la valeur de leurs prêts-bourses et à convertir en bourse une part du prêt pôur ceux qui s'engagent à demeurer au Québec dix ans au minimum et a fortiori à oeuvrer dans des conditions ou des régions particulièrement difficiles. Il n'est pas normal que ces étudiants ne payent qu'un pourcentage infime du prix de leur études alors que l'étudiant en scienes humaines (et à un moindre degré en sciences "dures") en paye une bien plus grande part, étant donné les ratios professeur/étudiants bien différents.