Le salut des écoles de rang par Internet

«Il y a de plus en plus de petites écoles au Québec. À tel point qu'on a parfois l'impression d'assister au retour des écoles de rang», note la directrice du programme, Josée Beaudoin, du Centre francophone d'informatisation des organisations (CEFRIO). «Nous n'avons rien contre, pour autant que les enfants puissent y développer les compétences attendues au XXIe siècle.»

De la Beauce au Bas-Saint-Laurent, les écoles de moins de cinquante élèves se retrouvent souvent avec des classes où se côtoient des élèves de trois, voire quatre niveaux différents. Piloté par le CEFRIO, le projet EER a permis de briser leur isolement.

«Je me rappelle notamment le cas d'un enfant qui était le seul garçon de deuxième année de sa classe. Le programme lui a permis de côtoyer des garçons de son niveau, raconte Josée Beaudoin. On intervient dans les petits milieux où il y a peu d'enseignants, moins d'élèves, moins d'interactions, et où les professeurs sont souvent isolés. Le programme permet d'enrichir leur environnement éducatif.»

Cela prend la forme de deux outils qui peuvent être utilisés dans toutes les matières au programme: un forum électronique dans lequel les enfants travaillent ensemble pour résoudre des problèmes par écrit et une vidéoconférence qui permet, en quelque sorte, «d'ouvrir les frontières de la classe».

Les outils peuvent avoir des avantages parfois insoupçonnés. «On conseille souvent aux enseignants de confier aux plus malcommodes des responsabilités techniques», relève Thérèse Laferrière, de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, chercheuse associée au projet depuis le début.

Le soutien aux professeurs, souligne-t-elle, est fondamental. «Il y a toujours quelqu'un de disponible en ligne pour répondre aux questions pédagogiques et techniques des enseignants.» D'emblée, la vidéoconférence a permis dans certains cas à des orthopédagogues d'intervenir virtuellement dans certaines classes.

Testé pour la première fois en 2002, le projet Écoles éloignées en réseau touche aujourd'hui plus de 2500 élèves, 200 professeurs et 22 commissions scolaires dans toutes les régions du Québec. Un nombre qui pourrait «au moins» se multiplier par dix, croit Mme Beaudoin. Et ce, partout au Québec. «On agit souvent dans des écoles qui ne sont pas si éloignées des grandes villes. C'est le cas en Estrie, en Mauricie et en Beauce, où il y a plein de petites écoles. Les communautés veulent les maintenir en vie et surtout qu'elles demeurent de qualité.»

Le CEFRIO, qui est soutenu depuis le début par le ministère de l'Éducation, souhaite en faire un programme permanent de manière à ce que toutes les commissions scolaires qui le souhaitent puissent l'offrir. Un comité de travail créé l'an dernier en ce sens doit déboucher en 2010 sur un rapport et, espère-t-on, une reconnaissance officielle du programme.

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Avec la collaboration d'Amélie Daoust-Boisvert

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