... aussi du Gilles Tremblay

Le compositeur Gilles Tremblay jouit d’une reconnaissance internationale.
Photo: Société de musique contemporaine du Québec Le compositeur Gilles Tremblay jouit d’une reconnaissance internationale.

Gilles Tremblay, vous connaissez? «C'est bien tout le problème, se désole Walter Boudreau, directeur artistique de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ). Pourtant, c'est un compositeur internationalement reconnu, un "trésor national" qu'il conviendrait de célébrer au même titre que les meilleurs de nos artistes!» Voilà donc l'objectif de cette Année Tremblay, qui a pris son envol il y a un peu plus d'un mois, avec un concert d'ouverture baptisé Souffles.

«Il s'agit de notre deuxième Série hommage; la première a été consacrée à l'oeuvre de Claude Vivier», précise Pierrette Gingras, directrice générale de la SMCQ. Étant donné le succès qu'a connu cette première mouture, il n'est pas surprenant de constater que les activités proposées sont sensiblement les mêmes, mais assaisonnées à la sauce Tremblay.

Au menu, une tonne d'événements et de concerts — huit pour le mois de novembre seulement — ainsi qu'une vaste offensive dirigée vers le réseau scolaire québécois, dont le projet Le Grand Jeu/La Grande Écoute constitue le coeur. À la base, le principe est bien simple: les enseignants en musique sont invités à jouer ou à écouter en classe, dans le cadre de la semaine Tremblay, prévue au mois d'avril, une oeuvre du compositeur à l'honneur. Chaque professeur qui s'engage à le faire recevra une bande dessinée intitulée Au pays de l'émerveilleux Gilles Tremblay — écrite pour l'occasion par l'auteure jeunesse Marie Décary et illustrée par Élisabeth Eudes-Pascal — pour chacun des élèves qui y aura participé. Environ 20 000 exemplaires devraient être livrés, soit 6000 de plus que lors de la première Série hommage.

Mais ce n'est pas tout: «Le Grand Jeu/La Grande Écoute s'accompagne aussi d'une campagne provinciale de promotion dans les médias locaux. Lorsqu'une école décidera de s'engager dans le projet, nous enverrons au journal local de la ville des photos des participants, une copie de la BD et un DVD contenant une entrevue avec Gilles Tremblay, ainsi que quelques-unes de ses oeuvres», explique Pierrette Gingras, qui espère que ces initiatives susciteront la curiosité des lecteurs et que ces derniers s'intéresseront eux aussi à la musique du compositeur.

Terreau fertile

D'autre part, la SMCQ encourage les Harmonies scolaires, autant du primaire que du secondaire, à jouer des extraits des Vêpres de la Vierge, oeuvre spécialement adaptée par Serge Arcuri pour un public plus jeune qui ne maîtrise pas encore parfaitement les instruments. Encore mieux, des jeux sonores ont été prévus pour les élèves incapables de lire la musique. Ils ont été construits à partir de Solstices par M. Boudreau, qui précise que la participation ne nécessite aucune connaissance musicale particulière. «Il suffit d'être capable de produire des onomatopées, qui seront ensuite mises en relation afin de produire une mélodie cohérente.» Fait à noter, ces deux partitions seront disponibles gratuitement pour les enseignants qui s'inscriront à l'activité Le Grand Jeu/La Grande Écoute.

On cherche ainsi à faire connaître l'oeuvre et la vie de Gilles Tremblay, mais aussi, plus largement, à «familiariser les jeunes avec le processus de création» afin de susciter chez eux un désir réel de se consacrer à la musique. «C'est bien beau de mettre une flûte à bec dans la bouche de quelqu'un et de lui faire apprendre des chansons par coeur, mais l'esprit inhérent à la pratique musicale n'est pas là, croit Walter Boudreau. Cela pousse trop souvent les gens à abandonner, puisqu'ils ne goûtent pas au plaisir fondamental de la musique, ils n'ont pas développé de terreau fertile» à l'apprentissage musical. Au contraire, ceux qui goûtent aux joies de la création développent souvent «un rapport différent avec la musique».

Permettre la réflexion

Derrière le paravent Tremblay, c'est aussi tout l'univers de la musique contemporaine qui est abordé, mais de manière ni pompeuse ni élitiste. Encore une fois, on accorde beaucoup d'importance à la démarche personnelle de création ainsi qu'à la vulgarisation. À cet égard, un outil très intéressant a été mis au point par la SMCQ: le musicolateur. Il s'agit d'une «table musicale» digitale, qui permet d'importer des sons, puis de jouer avec ces derniers en touchant à la table. «Il est ainsi possible de manipuler le son de manière extrêmement sophistiquée sans formation préalable, avec seulement deux doigts», explique Pierrette Gingras. Une simplicité qui ouvre beaucoup de portes, autant pour les enfants en bas âge que pour les étudiants qui éprouvent des difficultés d'apprentissage.

«Dès le départ, cet instrument confronte l'utilisateur aux choix terribles de la création», ajoute Walter Boudreau, certain du fait que cette expérience peut contribuer à faire comprendre que «l'art est un moyen qui permet une réflexion sur le monde».

Réflexion qu'il importe de mener, comme l'a fait Gilles Tremblay par le biais de son oeuvre. Voilà bien pourquoi, termine Boudreau, «nous aimerions qu'un élève qui se fera demander, à la fin de l'année, "Mais qui est Gilles Tremblay?" puisse répondre que c'est un compositeur québécois d'exception». Parce qu'ainsi il aura peut-être lui aussi commencé à s'interroger sur ce qui l'entoure.