Tensions à l'Université Laval - L'enquête sur le professeur et romancier a débuté en février

Le professeur André C. Drainville fait l'objet d'une enquête interne depuis février à l'Université Laval en raison de la publication d'un roman controversé dépeignant les universitaires comme des «niais titularisés», des «ânes insignifiants» et une «bande de laquais polis et soumis».

La vice-rectrice aux ressources humaines, Lise Darveau-Fournier, et son adjoint enquêtent sur le cas de Drainville à la demande du doyen de la faculté de science politique, Claude Beauchamp, et de 19 professeurs réclamant son congédiement. Drainville aurait terni la réputation du département de science politique et de ses collègues avec la publication de son premier roman, intitulé Les Carnets jaunes de Valérien Francoeur, qui a crevé quelques enflés.

L'auteur, A. C. Drainville, raconte la dérive de l'université Mazarin, à Québec, une institution passée du féodalisme au néolibéralisme, où les universitaires dits de gauche sont désormais vendus aux principes de la rentabilité. Le fameux A. C. Drainville tire sa matière première de carnets jaunes remis par Valérien Francoeur (une allusion à Valéry Fabrikant), un professeur aliéné qui avait consigné dans des cahiers d'écolier 27 ans d'observations sur ses collègues et son milieu de travail. Le personnage fictif de Francoeur abattra quatre de ses collègues deux jours après sa rencontre avec Drainville.

Fait à souligner, personne n'a intenté de poursuite en libelle diffamatoire contre André C. Drainville. «Ils savent que ça ne passera pas. La virulence du doyen s'explique par la faiblesse de sa position», a commenté l'auteur. Il attribue ses déboires au réflexe corporatiste de collègues «complètement inféodés à l'université».

Drainville a par contre fait preuve d'audaces dans les remerciements de son bouquin. «J'ai donné à ce roman la meilleure part de moi-même et un peu plus. La meilleure part, je l'ai rescapée du bourbier infernal qu'est le département de science politique de l'Université Laval. L'un peu plus, certains me l'ont donné, d'autres prêté: je l'ai parfois dérobé ou escroqué», écrit-il.

Spécialiste en droit de l'information, l'avocat Marc-André Blanchard se régalerait de ce passage s'il devait représenter des professeurs se sentant lésés par l'oeuvre de Drainville (ce qui n'est pas le cas).

Même si Drainville n'a pas reçu de mise en demeure, la publication de son roman a déclenché une guerre intestine sans merci. Le doyen Claude Beauchamp impute la démission du directeur du département à la parution des carnets jaunes. Et les candidats à la succession refuseront de briguer le poste «tant que le problème posé par le professeur Drainville n'aura pas été réglé», écrit-il dans une lettre à la vice-rectrice.

Claude Beauchamp accuse André C. Drainville de «se cacher derrière un pseudo-roman pour, entre autres, insulter et diffamer [...] des collègues». Il perçoit l'ouvrage comme «un pamphlet où nous reconnaissons facilement les lieux et plusieurs collègues», en donnant quelques exemples à l'appui. M. Beauchamp n'a pas rappelé Le Devoir hier.

Pour Marc-André Blanchard, l'affaire est tout simplement «fascinante». «Les demandeurs éventuels subissent des dommages plus importants par la dissémination de cette lettre que par le livre lui-même», dit-il. Or l'auteur de propos diffamatoires ne peut être tenu responsable de leur récupération et de leur diffusion par une tierce partie.

La vice-rectrice, Lise Darveau-Fournier, a refusé de commenter le litige afin de demeurer «le plus objective possible dans les circonstances». Elle s'est montrée soucieuse d'en arriver «à un consensus» respectant «les droits et libertés des uns et des autres».

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