Prix Armand-Frappier - Le scientifique administrateur

Luc Vinet
Photo: Rémy Boily Luc Vinet

À la fois physicien, mathématicien et administrateur universitaire, Luc Vinet, recteur de l'Université de Montréal, vient de recevoir le prix Armand-Frappier. Il s'agit de la plus haute distinction décernée par le gouvernement du Québec à des «personnes qui ont mené une carrière en recherche et qui ont contribué au développement d'une institution de recherche ou qui se sont consacrées à l'administration ou à la promotion de la recherche».

Luc Vinet raconte s'être passionné très tôt pour les sciences et la technologie. Dès l'école secondaire, il trouve la physique fascinante. Il choisit plus tard cette discipline et obtient un doctorat en physique théorique de l'Université Pierre-et-Marie-Curie à Paris, puis un doctorat en physique théorique de l'Université de Montréal. Il effectue par la suite des études postdoctorales au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Dans les années 1980, il entreprend une carrière de chercheur et de professeur au département de physique de l'Université de Montréal.

Ses travaux de recherche font appel à la physique et aux mathématiques. «Ce qui m'émerveille toujours, c'est de voir à quel point les mathématiques sont adaptées à décrire l'univers dans lequel on vit, indique Luc Vinet, actuellement recteur de l'Université de Montréal. Un fil qui guide mes travaux, c'est l'examen des symétries qui s'expriment dans les différentes lois de la nature», explique-t-il. Le chercheur travaille à l'identification de ces symétries et au développement d'outils mathématiques pour les décrire. Partant, il cherche à parvenir à une meilleure compréhension des forces de la nature. Il a ainsi fait plusieurs découvertes.

Création de réseaux

De 1993 à 1999, Luc Vinet dirige le Centre de recherches mathématiques (CRM). Durant son mandat au CRM, il devient également président-fondateur du Réseau de calcul et de modélisation mathématiques (rcm2), fruit de la fédération de sept centres ou instituts de recherche montréalais. Il s'agit alors de créer des masses critiques de chercheurs en les mettant en relation et d'offrir un guichet d'expertise unique pour leurs partenaires du secteur privé, indique M. Vinet, à la tête de ce réseau de 1996 à 1999.

Sous la présidence de Luc Vinet, le Réseau de calcul et de modélisation mathématiques décroche le mandat de mettre sur pied et de gérer un laboratoire de recherche dans le domaine du multimédia, le Laboratoire universitaire Bell (LUBE). M. Vinet en devient le premier président-directeur général, une fonction qu'il occupe en 1998 et en 1999. Il est aussi à l'origine de la création du Réseau québécois de calcul de haute performance. Il est en outre l'un des membres fondateurs du MITACS, le Réseau de centres d'excellence sur les mathématiques des technologies de l'information et des systèmes complexes. Ce réseau voit le jour en 1999, grâce à la collaboration du CRM, du Fields Institute, à Toronto, et du Pacific Institute for Mathematical Sciences (PIMS), dans l'Ouest canadien.

Administration universitaire

En 1999, Luc Vinet devient vice-principal à l'enseignement de l'Université McGill. Il y occupe par la suite les postes de vice-principal aux affaires académiques et de vice-principal exécutif. «À McGill, j'ai lancé un très grand programme pour renouveler le corps professoral, indique-t-il. J'ai fait une utilisation assez originale, dont je suis assez fier, du programme des chaires de recherche du Canada», ajoute l'administrateur universitaire. «J'ai proposé que nous n'utilisions ce programme que pour recruter des personnes à l'extérieur de l'université», dit-il, précisant que l'établissement y est parvenu. L'Université McGill a parallèlement créé un programme de chaires internes.

Dans une lettre d'appui à la candidature de Luc Vinet au prix Armand-Frappier, Heather Munroe-Blum, principale et vice-chancelière de l'Université McGill, indique qu'il a par ailleurs «joué un rôle de premier plan dans la création de Génome Québec en réunissant les principales parties intéressées, afin de mener à bien les étapes précédant la création de cette institution québécoise».

Depuis 2005, Luc Vinet est recteur de l'Université de Montréal. Il se dit fier d'avoir pu lancer officiellement le projet de campus sur le terrain de l'ancienne gare de triage d'Outremont. Le projet prévoit, dans un premier temps, la construction d'un pavillon des sciences. Au cours du mandat de Luc Vinet, l'Université de Montréal a aussi mis sur pied l'École de santé publique, inauguré un centre hospitalier universitaire vétérinaire à Saint-Hyacinthe, fait construire un pavillon de médecine à Trois-Rivières et créé le Centre de pharmacogénomique Beaulieu-Saucier, en partenariat avec l'Institut de cardiologie de Montréal. Le Centre sur la biodiversité est aussi en construction au Jardin botanique de Montréal.

Luc Vinet est également vice-président de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) et membre du G-13, qui regroupe les treize universités canadiennes ayant la plus haute intensité de recherche.

Actions internationales

D'ici la fin de son mandat de recteur de l'Université de Montréal, le 31 mai 2010, il compte mener à bien différents projets entrepris, notamment l'évaluation des programmes. Il évoque également certaines initiatives internationales, qu'il dit avoir «très à coeur». Il mentionne ainsi le Forum international des universités publiques (FIUP), qui a été inauguré officiellement en 2007 et dont le secrétariat permanent se trouve à l'Université de Montréal. «C'est important pour moi de quitter en m'assurant qu'il est en bonne santé», indique le recteur.

M. Vinet dit par ailleurs oser croire que le prix Armand-Frappier est un encouragement à poursuivre, à continuer d'offrir une contribution. «Il y a toutes sortes de dossiers, de champs, qui me préoccupent beaucoup.» Selon lui, les grands défis de l'université sont étroitement liés à ceux qui confrontent l'humanité. M. Vinet souligne que les universités forment les jeunes qui devront y faire face, que des idées y germent et que des inventions y voient le jour. Il évoque la question des changements climatiques ainsi que des enjeux liés à la paix et à la pauvreté. «Le défi qu'on a, c'est de s'assurer que les universités répondent à cela et que, malgré la situation toujours un peu concurrentielle dans laquelle on est, elles restent altruistes et orientées vers ces grands enjeux. Et, donc, je vais m'employer, me mettre en disponibilité relativement à ces questions-là.»

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Collaboratrice du Devoir