La relève est à l'IRCM - L'institut montréalais abrite 36 équipes de recherche en science biomédicale

Claude Lafleur Collaboration spéciale

À l'Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), on se fait un devoir de former les chercheurs qui feront progresser la médecine de demain et la recherche biomédicale au Québec. À cette fin, l'IRCM emploie dans ses laboratoires de 120 à 150 étudiants inscrits à la maîtrise ou au doctorat.

« Voilà qui est fort important pour le Québec et pour le Canada, si on veut disposer, à l'avenir, de scientifiques, indique Tarik Möröy, président et directeur scientifique de l'IRCM. Nos étudiants sont de jeunes passionnés qui veulent faire carrière en science biomédicale. Chez nous, ils poursuivent leurs projets de recherche en contribuant à faire avancer nos travaux et à faire progresser la science. »

L'Institut de recherches cliniques de Montréal est un centre de recherche indépendant affilié aux facultés de médecine de l'Université de Montréal et de l'Université McGill. On y fait de la recherche fondamentale et clinique, notamment sur le cancer, la haute pression et le diabète. « Vous trouvez à l'IRCM des passionnés de recherche qui passent leur temps dans leur laboratoire, y compris même leurs nuits », lance en riant le président de l'établissement.

« Nous nous voyons comme un centre de recherche d'excellence, ajoute-t-il. C'est dire que nous mettons beaucoup l'accent sur l'excellence en sélectionnant, entre autres, avec soin les doctorants afin d'avoir ici des gens extraordinaires. »

L'IRCM compte 36 équipes de recherche, dont l'une dirigée par Tarik Möröy, qui se consacre à l'hématopoïèse et au cancer. « Dans mon équipe, nous nous intéressons au processus de formation des cellules dans le sang, explique le directeur de recherche, ce qu'on appelle l'hématopoïèse. »

Son équipe étudie comment, dans la moelle osseuse, les cellules sanguines et immunitaires se forment à partir de cellules souches. « Nous étudions le processus de différenciation des cellules souches qui produit les globules blancs, les globules rouges et d'autres cellules qui participent à la défense immunitaire de l'organisme, précise M. Möröy. Sans ces cellules, on ne pourrait se défendre contre les virus, les bactéries et les autres infections. Il est de ce fait très intéressant de voir quels sont les facteurs régulateurs qui entrent dans la formation des globules blancs, rouges, etc. »

Cette équipe se penche entre autres sur l'étude de la leucémie, le cancer du sang. « Si, au cours du processus de différenciation des cellules souches, quelque chose ne va pas, on risque de développer certaines maladies, dont la leucémie, relate le chercheur. Nous sommes donc intéressés à comprendre comment se développe la leucémie. »

Pour ses travaux, M. Möröy emploie trois étudiants au doctorat. « Par exemple, l'un se consacre à l'étude d'un facteur spécifique, d'une protéine spécifique, et comment celle-ci régule une certaine différenciation des cellules T, indique-t-il. Chaque doctorant poursuit un projet particulier en étudiant une molécule précise, comment elle fonctionne, etc. »

Le but de tout doctorant est de parvenir à faire une petite avancée scientifique afin, espère-t-il, de rédiger une communication qui sera publiée dans une revue savante. « Si l'étudiant parvient à démontrer qu'il a obtenu une ou deux publications, cela le prépare d'autant à défendre sa thèse », souligne le directeur du laboratoire de recherche en hématopoïèse et cancer.

Poursuivre

Normalement, une fois son doctorat en poche, l'apprenti cher-cheur réalisera un postdoctorat dans un autre établissement de recherche. Souvent, les doctorants issus de l'IRCM s'en vont aux États-Unis, alors que l'institut accueille pour sa part des postdoctorants provenant de l'Europe, de la Chine, de l'Inde et du Canada. « Si on veut faire une carrière de chercheur, la pratique veut qu'on aille faire son postdoc auprès d'un autre patron de recherche afin d'expérimenter d'autres techniques », explique M. Möröy.

Par la suite, le jeune chercheur peut rentrer chez lui ou aller n'importe où dans le monde. « Il est important de souligner que nous rapatrions pas mal de chercheurs qui ont amorcé leur carrière ici, indique Tarik Möröy. On a une fonction de rapatriement qu'on exerce avec beaucoup de succès! »

À la recherche de l'excellence

Pourquoi bon nombre de jeunes chercheurs québécois reviennent-ils ici? Le directeur de l'IRCM signale que, premièrement, les conditions pour mettre sur pied sa propre équipe de travail sont particulièrement favorables au Québec.

Il avance en outre qu'il lui semble que les Québécois seraient « très attachés » à leur culture. « Je suis d'origine allemande, dit-il, et je crois constater qu'il y a une liaison forte entre les Québécois et leur Québec, à travers la langue et la culture... Mais là, je ne suis pas un expert en la matière et je m'avance peut-être un peu... » Il constate néanmoins que bon nombre de chercheurs qui ont fait leurs débuts à l'IRCM y reviennent.

Une autre motivation pourrait bien être l'accent que l'IRCM met sur la recherche. D'une part, les chercheurs de l'institut consacrent l'essentiel de leur temps à faire de la recherche, et non à cumuler une fonction d'enseignement comme cela se fait chez les professeurs d'université. « Nous faisons peu d'enseignement à l'IRCM, indique le président. L'accent, ici, c'est de faire de la recherche. »

D'autre part, l'IRCM insiste beaucoup sur l'excellence. « Nous sélectionnons tous nos chercheurs pour leur excellence afin d'avoir des gens extraordinaires qui travaillent ici! », lance fièrement M. Möröy. Il cite par exemple le fait que les excellents étudiants au doctorat obtiennent souvent, par le fait même, des bourses d'études. « Or 40 % de nos doctorants possèdent de telles bourses, dit-il. C'est dire qu'une bonne part de nos doctorants témoignent d'une certaine qualité... »

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Collaborateur du Devoir

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