Vers de nouvelles hausses des droits de scolarité

Tout indique que le gouvernement Charest entend maintenir le rythme des hausses des droits de scolarité de 100 $ par année après l'année 2011-12, c'est-à-dire au-delà des cinq années de hausses annoncées lors de la campagne électorale de 2007. C'est du moins le scénario budgétaire fourni par le ministère de l'Éducation à la direction de l'Université du Québec à Montréal pour la préparation du plan de retour à l'équilibre, adopté mercredi en conseil d'administration.

En 2007, Jean Charest avait annoncé une hausse de 100 $ par année (à raison de 50 $ par session) des droits de scolarité. De 1668 $ pour un étudiant à temps plein en 2007, les droits augmentent progressivement jusqu'à atteindre 2168 $ en juin 2012. Jusqu'à présent, aucune indication n'avait été donnée sur ce qui adviendrait après 2012. Notons toutefois que des élections devraient normalement se tenir au plus tard en 2013.

Or, l'UQAM comptabilise des hausses de 100 $ par année jusqu'à la fin de son plan de retour à l'équilibre, en 2015-16, et ce, après avoir collaboré étroitement avec le ministère pour valider son plan. «Nous avons travaillé avec des paramètres que nous avons demandés au ministère de l'Éducation. Nous leur avons demandé: "Qu'est-ce qu'on prend comme mesure?" Nous avons fait des projections à partir des indications qu'ils nous ont données», explique au Devoir le recteur de l'UQAM, Claude Corbo.

Il précise qu'il s'agit d'hypothèses de travail, tout comme les indications provenant du ministère des Finances sur l'évolution des taux d'intérêt. «Les fonctionnaires essaient de nous donner des indications sur comment on peut voir l'avenir. Sans cela, nous aurions mis zéro» pour ce qui est des hausses de la contribution des étudiants, indique M. Corbo.

C'est principalement la hausse des droits de scolarité et celle des frais institutionnels — que l'UQAM prévoit d'augmenter à la limite permise par le ministère —, combinée à une hausse de clientèle qui permet à l'UQAM d'espérer renouer avec l'équilibre budgétaire en 2015-16. «Quand on met tout cela ensemble, cela fait une trentaine de millions de plus par année dans les coffres de l'université au terme du processus», précise le recteur.

Relance

Le plan de retour à l'équilibre budgétaire mise par ailleurs beaucoup sur l'augmentation du nombre d'étudiants, principalement aux deuxième et troisième cycles. L'UQAM estime que l'embauche de 145 nouveaux professeurs, résultant du débrayage de cet hiver, permettra de recruter environ 700 étudiants aux cycles supérieurs.

«Nous sommes dans un mode de relance, il s'agit pour nous de reconquérir notre part du marché universitaire montréalais, de poursuivre des développements ciblés aux cycles d'études supérieures», déclare M. Corbo, soutenant que chaque nouveau professeur permet le recrutement d'au moins cinq étudiants de maîtrise et de doctorat. Dans une demi-douzaine de programmes de cycles supérieurs, l'UQAM a dû l'an dernier refuser 335 étudiants correspondant aux critères d'admission, faute de professeurs pour les encadrer.

Le plan prévoit un déficit de 10 millions l'année prochaine, puis de l'ordre de 16 millions pour les deux années suivantes. La diminution se fait ensuite graduellement, jusqu'à renouer avec l'équilibre budgétaire en 2015-16, soit deux ans plus tard que ce qui avait été convenu initialement avec la ministre de l'Éducation.

Ce retard ne devrait cependant pas faire sourciller à Québec, puisqu'il a été pratiquement convenu lors de l'entente avec les employés de soutien. Alors que Québec avait pris à sa charge l'augmentation de la masse salariale des professeurs à la suite de la grève, il a en effet été convenu que l'UQAM assumerait elle-même celle des employés de soutien en modulant son plan de redressement.

Il reste maintenant à négocier avec le syndicat représentant les employés étudiants. Une démarche de conciliation a d'ailleurs été entreprise récemment.

Rappelons que le gouvernement est venu au secours de l'UQAM deux fois plutôt qu'une à la suite de la dérive immobilière qui a creusé un trou financier d'un demi-milliard et qui a mené l'université au bord de la faillite technique. Québec s'est en effet engagé à tenir l'UQAM indemne des conséquences financières du projet de construction avorté de l'îlot Voyageur, mettant de côté 200 millions à cette fin dans une fiducie. Le gouvernement a payé en outre 180 millions de plus pour éponger la dette de construction du Complexe des sciences.

Au cabinet de la ministre de l'Éducation, Michèle Courchesne, on s'est réjoui de voir le plan de retour à l'équilibre enfin adopté par l'UQAM, après la présentation de plusieurs plans qui ne permettaient pas de ramener le déficit à zéro. «On va analyser le document et voir les suites à y donner», a indiqué l'attachée de presse de la ministre, Kim Ledoux.