La cause du Loyola High School en cour - Les jésuites contestent à leur tour le nouveau cours d'éthique

Un deuxième épisode de la contestation juridique du caractère obligatoire et universel du cours d'éthique et culture religieuse s'amorce ce matin au palais de justice de Montréal. Le collège privé Loyola High School, administré par des jésuites, conteste en effet la décision du ministère de l'Éducation qui lui refuse la possibilité de donner son propre cours, d'un point de vue catholique, plutôt que le nouveau cours d'éthique et culture religieuse.

Après des parents de Granby qui revendiquent auprès des commissions scolaires la possibilité d'exempter leurs enfants du nouveau cours d'éthique et culture religieuse (ECR), voilà maintenant qu'un collège catholique anglophone réclame la possibilité de le remplacer par un programme local, qui n'abandonnerait pas la perspective catholique.

Les jésuites qui administrent le collège n'ont rien contre l'idée de présenter les autres grandes religions, précise leur avocat, Mark Phillips, en entrevue au Devoir. Ils en ont plutôt contre l'exigence de neutralité dans l'enseignement, alors qu'on demande aux enseignants de ne pas laisser filtrer leurs propres croyances. «C'est comme dire à des enseignants catholiques: "vous pouvez l'être 23 heures par semaine, mais lorsque vous parlez de religion et d'éthique, vous cessez d'être des catholiques". Cela n'a aucun sens dans une école avec un caractère catholique, jésuite», fait valoir Me Phillips.

Depuis septembre dernier, le cours d'ECR est obligatoire pour les enfants du primaire et du secondaire du Québec, qu'ils fréquentent une école publique ou privée, et ce, même si leur collège privé est confessionnel. Ce cours remplace l'ancien système d'option entre l'enseignement religieux confessionnel et l'enseignement moral. Rien n'empêche toutefois les écoles privées d'offrir une formation religieuse confessionnelle, en surplus du programme obligatoire.

Autorisation refusée

La loi sur l'enseignement privé prévoit cependant que des écoles peuvent proposer un programme équivalent à celui du ministère, sur autorisation de la ministre. Or, cette autorisation a été refusée au Loyola High School par le ministère. On estimait que cela «empêcherait les élèves visés de recevoir la formation souhaitée pour tous les élèves du Québec».

Les jésuites n'ont rien contre l'idée de voir leurs élèves exposés à d'autres religions, précise Me Phillips, soulignant que le programme en vigueur depuis 25 ans au Loyola High School aborde déjà un éventail de croyances religieuses. «Mais le cours d'ECR réduit les religions à une question de rites, de manifestations culturelles. C'est une dénégation du sens profond des religions», plaide Me Phillips.

Le procès devrait se tenir toute la semaine. Une autre cause, mettant en scène des parents qui réclamaient à la commission scolaire une exemption pour que leurs enfants ne soient pas tenus de suivre le cours d'ECR, a été entendue au début du mois de mai à Granby. Il faudra cependant attendre à la fin de l'été, voire à l'automne, pour connaître la décision du juge.

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