Université de Montréal - Quand rien ne sert de prévoir à long terme

La direction de l'Université de Montréal a renoncé à produire cette année des prévisions budgétaires à long terme, tant son déficit structurel est important et commande une révision en profondeur des dépenses et sources de financement.

C'est ce qu'a expliqué au Devoir le vice-recteur exécutif de l'UdeM, Guy Breton, au lendemain de l'adoption d'un budget déficitaire de 14,9 millions, qui devrait porter le déficit accumulé de l'établissement à 153,8 millions en juin 2010. «Faire un pro-forma, quand on sait que les chiffres vont changer, cela ne donne rien, donc on ne le fera pas», explique M. Breton.

Dans le dernier exercice de prévision à long terme, il avait annoncé un retour à l'équilibre en 2009-10, qui ne s'avère pas. Le versement des subventions conditionnelles par le gouvernement du Québec s'appuyait d'ailleurs sur de telles prévisions. L'UdeM, qui a déjà procédé à des compressions de 40 millions depuis 2004, doit donc résorber un déficit d'environ 3 %, sur un budget de quelque 600 millions.

Un gel de l'embauche a déjà été décrété, pour tous les corps d'emploi. Au cours des prochains mois, tous les aspects du fonctionnement de l'université seront révisés dans l'espoir d'économiser quelques sous.

«On cherche des solutions à l'interne, mais cela va prendre aussi des solutions à l'externe. [...] Plus de 90 % de notre budget est contrôlé par le gouvernement du Québec. C'est clair que c'est cet agent-payeur qui va devoir nous aider à trouver l'argent qu'il nous faut», fait valoir M. Breton.

Plutôt qu'une aide globale, l'UdeM tentera de convaincre Québec d'allonger quelques millions pour des dossiers spécifiques, tels l'implantation d'un nouveau logiciel de gestion des dossiers d'étudiants ou encore un meilleur financement du tout nouveau Centre hospitalier universitaire vétérinaire situé à Saint-Hyacinthe.

Pour l'heure, le vice-recteur ne craint pas trop que le gouvernement retienne ses subventions conditionnelles en raison de la mauvaise performance budgétaire de l'université, comme cela a déjà été fait au cours des dernières années. C'est que le déficit plus élevé que prévu pour l'année 2008-09 de 10,1 millions, comparativement au manque à gagner qui était anticipé de 7,8 millions, s'explique essentiellement par les effets de la déconfiture des marchés financiers sur le régime de retraite. «Le gouvernement du Québec ne peut nous reprocher d'avoir un coup dur sur le régime de retraite», avance M. Breton.

Le Syndicat général des professeurs de l'UdeM a reçu comme une douche froide le budget hier, décriant surtout le non-remplacement des professeurs. Le vice-président du syndicat, Samir Saul, s'étonne par ailleurs de certaines priorités de la direction, comme l'octroi de 3,5 millions pour un nouveau logiciel de gestion des dossiers des étudiants. «Quand on est pris à la gorge, il faut parfois faire des choix cruels et mettre l'accent sur ce qui est prioritaire, à savoir l'enseignement et la recherche», fait valoir M. Saul.

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