77e congrès - La science en français est une « affaire capitale »

Mona Nemer, vice-rectrice à la recherche de l’Université d’Ottawa et présidente du comité organisateur du 77e congrès de l’Acfas.
Photo: Mona Nemer, vice-rectrice à la recherche de l’Université d’Ottawa et présidente du comité organisateur du 77e congrès de l’Acfas.

Il y a maintenant 10 ans que l'Université d'Ottawa n'a pas été l'hôtesse du congrès annuel de l'Association francophone pour le savoir (Acfas). Du 11 au 15 mai prochain, elle accueillera enfin le 77e congrès de l'organisation, qui a pour thème cette année «La science en français... une affaire capitale». Une préoccupation de premier ordre, d'ailleurs, pour l'établissement, qui trop fréquemment se fait accoler l'étiquette d'université anglophone.

«L'Université d'Ottawa est une université bilingue et nous accueillons environ 30 % d'étudiants francophones», indique Mona Nemer, vice-rectrice à la recherche de l'Université d'Ottawa et présidente du comité organisateur du 77e congrès de l'Acfas.

Cette francophone et Montréalaise d'origine surprend d'ailleurs tous ses anciens collègues montréalais lorsqu'elle leur raconte à quel point de nombreux aspects de sa vie universitaire se déroulent en français dans la capitale nationale. «La tenue du congrès de l'Acfas revêt donc une importance particulière pour l'Université d'Ottawa, qui souhaite que le fait français dans la science demeure à l'avant-scène. Maintenir et améliorer les services d'enseignement et la vie académique en français est aussi une priorité pour nous», affirme Mme Nemer.

D'ailleurs, cet établissement universitaire de la capitale canadienne a pour politique de ne pas accorder un poste permanent à un professeur qui n'est pas bilingue. «Dernièrement, l'université a vu une expansion importante de son corps professoral et, parmi les nouveaux professeurs embauchés, on compte un nombre important de francophones», se réjouit Mona Nemer.

Le défi de faire de la science en français

Mais, on doit l'avouer, faire de la science en français demeure un défi de tous les jours pour les francophones. «En fait, c'est surtout dans le domaine des sciences de la vie et du génie que c'est difficile, parce que, dans les grands congrès internationaux, l'anglais domine. Mais, dans les autres secteurs de recherche, les autres langues sont plus présentes», indique Mme Nemer, qui revient tout juste d'un congrès tenu au Mexique où tout s'est déroulé en espagnol.

D'ailleurs, indique-t-elle, c'est seulement depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale que l'anglais s'est imposé dans le monde des sciences de la vie et du génie, parce que, à cette époque, les activités de recherche dans ces secteurs se sont fortement développées aux États-Unis. «Avant, les publications étaient davantage en allemand, en français et en russe, précise-t-elle. Ce sont des périodes, et on verra ce que les prochaines années nous réservent. Il se peut qu'une autre langue s'impose.»

Toutefois, si la langue dominante est utilisée par les chercheurs dans les grands congrès internationaux, plusieurs continuent de parler leur langue maternelle dans leurs activités quotidiennes. «Au Québec, notamment, et ici, à l'Université d'Ottawa, bien des équipes de recherche parlent français dans leur vie de tous les jours, tout en acceptant de parler anglais lors des événements internationaux. L'un n'empêche pas l'autre et il ne faut pas baisser les bras», affirme Mme Nemer.

Les organisateurs du 77e congrès de l'Acfas souhaitent d'ailleurs aborder directement la question du défi de faire de la science en français.

«Par exemple, certains symposiums se pencheront sur la minorité linguistique francophone qui travaille dans un environnement anglophone», ajoute Mme Nemer.

Un congrès multidisciplinaire

Les organisateurs du congrès de l'Acfas veulent toutefois viser beaucoup plus large avec la thématique «La science en français... une affaire capitale»! Ils veulent également démontrer que le fait français existe dans tous les secteurs de recherche, de l'éducation aux maladies cardiovasculaires, en passant par la mise au point de nouveaux médicaments.

«L'idée, c'est de rassembler des chercheurs francophones issus de différents domaines. Parce que nous croyons qu'aujourd'hui les problèmes complexes auxquels nous faisons face doivent être pris en charge selon une approche multidisciplinaire», affirme Mona Nemer. Or les congrès scientifiques sont généralement très disciplinaires.

«C'est donc une vraie chance que des collègues provenant de domaines aussi variés que l'économie, le marketing, la chimie, la psychologie et l'éducation puissent se rencontrer et discuter de leurs travaux de recherche, tout en examinant les grands défis du XXIe siècle», se réjouit-elle.

Des invités provenant de partout

Le congrès de l'Acfas invite généralement des étudiants de niveaux différents, de la maîtrise au postdoctorat, mais aussi des professeurs-chercheurs et différentes sommités internationales appartenant au grand réseau de la francophonie. Cette année, plusieurs pays et régions du monde seront représentés, que ce soit la France, l'Afrique du Nord, le Liban ou la Belgique.

«D'un point de vue financier, l'Université d'Ottawa a d'ailleurs contribué de façon importante au congrès pour qu'on arrive à inviter des chercheurs de l'étranger, parce que, malheureusement, nous avons reçu très peu de soutien de la part des gouvernements», déplore Mme Nemer.

Or, d'après la vice-rectrice à la recherche de l'Université d'Ottawa, ce type d'événement entraîne différentes retombées positives. «C'est une vitrine très intéressante pour montrer ce qui se passe dans la recherche au pays, pour attirer des chercheurs étrangers et même pour tenter de rapatrier des chercheurs qui se sont installés ailleurs.»

Une telle rencontre multidisciplinaire est aussi très importante afin de faire circuler les idées, de trouver des pistes de solution pour les grands défis qui se présentent à nous, d'après Mme Nemer. «Les gouvernements fédéral et provincial devraient donc accorder un meilleur financement à ce genre d'événement scientifique, d'autant plus que les sommes nécessaires pour permettre la venue de sommités internationales sont minimes, si on regarde les budgets des gouvernements.»

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Collaboratrice du Devoir

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- Pour plus d'information: www.acfas.ca.

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