Formation à distance - Tout est affaire d'interactions

Danielle Paquette
Photo: Danielle Paquette

La formation à distance a ses défis. Les étudiants, dont la moyenne d'âge à la Télé-Université se situe à 37 ans, sont souvent des travailleurs à temps plein qui doivent étudier entre deux dossiers ou après le coucher des enfants. Un groupe de recherche tente d'entrer dans leur cerveau pour mieux les aider.

La formation à distance, Danielle Paquette s'y connaît. D'abord étudiante, puis tutrice, chargée d'encadrement et enfin professeure, elle en conçoit presque toutes les facettes. Son équipe du Groupe interinstitutionnel de recherche en formation à distance (GIREFAD) et elle-même en approfondissent justement une autre: le rapport de l'étudiant avec ce qui lui est offert pour apprendre.

Ce projet de recherche est venu d'un constat: il y a un décalage entre ce que les concepteurs des cours croient être l'utilisation des ressources par les étudiants et ce que les étudiants utilisent vraiment. «On met en place des moyens d'apprentissage, mais les étudiants les "trafiquent" plutôt ou ne les utilisent pas, explique la professeure, dans le lumineux bureau aux grands murs blancs qu'elle occupe à la Télé-Université depuis 2005. On veut donc adopter la perspective étudiante pour s'en rapprocher davantage.»

Dialogue

Cette distorsion est présente dans les interactions de l'étudiant avec le matériel, le professeur ou le tuteur, son entourage, ses pairs et l'établissement d'enseignement. La littérature sur la formation à distance insiste par exemple sur la nécessité du dialogue pour apprendre. Des ressources ont donc été mises en place pour favoriser les échanges entre les pairs à la Télé-Université. Les entrevues avec des étudiants qu'effectue le GIREFAD révèlent toutefois une autre réalité. «Si c'est important, les étudiants n'en veulent pas!, s'exclame celle qui présentera ses réflexions dans le cadre du congrès annuel de l'Association francophone pour le savoir. La plupart nous ont dit que, justement, ils ont choisi la formation à distance pour ne pas avoir à faire des travaux d'équipe, ni devoir être à un même endroit au même moment pour des rencontres plus ou moins utiles.»

Des forums de cours ont été créés dans Internet, mais les étudiants les utilisent peu. «On veut briser l'isolement et la solitude, mais je me pose des questions. Est-ce que ce sont des restants de campus? La vie étudiante a changé. Aujourd'hui, même sur les campus, les étudiants vont à leurs cours et reviennent à la maison pour faire leurs recherches dans Internet, comme tout le monde.» Plusieurs étudiants rencontrés dans le cadre des recherches du groupe préfèrent demander l'aide d'une voisine ou d'un conjoint, plutôt que celle d'un pair.

Pour ce qui est des interactions avec l'enseignant, la professeure tue le mythe: la formation à distance n'exclut pas une proximité avec le tuteur ou l'enseignant. Bien au contraire. «C'est un à un. On est plus à l'écoute. Ce n'est pas comme dans une classe de 200 personnes. Si un étudiant a une question à me poser, il n'a pas une file de trois autres personnes derrière lui pour le presser.» L'étude du GIREFAD viendra préciser la façon dont les professeurs peuvent améliorer leurs interactions avec les étudiants.

Une courbe en hausse

Selon Mme Paquette, la formation à distance va de mieux en mieux au Québec. «C'est elle qui est en hausse de clientèle, comparativement aux autres établissements.» La Télé-Université connaît des hausses annuelles de 4 % à 12 % depuis cinq ans.

Denis Gilbert, responsable des communications de la Télé-Université, parle de hausses de 5 % à 7 % par année, au cours des cinq dernières années, pour la formation à distance québécoise, tant dans les universités et les cégeps qu'au secondaire.

Mais la situation dans la province n'a rien à voir avec le boom en Europe. Dans les vieux pays, la formation tout au long de la vie est très valorisée et «les gouvernements ont mis en place des systèmes de reconnaissance des acquis».

Ici, par contre, certaines entreprises ne reconnaissent toujours pas les diplômes obtenus, bien qu'il y ait eu du progrès. «Ça fait 35 ans qu'on se bat, parce qu'il y en a qui croient que la formation à distance, c'est obtenir un diplôme dans une boîte de Cracker Jack, déplore Danielle Paquette. Pourtant, la Télé-Université est reconnue à travers le monde.»

Certaines facultés refusent même de créditer des cours de la Télé-Université, a constaté la professeure. «On vit une situation qui ressemble beaucoup à la situation de l'UQAM par rapport aux autres universités, à sa création. Certains disaient que ce n'étaient pas de vrais profs et les cours n'étaient pas reconnus. La formation à distance a beaucoup gagné en 35 ans, mais on lutte encore.»

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Collaboratrice du Devoir

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- «Influencer la qualité des interactions en formation à distance», le mardi 12 mai à 10 heures.