Le logiciel espion

Photo: Agence France-Presse (photo)

Faut-il payer pour détecter le plagiat? Voilà la question que se pose présentement l'Université de Montréal et que se sont posée plusieurs universités par le passé.

Au cours des derniers mois, un comité à l'Université de Montréal (UdeM) a étudié une quinzaine de logiciels, certains gratuits, d'autres payants, pour vérifier l'intégrité des textes et détecter le plagiat.

Les résultats semblent peu concluants, bien qu'une décision définitive n'ait pas encore été prise. «On n'a pas trouvé les logiciels testés très efficaces. Ils sont utiles seulement pour détecter le copier-coller. Quand un étudiant résume les idées de l'auteur, sans citer sa source, le logiciel ne le détecte pas», illustre la porte-parole de l'UdeM, Julie Gazaille.

Les logiciels analysés peuvent coûter jusqu'à plusieurs dizaines de milliers de dollars (mais certains sont gratuits). «Et les plus efficaces ne sont pas nécessairement les plus chers», précise Mme Gazaille. Selon la spécialiste des TIC et du plagiat à la Fédération des cégeps, Nicole Perreault, il peut en coûter entre un et trois dollars par étudiant pour s'abonner à un logiciel de détection, tel Turnitin ou Compilatio (les deux plus connus).

À l'Université McGill, on utilise le logiciel de comparaison de textes Turnitin depuis 2005. On n'a toutefois pas voulu préciser le coût de l'abonnement, affirmant qu'il s'agissait d'une information «confidentielle».

L'implantation du logiciel ne s'est pas faite sans heurt, notamment en raison des inquiétudes sur le respect des droits d'auteurs lorsque les textes sont soumis au logiciel (qui en garde une copie dans sa base de données). Il a été décidé que les étudiants soumettraient eux-mêmes les textes au logiciel de détection, volontairement. Si un étudiant refuse et que le professeur a un doute sur l'intégrité du document, il doit faire suivre le dossier au responsable disciplinaire de la faculté, explique la doyenne à la vie étudiante, Jane Everett. En bout de piste, le responsable de la discipline peut soumettre lui-même des passages dans le logiciel de comparaison de textes.

Aux prises avec le même dilemme au sujet de la propriété intellectuelle, l'Université Concordia a cependant fait le choix inverse. Il y a quelques années, elle a mis le logiciel Turnitin à la disposition des étudiants, afin de faire un essai. Mais l'option n'a pas été retenue. «On s'est rendu compte que, sur le plan pédagogique, ce n'est pas ce qu'on voulait. Cela ne peut rien dépister lorsqu'un étudiant paraphrase un texte. Au lieu de se laver les mains en se disant que nous avons cet outil pour faire le travail, on préfère miser sur la responsabilisation», fait valoir le vice-recteur adjoint aux études, Olivier Dyens, convaincu par ailleurs que le problème du plagiat n'est pas aussi grave qu'on semble le croire.

Pour l'heure, les cégeps publics n'ont pas non plus embarqué dans le train de la détection électronique, préférant la prévention. Auparavant plutôt réticente à l'emploi de logiciels de détection payants, qu'elle associait à une approche de suspicion, la spécialiste du plagiat au collégial tend cependant à changer d'idée. «Les professeurs sont de plus en plus démunis devant le plagiat. Se retrouver avec une réelle situation de plagiat peut devenir coûteux pour un collège lorsqu'il y a contestation», note Mme Perreault.

À voir en vidéo