Grève à l'UQAM - Courchesne évoque la loi spéciale en disant vouloir éviter d'y recourir

Enlisée dans un conflit de travail depuis le 16 mars, l’UQAM a commémoré hier modestement le 40e anniversaire de sa création. Plusieurs centaines de sympathisants des professeurs en grève se sont réunis dans l’agora du pavillon Judith-Jasmin po
Photo: Jacques Nadeau Enlisée dans un conflit de travail depuis le 16 mars, l’UQAM a commémoré hier modestement le 40e anniversaire de sa création. Plusieurs centaines de sympathisants des professeurs en grève se sont réunis dans l’agora du pavillon Judith-Jasmin po

C'est au son des tambours et des trompettes des professeurs en grève que la communauté de l'UQAM a commémoré le 40e anniversaire de la création de l'UQAM, le 9 avril 1969, hier, au centre-ville de Montréal. À Québec, la ministre Courchesne a appelé à une résolution rapide du conflit de travail.

Michelle Courchesne a pressé le syndicat des professeurs de l'UQAM et la direction de l'université de ficeler une entente et de mettre un terme au conflit de travail qui dure depuis cinq semaines, sans quoi le gouvernement du Québec n'hésitera pas à prendre ses «responsabilités».

«Nous souhaitons ardemment avoir une résolution de conflit qui soit négociée. Par contre, nous avons tous la responsabilité de nous assurer que les étudiants terminent correctement et sereinement leur session», a indiqué hier la ministre de l'Éducation, se refusant de parler nommément de l'adoption d'une loi spéciale qui forcerait le retour au travail des professeurs après la reprise des travaux de l'Assemblée nationale, le 21 avril prochain. «On veut l'éviter», a-t-elle lancé.

«Chaque jour qui passe fait en sorte que la session devient de plus en plus menacée. Nous ne siégeons pas la semaine prochaine, mais c'est évident que si on ne se retrouve pas dans une négociation qui met fin au conflit, je répète que notre responsabilité sera de nous assurer que la session ne sera pas perdue», a affirmé Michelle Courchesne.

«L'UQAM n'a pas fait de demande au gouvernement pour qu'il y ait une loi spéciale. C'est le gouvernement qui décidera», a indiqué le porte-parole de l'UQAM, Daniel Hébert.

Plus de 90 % des 734 professeurs présents à l'assemblée syndicale, lundi dernier, avaient choisi de prolonger leur grève jusqu'à mardi. Le syndicat réclame l'embauche de 300 enseignants et une augmentation salariale de 11,6 % sur trois ans. Dans sa dernière offre, l'université proposait une augmentation des salaires de 4 % et la création de 25 postes d'enseignants d'ici juin.

«On ne comprendrait pas que le gouvernement cherche à régler ce conflit par une décision qui consisterait à bâillonner les 700 intellectuels qui essaient depuis quatre, cinq semaines de défendre à tout prix l'avenir de leur institution», a affirmé la présidente du Syndicat des professeurs, Michèle Nevert.

À l'appel des syndicats des professeurs, chargés de cours, étudiants-employés et des associations étudiantes, des centaines de personnes ont souligné le 40e anniversaire de fondation de l'UQAM hier. Ils ont réaffirmé la mission de l'université. Des personnalités publiques et politiques, notamment Françoise David et Thomas Mulcair, ont pris position en faveur d'une université libre, publique et accessible.

«Ce projet, il faut qu'il dure. Ce qui est catastrophique, ce n'est pas qu'il y ait une grève, c'est que le ministère de l'Éducation traite l'UQAM d'une manière paternaliste et tatillonne. C'est ça qui est catastrophique», a dit le pionnier des sciences sociales au Québec, qui a notamment participé à la commission Parent et a présidé le comité d'étude qui a recommandé la création de l'Université du Québec, Guy Rocher, avant d'être chaudement applaudi.

La ministre de l'Éducation se dit sensible aux préoccupations liées aux questions de financement, de vocation et de gestion de l'université, mais prie les professeurs de remettre la discussion sur ces enjeux après le règlement du conflit. «Aussitôt que nous aurons un règlement du conflit, je serai non seulement ouverte, mais disponible et engagée pour aborder avec les professeurs ces questions-là», a-t-elle affirmé.

N'ayant pas le coeur à la fête, la direction de l'UQAM a reporté l'essentiel des célébrations du 40e à la rentrée de septembre. «Il y avait un programme d'activités qui était prévu et qui devait s'amorcer [hier]. Nous avons pris la décision de surseoir nos activités. Dans un climat d'incertitude, nous ne souhaitions pas continuer à mettre de l'énergie, des efforts, dans la perspective que les activités soient annulées ou boycottées», a affirmé Daniel Hébert.

Le recteur de l'UQAM, Claude Corbo, a quant à lui été victime d'un canular hier. Une publicité publiée dans les petites annonces du quotidien gratuit Métro, sous la rubrique «immobilier à vendre», le montrait dépeint en agent immobilier et surplombant un pavillon de l'université. «Claude» de «Claudelofts & ass.» faisait la promotion de lofts situés dans le Quartier latin.

À voir en vidéo