Gouvernance des universités - Les enseignants craignent la mainmise d'éléments extérieurs

Les universités doivent-elles être gouvernées principalement par des membres provenant de l'externe ou par des acteurs de la communauté universitaire?

Voilà une des questions au centre du débat sur la gouvernance universitaire qui se tenait hier midi à l'Université du Québec à Montréal devant plus de 200 professeurs en journée de grève.

La réflexion s'inscrit dans la lignée du débat sur les projets de loi sur la gouvernance des cégeps et des universités, morts au feuilleton l'automne dernier en raison des élections mais qui devraient être déposés de nouveau au cours des prochaines semaines.

Privatisation en douce

Le projet gouvernemental a été décrié par le professeur Gilles Gagné, de l'Université Laval, et la chargée de cours Marie Blais, de l'UQAM, comme une privatisation en douce des universités. «On demande aux membres des conseils d'administration de décider eux-mêmes de leur rémunération et de définir eux-mêmes le profil des administrateurs externes qu'ils vont ensuite co-opter. C'est le bar ouvert aux copains», a lancé Marie Blais.

Le projet de loi prévoit que les deux tiers des administrateurs devront être indépendants. Forte d'une expérience de huit ans au conseil d'administration de l'UQAM (dans les années 1990), Mme Blais fait observer que les membres externes sont «souvent absents ou encore se présentent sans même avoir ouvert leur enveloppe de documents».

Mise au point

Systématiquement interpellés tant par les débatteurs que par les intervenants de la salle, les experts en gouvernance Jean-Marie Toulouse et Yvan Allaire, de l'Institut sur la gouvernance des organisations publiques et privées, qui ont produit un rapport dont s'est inspirée la ministre de l'Éducation, ont souligné qu'ils ne recommandaient aucunement un encadrement législatif, s'en remettant plutôt à l'examen interne que pourrait faire chacune des universités.

De la même façon, M. Allaire a rappelé que le groupe de travail sur la gouvernance des universités n'avait pas recommandé la rémunération des administrateurs et préconisait un seuil de 60 % d'administrateurs externes, et non des deux tiers. Ces derniers ne devraient pas provenir systématiquement du milieu des affaires, comme le craignent les professeurs, mais ne pas dépendre financièrement des décisions prises par le conseil d'administration, précisent MM. Toulouse et Allaire.

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