Bernard Arcand, 1945-2009 - L'anthropologue a été emporté par un cancer

L'anthropologue Bernard Arcand n'est plus. Il a succombé le 30 janvier aux suites d'un cancer du poumon, qui l'a emporté à l'âge de 63 ans.

Professeur, très présent sur la scène médiatique, Bernard Arcand avait fait une thèse de doctorat sur des chasseurs-cueilleurs amérindiens, les Cuiva, en Amazonie, avant d'enseigner à l'université Laval. Diplômé de Cambridge, il s'est fait connaître du grand public en animant durant cinq ans l'émission Le Lieu commun, avec l'anthropologue Serge Bouchard. Il y diffusait des chroniques portant un regard novateur sur divers phénomènes de la vie quotidienne moderne. Ces chroniques ont ensuite été reprises dans des livres publiés aux Éditions du Boréal.

Les deux hommes signaient également à ce jour dans la revue Québec Science la chronique «Bien vu». Sur le thème de l'éloge funèbre, Bernard Arcand écrivait dans cette chronique, au mois d'octobre dernier, telle une dernière volonté: «Le respect accordé aux morts doit pouvoir se transformer en précepte pour la jeunesse. Autrefois, les mauvaises photos des disparus étaient présentées juste à côté des mauvaises photos des bébés de la semaine. La morale était simple: la vie s'achève, la vie continue. En éliminant progressivement les mentions de naissances récentes pour ne retenir que les avis de décès, nos journaux transmettent aujourd'hui l'image de plus en plus défaitiste d'une société dont les membres s'éteignent, un par un.»

Dans l'édition courante de Québec Science, on peut voir leur dernière chronique, au titre évocateur «L'orateur est fatigué», assortie d'une photo montrant un podium vide. Les deux anthropologues y débattaient de l'usage de la technologie moderne par les conférenciers. Il avait aussi signé chez Boréal le livre Abolissons l'hiver! où il proposait une approche radicalement différente de la «saison morte». Travaillons l'été, disait-il, et prenons l'hiver pour nous reposer.

L'anthropologue Sylvie Vincent, qui a signé avec Bernard Arcand le livre L'Image des Amérindiens dans les manuels scolaires du Québec, se souvient d'un esprit «innovateur et stimulant», avec qui il était très agréable de travailler. Bernard Arcand avait aussi mené des analyses anthropologiques sur la pornographie (Le Jaguar et le Tamanoir, Boréal, Prix du gouverneur général) et le tourisme. Tous ceux qui l'ont connu relèvent son humour, parfois pince-sans-rire, et son aptitude à porter un regard neuf et curieux sur les petites choses de la vie.

Bernard Arcand a été membre de la Commission de la qualité de l'environnement Kativik, de 1979 à 1997, et il a eu une influence sur la méthodologie en matière d'évaluation de l'impact environnemental des grands projets hydro-électriques sur les communautés amérindiennes. Il a aussi été membre fondateur de l'International Workgroup for Indigenous People, basé à Copenhague, et président de la Société canadienne d'anthropologie de 1989 à 1991.

Bernard Arcand était originaire de Deschambault, près de Québec, où sera d'ailleurs célébré son service vendredi. Il avait deux enfants. Il était le frère du cinéaste Denys Arcand et du comédien Gabriel Arcand. Son père a été pilote de bateau sur le fleuve Saint-Laurent.
1 commentaire
  • Pelletier,Jacques - Inscrit 4 février 2009 13 h 03

    Une intelligence rare

    Bernard que j'ai bien connu dans son adolescence était d'un humour froid et pince sans rire. Un homme d'une intelligence rare qui à chacun de mes propos avait l'art de riposter avec humour, ce don qu'il avait de me faisait réfléchir indéniablement à ma propre existence. Salut Bernard tu nous manqueras. Jacques Pelletier