La censure du Ô Canada dans une école embrase les esprits à Ottawa

Photo: Agence Reuters

Ottawa — Le Nouveau-Brunswick vit sa version toute militaire du débat sur les accommodements raisonnables, et elle est en voie d'enflammer le reste du pays. Une école primaire a interdit le chant quotidien de l'Ô Canada après que deux familles eurent refusé que leurs enfants y participent. La province veut maintenant le rendre obligatoire tandis qu'à Ottawa, les conservateurs crient à la rectitude politique outrancière.

«Le gouvernement conseille vivement au directeur d'école de renverser sa décision et de ramener le Ô Canada à son école», a déclaré à la Chambre des communes hier le ministre d'État responsable de l'Agence de développement économique du Canada atlantique, Keith Ashfield.

M. Ashfield estime que toutes les écoles devraient faire chanter le Ô Canada parce que le patriotisme y a sa place. Comme d'autres plaignants, le député établit un lien entre l'hymne national et la participation militaire du Canada à l'étranger. «Nous avons des soldats en Afghanistan en rotation constante, et le moins que l'on puisse faire, c'est de montrer notre fierté en notre pays et notre drapeau», a-t-il expliqué.

En septembre 2007, le directeur de l'école primaire néo-brunswickoise Belleisle, Erik Millett, a décidé d'interdire le Ô Canada chanté dans toutes les classes chaque matin. Il n'a jamais révélé la nature des réticences des familles plaignantes. «Ce n'est pas à moi, le directeur d'école, d'exposer des enfants à quelque chose auquel leurs parents ne veulent pas les exposer, a-t-il expliqué. Je dois protéger les droits des minorités autant que ceux de la majorité.»

Le ciment national

L'affaire était passée inaperçu jusqu'à ce qu'un parent signe récemment une lettre ouverte dans les journaux. Le ministre de l'Éducation de la province, Kelly Lamrock, était si fâché qu'il a demandé à ses fonctionnaires de rendre le chant obligatoire.

«J'ai dit très clairement que je crois que les écoles devraient faire jouer l'hymne national.» Le ministre a ajouté croire que cela est nécessaire «parce qu'avec la diversité religieuse, culturelle et politique que nous avons, il est nécessaire que nous préservions un sens partagé de la nationalité».

Hier, les conservateurs à Ottawa étaient du même avis, criant à la «rectitude politique à son extrême». M. Ashfield n'a pas répondu lorsqu'on lui a demandé si à son avis l'obligation devrait aussi s'appliquer au Québec.

Son collègue Greg Thompson, ministre des Anciens combattants et député de la circonscription accueillant l'école Belleisle, croit que le directeur d'école s'est laissé guider par ses idées politiques personnelles. M. Millett a été candidat pour le Parti vert aux élections fédérales de 2004, 2006 et 2008. Il s'est présenté comme un pacifiste opposé à la guerre en Irak. M. Thompson a raconté qu'il avait exhibé une housse mortuaire (body bag) lors d'un débat en 2006 en affirmant que c'est là-dedans que certains soldats canadiens reviendraient si on les envoyait au front. Il s'était fait huer.

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