Fédération autonome de l'enseignement - Des milliards de dollars sont à investir en éducation

Pour la Fédération autonome de l’enseignement, des correctifs doivent être apportés au système d’enseignement,  parmi lesquels figurent le retour à la pleine autonomie des enseignants dans les approches pédagogiques et la révision du programm
Photo: Jacques Grenier Pour la Fédération autonome de l’enseignement, des correctifs doivent être apportés au système d’enseignement, parmi lesquels figurent le retour à la pleine autonomie des enseignants dans les approches pédagogiques et la révision du programm

La Fédération autonome de l'enseignement (FAE) et ses neuf syndicats réclament des investissements majeurs en éducation parce qu'ils considèrent celle-ci comme une priorité nationale. Ils sont préoccupés par la pénurie d'enseignants qualifiés. Ce jeune mouvement syndical réclame fortement la fin du financement public de l'enseignement privé.

Autrefois à la barre de la revendicatrice Alliance des professeurs de Montréal, qui a largement inspiré la mise en place de la FAE et a contribué à sa formation, Pierre Saint-Germain occupe maintenant la présidence de cette fédération qui regroupe environ le tiers des enseignants du Québec.

Il situe les attentes de la FAE en ces lendemains d'élections et dans le contexte de l'actuelle crise financière et économique: «Celle-ci va dicter beaucoup de gestes posés par l'ensemble des gouvernements et on peut s'attendre à ce que soient appliquées des mesures à caractère financier et économique pour soutenir les entreprises. Nous, on pense qu'il faut aussi préparer cette sortie de crise. Quand le marché de l'emploi va reprendre, il faudra disposer du personnel pour être en mesure de relever les défis qui se poseront. Voilà pourquoi il faut parler dès maintenant d'éducation.» Il importe donc pour les dirigeants politiques de s'assurer que le réseau scolaire est capable de remplir sa mission en ces temps plus difficiles.

Des milliards en investissements

Dans cette optique, il propose d'intervenir promptement dans un secteur donné: «Il faut porter une attention particulière à la formation des adultes et à la formation professionnelle. On anticipe déjà qu'on aura besoin de 700 000 personnes pour remplir des postes d'ici 2011 et c'est par le biais de celles-ci qu'on va trouver des solutions pour combler ces emplois-là.» En matière d'investissements, il brosse ce tableau: «Il y a un manque à gagner déjà reconnu d'un milliard et demi de dollars pour l'ensemble du réseau de l'éducation au Québec. On parle de 700 millions pour les commissions scolaires, de 350 millions pour le collégial et de 400 millions pour les universités; ce sont des chiffres connus depuis longtemps. Les sommes à investir en éducation se chiffrent à trois milliards et demi de dollars sur le plan canadien pour ramener les investissements au même niveau qu'en 1994; on s'attend donc à ce que le gouvernement Charest exerce des pressions sur le fédéral pour aller chercher la juste part du Québec.»

Il a préparé sa liste de réclamations à l'endroit de la ministre Courchesne, qui entreprend un nouveau mandat, et du gouvernement Charest, qui est devenu majoritaire. Et des correctifs doivent être apportés, parmi lesquels figurent le retour à la pleine autonomie des enseignants dans les démarches pédagogiques, la révision du programme de formation des maîtres et un meilleur soutien donné aux élèves en difficulté.

En ce sens, la FAE prône le développement du préscolaire quatre ans à temps plein et d'un réseau scolaire «trois ans débutant»: «Ces enfants pourraient avoir accès à un cadre scolaire qui ne soit pas nécessairement académique de façon formelle mais qui offrirait des activités d'éveil leur servant à bien s'intégrer dans le réseau scolaire.» Le président lance aussi un appel aux dirigeants politiques en prévision de la fin, l'an prochain, du décret issu de la loi 43: «Le monde syndical de l'éducation espère qu'il y aura des signaux clairs montrant qu'une véritable négociation se déroulera dans le secteur public.»

Les jeunes désertent la profession

Le grand Montréal est particulièrement touché par une pénurie de personnel enseignant qualifié. Pierre Saint-Germain se montre préoccupé par ce manque de ressources: «Cette situation affecte la qualité générale de l'éducation et le climat de travail de l'ensemble des écoles parce que, quand on est en présence de gens qui ne sont pas nécessairement formés pour faire de l'enseignement, cela a aussi des impacts sur les autres collègues. Tout le monde est touché par cela.» Il aborde le problème sous cet angle: «Avant de parler de solution à long terme, on devrait d'abord regarder comment il est possible de garder le personnel qu'on a formé. On parle d'environ 2345 tolérances d'enseignement actuellement au Québec. En parallèle, il y a une statistique qui est troublante: 20 à 30 % des jeunes profs quittent la profession au cours de leurs cinq premières années de pratique.»

À court terme, la solution saute aux yeux: «Si on s'occupait de garder ceux déjà en poste qui ont été formés par le réseau universitaire, qui sont qualifiés et qui possèdent, dans certains cas, une certaine expérience, on ne se retrouverait pas face à cette situation.» Comment en arriver là? «En leur fournissant de meilleures mesures de soutien et d'accompagnement professionnel.»

La fin du financement public

La Fédération autonome de l'enseignement prône-t-elle la disparition ou la cohabitation en ce qui concerne le réseau scolaire privé? Pierre Saint-Germain sert cette réponse: «Je pense qu'on est condamné à un mode de cohabitation. Les syndicats qui composent la FAE ont depuis longtemps une position très affirmée à ce sujet: on revendique la fin du financement public des écoles privées. On est d'accord pour que cela se fasse sur une certaine période de temps, pour que ce réseau puisse s'ajuster à cette nouvelle situation. On pourrait parler d'un plan quinquennal avec des réductions de 20 % par année, et je ne pense pas qu'on puisse dire qu'on abolit totalement du jour au lendemain le financement de l'État.»

Il cite certaines études qui montrent que la cessation de ce financement représenterait un gain net oscillant entre 75 et 250 millions de dollars pour l'État: «Ce n'est quand même pas négligeable si on parle d'un réseau public avec un problème de manque d'argent.» Il cerne les avantages d'une transition graduelle: «On pourrait disposer de temps afin de prendre les moyens pour réintégrer les élèves et le personnel qui risquent d'être affectés avec un éventuel retour de ceux-ci vers le public.»

***

Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo