Fédération des cégeps - Les cégeps veulent aider le Québec à sortir de la crise

La crise économique fait paniquer bien des gens. Mais le malheur des uns fait bien souvent, on le sait, le bonheur des autres. Ainsi, la Fédération des cégeps voit, en ces temps difficiles, l'occasion de mobiliser les différents acteurs pour améliorer son offre de services dans le but de mieux répondre aux besoins des travailleurs licenciés ou menacés de l'être. Dans la mire: la formation à temps partiel.

«En période de crise, les gens ont tendance à retourner sur les bancs d'école pour améliorer leurs compétences ou, tout simplement, pour se recycler en fonction du contexte. Nous croyons que nous devons pouvoir offrir des types de formation mieux adaptés aux besoins des travailleurs, de façon à mieux servir le Québec pour qu'il puisse passer à travers de la crise plus rapidement», affirme Gaëtan Boucher, président-directeur général de la Fédération des cégeps.

Au Québec, l'offre de formation collégiale à temps partiel fait cruellement défaut. Ce qui se traduit par une très faible fréquentation de la clientèle adulte. «L'an passé, les collèges de l'Ontario comptaient 290 000 adultes qui suivaient une formation à temps partiel, comparativement à seulement 25 000 dans les cégeps du Québec», indique-t-il.

Le pdg explique cet écart notamment par le fait qu'Emploi-Québec a décidé, en 1994, de financer seulement la formation à temps plein dans les cégeps.

«Nous croyons qu'il est maintenant grand temps de faire du rattrapage dans le domaine, parce que c'est ce type de formation qui correspond le mieux aux besoins des gens sur le marché du travail.»

La Fédération des cégeps affirme que les établissements qu'elle représente ont un très grand rôle à jouer pour aider le Québec à se sortir de la crise. «Emploi-Québec prévoit que 70 % des emplois qui seront créés d'ici 2016 nécessiteront au moins une formation collégiale. Nous sommes donc très sollicités et nous voulons désormais avoir la souplesse nécessaire pour être en mesure de nous adapter aux besoins de ceux qui viennent frapper à nos portes», affirme Gaëtan Boucher.

Des changements rapides attendus

Pour qu'il y ait un assouplissement de la structure des cégeps, des changements dans les règles administratives doivent avoir lieu et de nouvelles ententes doivent être conclues avec le personnel. Il y a donc bien du pain sur la planche, mais la crise frappe maintenant. Peut-on s'attendre à voir le réseau collégial s'adapter rapidement aux besoins de la clientèle adulte?

«Tout à fait, affirme Gaëtan Boucher. J'ai discuté avec M. Hamad [ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale] et avec Mme Courchesne [ministre de l'Éducation] et ils sont très sensibles à ces réalités. Nous ne pouvons pas attendre. Nous devrons voir des changements concrets dans l'année qui s'en vient.»

Cette année viendra aussi le temps de négocier les nouvelles conditions de travail des employés, et la Fédération des cégeps s'attend à une belle ouverture de la part des représentants syndicaux. «Tout le monde est conscient des enjeux. Et il ne faut pas oublier que nous sommes un service public. En période de crise, nous devons nous serrer les coudes et nous adapter aux demandes des Québécois. Il y a une volonté commune, chez les cégeps, le gouvernement et les centrales syndicales, de régler cette question de la formation à temps partiel», croit M. Boucher.

Regarder les perspectives à moyen terme

Avec la crise économique et les difficultés que vivent certains secteurs de l'économie, on pourrait penser que les cégeps ont tendance à abandonner certains programmes liés à des industries moins performantes actuellement, comme la forêt. Or ce n'est pas si simple, explique M. Boucher.

«Il faut faire très attention, parce que même si une industrie vit une crise, comme la forêt actuellement, les temps durs ne sont pas éternels. L'économie est cyclique, et lorsque ces industries reprendront du poil de la bête, il faudra avoir de la main-d'oeuvre qualifiée prête à relever les défis qui se présenteront.»

Le président de la Fédération des cégeps donne ici comme exemple le secteur de l'aérospatiale, après septembre 2001. «On a alors vu une chute radicale du nombre d'inscriptions dans les programmes, étant donné que l'industrie avait subi un dur coup. Or, aujourd'hui, l'industrie manque cruellement de main-d'oeuvre qualifiée.»

En effet, l'acquisition d'une formation technique à temps plein prend trois ans, et bien des choses peuvent arriver pendant ce laps de temps. «Il ne faut pas trop regarder les choses dans une perspective à court terme. Pour avoir une bonne idée de ce qui s'en vient pour développer de nouveaux programmes pertinents, nous regardons les prévisions à moyen terme d'Emploi-Québec en matière de main-d'oeuvre.»

Pour un appui d'Ottawa

En ce qui a trait au financement, maintenant, la Fédération des cégeps fonde bien des espoirs sur le prochain budget fédéral, qui doit proposer des mesures pour aider la population canadienne à traverser la crise économique.

«Nous appuyons le gouvernement du Québec, qui souhaite que le gouvernement fédéral consacre un montant dans son prochain budget à la formation des travailleurs licenciés ou menacés de licenciement. Ces gens doivent avoir les outils nécessaires pour améliorer leurs compétences ou se recycler», affirme Gaëtan Boucher.

Enfin, si la Fédération des cégeps considère que le gouvernement du Québec a déjà beaucoup investi dans les infrastructures collégiales, Gaëtan Boucher remarque qu'il reste encore beaucoup à faire et que ce serait au tour d'Ottawa de mettre la main à la pâte.

«Nous espérons que le gouvernement fédéral ne ciblera pas seulement les ponts et les routes lors de ses investissements annoncés dans les infrastructures. Nous espérons qu'il y aura aussi de l'argent prévu dans le prochain budget pour rénover les collèges et les universités.»

La Fédération des cégeps chiffre ces besoins, en ce qui a trait aux infrastructures, à 750 millions de dollars sur cinq ans.

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Collaboratrice du Devoir

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