Universités - Pour une stratégie sur les sciences et la recherche

Heather Munroe-Blum, principale et vice-chancelière de l’université McGill, préside la Conférence des recteurs et des prin-cipaux des universités du Québec.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Heather Munroe-Blum, principale et vice-chancelière de l’université McGill, préside la Conférence des recteurs et des prin-cipaux des universités du Québec.

La présidente de la CREPUQ, Heather Munroe-Blum, estime que le Québec doit se doter d'une stratégie sur les sciences, la recherche et l'innovation, accompagnée du financement nécessaire pour sa mise en oeuvre. Elle convie en outre les gens influents de différents milieux à faire valoir l'importance de l'éducation.

Dans un contexte de grande mobilité des chercheurs et de concurrence intense à l'échelle canadienne et mondiale, le Québec a besoin d'une stratégie et d'un financement adéquats, affirme la présidente de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), Heather Munroe-Blum, principale et vice-chancelière de l'université McGill.

Selon elle, il faudrait élaborer et mettre en oeuvre des plans pour différents secteurs névralgiques, par exemple l'aérospatiale, les biosciences, la génomique, les biotechnologies et les sciences de l'environnement.

La présidente de la CREPUQ indique à titre d'exemple que l'Ontario a implanté une stratégie en matière de recherche scientifique, a investi dans des programmes novateurs et a fait en sorte que la province soit bien placée pour obtenir le plus de fonds possible d'Ottawa et pour consolider son leadership dans certains domaines.

«C'est le moment de saisir l'occasion [d'adopter une stratégie en matière de sciences, de recherche et d'innovation]. Autrement, non seulement le Québec perdra les gains effectués durant les 30 dernières années, mais il se fera distancer.»

Mme Munroe-Blum affirme que la CREPUQ serait intéressée à travailler avec le gouvernement du Québec et avec des entreprises privées pour mettre au point une telle stratégie.

Importance de l'éducation

La présidente de la CREPUQ croit par ailleurs qu'il faut souligner l'importance de l'éducation et en faire une priorité. Selon elle, ce ne sont pas seulement les gens du milieu de l'enseignement qui doivent tenir ce discours, mais aussi les personnes influentes des différents secteurs d'activité au Québec.

Mme Munroe-Blum fait valoir les effets positifs de l'éducation sur les individus et les sociétés. Outre les bénéfices économiques, elle mentionne par exemple que les titulaires d'un diplôme universitaire sont en général en meilleure santé que ceux qui n'en ont pas. L'enseignement universitaire peut aussi fournir aux étudiants des connaissances et des outils qui leur seront utiles comme citoyens. À l'échelle d'une société, un niveau d'éducation élevé favorise la compétitivité, ajoute la présidente de la CREPUQ. «Il y a une trentaine et une quarantaine d'années, nous avons compris l'importance de l'éducation pour la culture et le succès du Québec. Nous avons besoin d'un engagement large et important en faveur de l'éducation et de notre système universitaire, comme au début de la Révolution tranquille.»

Qualité, accessibilité et autonomie

Les établissements universitaires visent la meilleure qualité possible de l'enseignement et de la recherche et la plus grande accessibilité possible à l'université, dit Mme Munroe-Blum. Les recteurs et principaux souhaitent que les établissements qu'ils dirigent disposent des ressources nécessaires pour poursuivre leur mission et que l'autonomie des universités soit respectée, indique-t-elle.

Ils adhèrent aux objectifs de transparence, d'imputabilité et de bonne gouvernance, affirme-t-elle. «Sur le principe, notre engagement à cet égard ne fait pas de doute.» La CREPUQ ne voit toutefois pas d'un bon oeil certaines dispositions du projet de loi sur la gouvernance que la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a déposé l'automne dernier. Certaines d'entre elles ne tiennent pas compte de la diversité des missions, des tailles et des cultures parmi les établissements universitaires québécois, dit Mme Munroe-Blum. La présidente affirme en outre qu'il ne faut pas traiter les établissements universitaires comme des sociétés d'État. «Les universités ont une mission différente.»

L'exigence de réserver à des membres externes au moins les deux tiers des sièges des conseils d'administration des universités est l'une des dispositions que la CREPUQ juge problématiques. «Nous croyons que cela ne laisse pas assez d'autonomie aux universités.» Selon la présidente de la CREPUQ, le gouvernement devrait laisser les conseils d'administration des établissements universitaires prendre ce genre de décisions et déterminer la proportion adéquate dans leur cas.

Financement

La CREPUQ salue par ailleurs le réinvestissement du gouvernement du Québec dans l'enseignement postsecondaire. Mme Munroe-Blum fait toutefois valoir que les universités québécoises restent sous-financées par rapport celles situées dans d'autres provinces canadiennes. «Nous avons besoin d'un investissement significatif pour être concurrentiels dans un contexte canadien et nord-américain.»

La présidente de la CREPUQ rappelle que le Québec a été un pionnier en ce qui concerne le soutien donné à la recherche universitaire, faisant par exemple allusion à la création d'organismes subventionnaires québécois. «Dans les dernières années, d'autres provinces, par exemple l'Ontario, l'Alberta et la Colombie-Britannique, ont investi de façon très importante dans l'enseignement supérieur et la recherche scientifique. Nous n'avons pas reçu de tels investissements.» Mme Munroe-Blum fait valoir que l'existence dans une province d'un plan et d'un soutien financier élevé en faveur de la recherche est un facteur déterminant de sa capacité d'aller chercher des fonds auprès des organismes subventionnaires fédéraux.

La CREPUQ accueille par ailleurs avec enthousiasme les sommes d'argent que le gouvernement du Québec a décidé de consacrer à la modernisation des infrastructures universitaires. Mme Munroe-Blum dit espérer que le budget fédéral du 27 janvier réservera aussi des fonds à cette fin. Le Québec doit rattraper un retard de plusieurs décennies en ce qui concerne l'entretien et la modernisation des infrastructures universitaires, affirme-t-elle.

Taux de diplomation

Parmi les priorités de la CREPUQ figurent également la hausse des taux de diplomation aux premier, deuxième et troisième cycles universitaires ainsi que l'internationalisation. L'organisme indique que d'autres sociétés ou provinces ont de meilleurs résultats que le Québec en ce qui concerne le taux de diplomation au baccalauréat, par exemple l'Ontario.

Mme Munroe-Blum affirme par ailleurs que l'internationalisation de l'enseignement supérieur et de la recherche est profitable à la fois aux étudiants et aux sociétés. La participation de chercheurs québécois à des réseaux mondiaux favorise par exemple le rayonnement du Québec à l'étranger, dit-elle.

De plus, une collaboration entre scientifiques de différents pays permet de mener à bien des projets de recherche d'envergure, comme la cartographie du génome humain, et d'unir les efforts de chacun pour trouver plus rapidement des solutions à des problèmes importants, par exemple des épidémies, fait-elle valoir. «Dans le contexte actuel de crise économique, nous voyons que le fait d'avoir des réseaux internationaux permet d'agir rapidement, de comparer les démarches, les politiques et les pratiques.»

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Collaboratrice du Devoir

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