Les facultés de droit sont désertées

Le droit n'est plus aussi populaire qu'il l'était, comme en fait foi la baisse des demandes d'admission dans les facultés de droit. Avec des capacités d'accueil qui sont demeurées les mêmes, c'est la qualité des étudiants qui est en chute aussi, ce qui incite les facultés à rivaliser pour retenir les meilleurs.

Le nombre de demandes d'admission dans les facultés de droit au Québec a tellement diminué au cours des dix dernières années que, malgré le contingentement des programmes, la qualité des candidats a elle aussi chuté. Réagissant à cette menace, les universités rivalisent de créativité pour persuader les meilleurs étudiants de choisir leur faculté plutôt qu'une autre.


Si l'Université Laval recevait il y a dix ans quelque 3000 demandes d'admission pour son baccalauréat en droit, elle n'en reçoit plus désormais que 600. Malgré cette chute, le nombre de candidats admis, lui, est resté le même: 300.


«Oui, la qualité des candidats a chuté», confirme Lucie Lauzière, vice-doyenne aux programmes de premier cycle à la faculté de droit de l'Université Laval. «Il y a dix ans, on n'acceptait même pas les cégépiens qui avaient des moyennes [générales] de 80 %, explique-t-elle. Maintenant, ils ont en moyenne des dossiers de 70 %.»


Même scénario à l'Université de Montréal, où les demandes d'admission sont passées de 3075 en 1992-93 à 1710 pour la dernière année scolaire. Le nombre de candidats acceptés s'élève pourtant toujours à 335 candidats. «Il y a des dossiers qui n'auraient jamais franchi le seuil de l'admission il y a 10-12 ans et qui le franchissent maintenant, oui», explique Ghislain Massé, vice-doyen aux études de premier cycle à l'Université de Montréal.





Plusieurs universités


Parfaitement conscientes qu'un étudiant intéressé au droit effectue des demandes d'admission dans plus d'une université, les facultés de droit en sont maintenant rendues à déployer tous leurs charmes pour attirer les meilleurs candidats dans leurs filets. Ainsi, si l'Université Laval offre 1000 $ en «bourses d'admission» aux postulants présentant les meilleurs dossiers, l'Université de Montréal, elle, convie personnellement les 150 meilleurs collégiens admis à sa faculté de droit à une soirée de promotion dont l'objectif avoué est de les convaincre de choisir l'Université de Montréal.


«Nous les rencontrons pour les convaincre de venir chez nous, c'est clair», explique Ghislain Massé. Au début du mois, ils ont donc choisi 150 dossiers, les meilleurs parmi les 650 à qui l'UdeM a fait une offre d'admission, pour les convier à une petite soirée d'information destinée à les convaincre d'accepter l'offre. Les étudiants peuvent en effet avoir présenté plus d'une demande, et avoir été acceptés à plus d'un endroit, ce qui leur permet de choisir le programme et l'établissement qui leur conviennent le mieux.


Depuis quelques années, l'Université Laval offre 1000 $ en «bourse d'admission» aux trois meilleurs dossiers scolaires, ce qui soulage d'une partie des frais de scolarité. «Les universités sont en concurrence, c'est clair, explique Lucie Lauzière. Et les étudiants font des demandes maintenant sans égard à la région d'où ils viennent. La distance n'a plus d'importance.»


Sensible à la problématique de la qualité, l'Université de Sherbrooke a décidé de réduire sa capacité d'accueil de 25 % pour l'automne prochain pour n'ouvrir ses portes qu'à 190 candidats. «On veut resserrer la qualité des candidats», explique Louis Marquis, doyen de la faculté de droit.


Il faut savoir que cette année, malgré une capacité d'accueil de 240 places, la faculté de droit n'a accueilli que 203 étudiants. Avec 600 demandes d'admission au départ, les étudiants ont visiblement accepté des offres venant d'autres établissements. «Mais pour l'automne prochain, nous avons une hausse d'admission de 10 %, et on se donne un tonus additionnel en réduisant la capacité de 25 %, poursuit M. Marquis. L'objectif de qualité explique certainement tout ce qu'une faculté est prête à déployer pour garder des candidats.»


Le droit n'exerce plus le pouvoir d'attraction qu'il exerçait il y a quelques années, explique Ghislain Massé, de l'Université de Montréal. «Il y a moins d'étudiants qui se présentent aux portes des facultés, et il y a autant de facultés qu'avant. Ça ne peut faire autrement que d'avoir une incidence sur la concurrence qu'elles se livrent.»