Marcher pour se rendre à l'école?

Aujourd’hui, les parents cherchent la meilleure école pour leur enfant, celle qui offrira le programme ou la pédagogie qu’ils pensent convenir le mieux aux besoins de leur enfant, alors que le critère traditionnel dans le choix de l’école étai
Photo: Agence France-Presse (photo) Aujourd’hui, les parents cherchent la meilleure école pour leur enfant, celle qui offrira le programme ou la pédagogie qu’ils pensent convenir le mieux aux besoins de leur enfant, alors que le critère traditionnel dans le choix de l’école étai

Les écoliers québécois sont de moins en moins nombreux à marcher pour se rendre à l'école, selon une enquête récente qui confirme l'emprise de l'automobile sur notre société. Un fait que déplorent les chercheurs, qui voient dans le court déplacement à pied jusqu'à l'école des bienfaits pour la santé et l'autonomie de nos jeunes.

Alors qu'en 1971, environ 80 % des petits Canadiens de 7 à 8 ans allaient à l'école à pied, seulement 30 % des enfants qui fréquentaient l'école primaire de 2006 à 2008 marchaient ou enfourchaient leur vélo pour s'y rendre et pour revenir à la maison, révèle l'enquête menée par le Groupe de recherche Ville et mobilité auprès des parents de 1495 élèves de 67 écoles des quartiers centraux et des banlieues de Montréal et de Trois-Rivières. Les temps ont bien changé, souligne celui qui a dirigé cette enquête, le professeur d'urbanisme Paul Lewis, de l'École d'aménagement de l'Université de Montréal. «Tous les grands-parents des enfants d'aujourd'hui marchaient pour se rendre à l'école et parcouraient même plusieurs kilomètres par jour. De 80 à 90 % des parents de ces mêmes enfants — qui fréquentaient l'école dans les années 70 et 80 — se déplaçaient aussi à pied.»

L'enquête fait également ressortir que 80 % des enfants qui marchent jusqu'à leur école parcourent moins de 600 mètres. «La tolérance à la marche semble également avoir diminué par rapport à ce qui se pratiquait dans les années 60 et 70, voire à l'époque des grands-parents, qui pouvaient marcher une dizaine de kilomètres», précise M. Lewis.

Dans notre société, le déplacement en voiture s'est banalisé au point de devenir la norme, déplore le chercheur. Or, la mobilité des enfants dépend beaucoup de celle des parents, qui constituent leur modèle privilégié.

Comme la majorité des parents travaillent, ils déposent les enfants à l'école en voiture alors qu'ils cheminent vers leur lieu de travail, et ce, même si l'école se trouve près de la maison, fait remarquer le chercheur, qui prône l'adoption du transport collectif par tous. «Les usagers du transport collectif conduisent leurs enfants à l'école à pied et les reprennent au retour», dit-il. M. Lewis convient qu'il y a des rues de Montréal où les piétons ont raison d'être craintifs. «Il faut accroître la sécurité routière et rendre l'espace urbain plus favorable aux piétons et aux vélos», croit-il.

Aujourd'hui, les parents cherchent la meilleure école pour leur enfant, celle qui offrira le programme ou la pédagogie qu'ils pensent convenir le mieux aux besoins de leur enfant, alors que le critère traditionnel dans le choix de l'école était jadis sa proximité du domicile, fait-il remarquer. Il s'ensuit dans plusieurs cas un allongement de la distance entre la maison et l'école. «Le réseau scolaire devrait peut-être réfléchir à la répartition de ces programmes spécialisés pour qu'ils soient dispensés dans des classes à l'intérieur des écoles de quartier. Le réseau scolaire doit mesurer l'impact de ses décisions sur l'environnement et la santé publique», fait-il valoir.

Pourtant, le fait de pouvoir aller à l'école à pied recèle beaucoup d'avantages. Les amis de l'école sont aussi des voisins. «À un certain âge, l'enfant pourra se rendre seul à l'école, et cette acquisition de l'autonomie fait aussi partie du processus éducatif», précise-t-il. Bien qu'il y ait beaucoup de variations entre les familles, il est apparu que lorsque les enfants atteignent la cinquième année, les parents sont plus nombreux à laisser leur enfant marcher seul, pour d'assez courtes distances, dans des environnements connus de l'enfant. Cette pratique est toutefois étroitement liée à la perception des parents du danger et de leur propre expérience de la marche dans le quartier. «Néanmoins, l'enjeu de la sécurité domine sur celui de la santé», a précisé le chercheur.

Les spécialistes de santé publique affirment que le transport actif est une façon intéressante de faire de l'exercice physique sans trop s'en rendre compte, rapporte-t-il. «Pour les enfants du primaire qui devraient faire au minimum 60 minutes par jour d'activité physique, les déplacements à pied vers l'école sont intéressants, d'autant qu'ils prennent le même temps, voire sont parfois plus courts qu'en voiture, compte tenu des embouteillages aux abords de l'école à l'heure de la rentrée du matin et de la sortie du soir. Avec deux déplacements à pied de 15 minutes, auxquels s'ajouteront les cours d'éducation physique et parascolaires et les activités du week-end, on peut arriver à un bon programme», affirme Paul Lewis.

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