Règles de gouvernance - Le modèle du Cégep de Lanaudière risque d'être compromis

Dans son élan pour resserrer la gouvernance des universités et des cégeps, le gouvernement pourrait faucher au passage l'autonomie locale des trois composantes du Cégep régional de Lanaudière, craignent les communautés de Joliette, de L'Assomption et de Terrebonne.

Le projet de loi 110 sur la gouvernance des cégeps, déposé le 30 octobre dernier par la ministre de l'Éducation Michelle Courchesne, prévoit l'abolition des dispositions de la Loi sur les cégeps qui permettent de gérer localement les programmes d'étude, la vie étudiante et les services à la communauté. En lieu et place, l'ensemble des décisions seraient prises par un conseil d'administration régional, qui pour l'heure ne s'occupe que des ressources humaines et matérielles. Ce modèle décentralisé s'applique aujourd'hui uniquement au Cégep régional de Lanaudière.

Aucune consultation locale n'a été menée avant que le projet de loi ne soit déposé à la fin d'octobre (notons qu'il est mort au feuilleton avec le déclenchement des élections et qu'il devra être déposé de nouveau avant d'être débattu). Mis au fait après coup de l'émoi que le projet de loi suscitait dans la région, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, s'est montrée «sensible» à la situation. «On va regarder tous les effets du projet de loi et on va voir comment on peut corriger la situation», a indiqué au Devoir l'attaché de presse de la ministre, Jean-Pascal Bernier.

Concrètement, les collèges constituants de Joliette, de L'Assomption et de Terrebonne disposent d'un conseil d'établissement propre où siègent des représentants socioéconomiques et de la communauté collégiale. Chacun des trois collèges a aussi sa propre commission des études, qui définit les programmes.

Les dirigeants et administrateurs du collège, les syndicats ainsi que les élus locaux redoutent une centralisation du Cégep régional de Lanaudière et plus particulièrement l'abolition des instances locales où siègent des représentants locaux. Le mode de fonctionnement actuel «permet au collège de répondre plus rapidement aux besoins du milieu qu'il dessert», affirme le président du conseil d'établissement à Terrebonne, François Duval, notaire de son métier et président du Conseil local de développement des Moulins.

«Le projet de loi va à l'encontre de la mission même du cégep d'offrir un projet éducatif différent dans chaque constituante», renchérit Claude Pépin, président du syndicat des enseignants du collège constituant de Joliette, qui s'exprime au nom des trois syndicats.

La pilule est particulièrement difficile à avaler à Joliette, qui était auparavant un cégep à part entière avant d'être fondu avec le collège privé de L'Assomption et le tout nouvel établissement de Terrebonne pour former le nouveau Cégep régional de Lanaudière en 1998.

Le 7 novembre dernier, les administrateurs du cégep régional ont adopté à l'unanimité une résolution en appui au modèle de gouvernance actuel. On y soulignait qu'avec le modèle préconisé dans le projet de loi, «il apparaîtrait plus difficile d'exercer une gestion de proximité auprès des clientèles». Un comité regroupant des représentants des trois collèges constituants a aussi été formé pour rédiger un mémoire à ce sujet.

Il reste maintenant à voir si les dispositions controversées seront encore dans le projet de loi sur la gouvernance, si celui-ci est déposé à nouveau à l'Assemblée nationale après les élections.

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