Enfants handicapés : le ministère de l'Éducation ferait fausse route

Le ministère de l'Éducation fait fausse route avec son plan pour les élèves en difficulté en ne privilégiant pas systématiquement l'intégration dans les classes ordinaires. C'est du moins ce que pense la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) qui réprouve la «ségrégation» des enfants handicapés dans des classes spéciales.

Dans un livre qui sera lancé cette semaine, la CDPDJ presse le gouvernement du Québec de faire de l'intégration en classe ordinaire la voie royale pour les élèves handicapés physiques et mentaux. L'auteur de l'essai intitulé L'Inclusion en classe ordinaire des élèves à besoins éducatifs particuliers, Daniel Ducharme, estime que le plan d'action sur les élèves en difficulté déposé en juin dernier constitue «un recul par rapport à ce qui a été développé depuis 30 ans au Québec.»

Le plan prévoit notamment l'établissement de «balises» pour encadrer l'intégration dans les classes ordinaires. Il fait en cela écho aux demandes des syndicats d'enseignants, qui décrient la lourdeur de la tâche en raison du nombre d'enfants en difficulté intégrés dans les classes ordinaires.

Cela risque, selon M. Ducharme, de se traduire par un retour à une plus grande ségrégation des élèves. «Cela va à l'encontre de l'esprit de la loi sur l'instruction publique», poursuit M. Ducharme, soulignant que la Charte québécoise des droits de la personne favorise elle aussi une plus grande inclusion des élèves handicapés, tout comme les conventions internationales.

Le plan gouvernemental prévoit le maintien d'un éventail de services qui vont de l'intégration des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA) en classe ordinaire à la classe spéciale distincte. Le modèle de l'inclusion en classe ordinaire devrait être privilégié, et les ressources devraient être concentrées dans ce type de fonctionnement plutôt que dispersées dans différentes formules, selon la CDPDJ.

Les ressources nécessaires

Mais, attention, l'intégration systématique n'est pas en soi une panacée. «On voit souvent dans nos dossiers d'enquête des commissions scolaires qui vont scolariser des enfants handicapés en classe ordinaire, mais sans leur fournir des services appropriés. L'intégration est seulement physique. On peut comprendre la frustration des enseignants qui n'arrivent pas à avoir les ressources pour venir en aide aux élèves handicapés dans leur classe», poursuit M. Ducharme, précisant que la CDPDJ a analysé plus de 450 demandes liées à l'intégration des élèves handicapées depuis la fin des années 1970.

S'il peut être «discriminatoire» de refuser l'intégration d'un enfant handicapé en classe ordinaire, cela peut aussi l'être de l'intégrer sans lui accorder le soutien approprié, fait valoir le chercheur de la CDPDJ.

Il arrive régulièrement que des parents reviennent porter plainte une nouvelle fois, bien que leur dossier ait été réglé l'année d'avant. Les solutions dépendent en effet souvent de la bonne volonté d'un enseignant en particulier. Dans son avis, la Commission des droits de la personne recommande donc qu'un «coordonnateur à l'inclusion» soit désigné dans chaque école pour veiller à ce que les services aux élèves EHDAA soient adéquats et constants.

«Le ministère de l'Éducation doit être plus précis sur la façon dont il dispense les services dans les classes ordinaires. Il doit aussi y avoir davantage de reddition de comptes et d'imputabilité de la part des commissions scolaires», croit M. Ducharme.

Le taux d'intégration des quelque 25 000 élèves handicapés (physiques ou mentaux) oscille autour de 40 % au primaire et 28 % au secondaire.

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