Éducation - Des détracteurs de la réforme pédagogique exigent des correctifs importants

L’historien Robert Comeau
Photo: Jacques Grenier L’historien Robert Comeau

Les partis politiques doivent s'engager sur l'avenir de la réforme de l'éducation. S'il n'est plus question de «stopper la réforme» puisqu'elle est déjà implantée jusqu'en quatrième secondaire, ses détracteurs exigent des correctifs importants pour remettre les connaissances à l'honneur.

Voilà le message lancé par l'historien Robert Comeau, qui publie cette semaine un ouvrage collectif intitulé Contre la réforme pédagogique. «Il doit y avoir un débat public. Il faut qu'on parle d'éducation et que les partis se prononcent sur la façon de corriger la réforme», croit l'historien qui s'est intéressé à l'ensemble de la philosophie de la réforme après avoir scruté à la loupe les programmes d'histoire.

Il souligne que les enfants issus de milieux défavorisés risquent de pâtir si le Québec s'entête dans la voie du Renouveau pédagogique. «Les études montrent que les enfants de milieux défavorisés réussissent mieux lorsqu'il y a un encadrement systématique. Cela compense ce qu'il n'y a pas dans le milieu familial», explique M. Comeau, décriant le «laxisme» et la culture de facilité qui caractérisent selon lui l'école réformée.

En introduction de l'ouvrage collectif, qui réunit 15 plumes parmi les principaux détracteurs du Renouveau pédagogique, M. Comeau souligne que cette «nécessaire réforme a été détournée de ses principes fondamentaux par les fonctionnaires du ministère de l'Éducation». «Il y a eu un dérapage pédagogique. Les fonctionnaires en ont profité pour introduire l'idée du socioconstructivisme ou encore l'approche par compétence», ajoute-t-il en entrevue au Devoir.

On promettait ainsi, dans la foulée des États généraux sur l'éducation, de recentrer l'enseignement sur les matières de base, de rehausser les exigences, d'augmenter le nombre d'heures consacrées à l'histoire... Ces espoirs ont été déçus, selon les critiques de la réforme.

Enseignement de l'histoire

Par exemple, la promesse d'enseigner l'histoire à chacune des années du secondaire, à raison de 100 heures par année, s'est évanouie avec la confection du programme. En première et deuxième année du secondaire, le cours d'univers social recoupe à la fois les notions d'histoire, de géographie et d'économie, tandis qu'en troisième et quatrième année, les cours d'histoire du Québec et du Canada sont amalgamés avec l'éducation à la citoyenneté. L'amalgame est jugé contreproductif par les auteurs de l'ouvrage, qui auraient préféré lier l'éducation à la citoyenneté au tout nouveau cours d'éthique (que l'on dépouillerait à son tour de la dimension «culture religieuse», pour plutôt aborder ces notions dans un contexte historique).

Ce qui irrite davantage M. Comeau, c'est de voir l'histoire évacuée du cours d'univers social dispensé en cinquième secondaire. On y parle plutôt de l'actualité. «C'est une farce. On ne leur a pas transmis de connaissances systématiques sur le XXe siècle et on leur demande de se prononcer sur l'actualité. C'est du "présentisme"», tonne M. Comeau.

Ce dernier argue que les universitaires spécialisés dans les disciplines, tels les historiens, ont été écartés de la confection des programmes, marginalisant par le fait même les contenus disciplinaires. C'est que tout juste avant de procéder à la réforme de l'éducation, dans le milieu des années 1990, le mandat de concevoir les programmes de formation des maîtres a été confié aux facultés d'éducation, qui auraient, selon M. Comeau, pris le pas sur les différentes disciplines.

Dans la même lignée, la formation disciplinaire des enseignants s'est réduite comme peau de chagrin. «Sur un bac de quatre ans, les futurs enseignants n'ont que deux ans pour voir deux disciplines, pour un total de neuf cours par matière. Cela fait l'affaire des commissions scolaires, d'un point de vue économique. Les enseignants sont interchangeables, ils n'ont qu'à suivre le livre du maître pour donner leur cours», lance M. Comeau, à peine ironique.

Carcan

Les auteurs critiquent également le carcan dans lequel les enseignants sont cantonnés: de transmetteur de connaissance, on leur demande d'être des guides pour aider les jeunes à construire eux-mêmes leur savoir. Mais, par-dessus tout, la réforme leur demande d'évaluer des notions difficilement évaluables, soit les compétences.

Dans certaines matières, comme dans le tout nouveau cours d'éthique et de culture religieuse, la compétence à évaluer — le degré d'éthique ou d'ouverture — s'avère même être une attitude ou un comportement, déplore M. Comeau.

Le livre retrace les origines du fameux renouveau pédagogique pour ensuite se pencher plus précisément sur trois disciplines, soit l'histoire, le français et le tout nouveau cours d'éthique et de culture religieuse qui est venu se greffer à la réforme cette année. Parmi les auteurs, citons le philosophe de l'éducation Normand Baillargeon, l'historien Éric Bédard, le président de la Fédération autonome de l'enseignement, Pierre Saint-Germain, la présidente de l'Alliance des professeurs, Nathalie Morel, la didacticienne Régine Pierre, le professeur en éducation Gérald Boutin et plusieurs autres.

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