Les enseignants au collégial manifestent

Les enseignants ont distribué de l’information aux étudiants, dont une lettre adressée à la ministre de l’Éducation, Michèle Courchesne, dans laquelle ils réclament de la rencontrer pour réviser les ententes sur la répartition des transferts
Photo: Jacques Nadeau Les enseignants ont distribué de l’information aux étudiants, dont une lettre adressée à la ministre de l’Éducation, Michèle Courchesne, dans laquelle ils réclament de la rencontrer pour réviser les ententes sur la répartition des transferts

Le mot d'ordre des trois fédérations syndicales des enseignants a été entendu, et les professeurs au collégial ont manifesté hier, au lendemain de la Journée mondiale des enseignements. C'est avec calme qu'ils ont dressé des lignes de piquetage de 7h à 8h, soit avant le début des cours, pour dénoncer la faible part des transferts fédéraux de 70 millions de dollars consacrée à l'enseignement. «Seul 10 % de l'argent est allé dans les salles de classe, alors la tâche des professeurs augmente sans cesse avec l'encadrement de jusqu'à 160 étudiants par semaine», explique Guy Desmarais, vice-président aux communications à la Fédération autonome du collégial. «Trente-deux heures et demie de travail par semaine..., il n'y a pas un prof sérieux qui en fait si peu pour arriver», ajoute-t-il.

Par exemple, indique Mario Beauchemin, président de la Fédération des enseignants et enseignantes de cégep, le Cégep de Sainte-Foy a utilisé les quelques centaines de milliers de dollars qui lui ont été impartis pour éponger son déficit et enclencher une campagne de recrutement étudiant dans le contexte de la baisse des inscriptions. Ailleurs, on a aussi investi dans l'embauche de personnel de soutien et dans le renouvellement des laboratoires informatiques. Le professeur approuve ces initiatives, «mais nous revendiquons une enveloppe à la hauteur de celle de 1994-95, équivalente à 800 à 900 millions de dollars, pour combler les besoins de l'enseignement».

Une lettre

Les enseignants ont distribué de l'information aux étudiants, dont une lettre adressée à la ministre de l'Éducation, Michèle Courchesne, signée par 9000 professeurs. Ils réclament de la rencontrer pour réviser les ententes sur la répartition des transferts fédéraux, entente qui aurait été imposée en juin dernier aux enseignants sans consultation, indique Mario Beauchemin. Il n'accuse pas les cégeps de la situation, «qui auraient les mains liées» avec des obligations de se conformer aux directives ministérielles.

Si, en ville, les cégeps font surtout face à des classes surpeuplées, en région, des programmes sont menacés par le manque de clientèle. Dans ce contexte, les syndicats indiquent qu'il n'est pas rare de jumeler les années ou de donner sept cours à préparer à un enseignant.

Mario Beauchemin se veut rassurant: il ne s'agit pas d'une escalade des moyens de pression. «Pas question pour nous de défier la loi C-43», qui stipule que l'on ne peut nuire, de quelque manière que ce soit, au maintien des services habituels du cégep ou en entraver l'accès.

L'action des enseignants s'est faite sans grincements de dents du côté des étudiants. «On ne peut qu'être en accord avec leurs revendications, le manque de financement est criant», dit Xavier Lefebvre Boucher, président de la Fédération étudiante collégiale du Québec. Un point de vue que partage le secrétaire aux relations externes de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante, Alex Desrochers. Ils s'entendent toutefois pour dire que l'enseignement est encore de bonne qualité dans les établissements collégiaux.

La ministre Courchesne a pris connaissance de la lettre des enseignants, indique son attaché de presse, Jean-Pascal Bernier. «Nous sommes en mode réinvestissement, ajoute-t-il, et le soutien à l'enseignement tient à coeur à la ministre qui y a consacré 6,7 millions.» La possibilité d'une rencontre avec les syndicats existe, mais les négociations sont exclues.