L'UdeS veut élargir l'horizon des étudiants

Un baccalauréat à saveur différente à l'Université de Sherbrooke? Pour décerner un diplôme, l'établissement souhaiterait vérifier la maîtrise de deux langues et la connaissance d'une troisième par un étudiant, en plus d'inclure au programme de premier cycle des cours obligatoires d'activité physique.

«L'université est devenue trop disciplinaire», constate à regret le recteur de l'Université de Sherbrooke (UdeS), interrogé hier lors d'un passage au Devoir. «Je veux qu'on rende la formation universitaire plus large, qu'on ouvre les ornières des étudiants, qu'on décloisonne les disciplines.»

Pour élargir les horizons de ses étudiants, l'UdeS met le cap sur une formation linguistique plus approfondie, en plus de songer sérieusement à intégrer de façon obligatoire l'activité physique aux 90 crédits qui composent le programme de premier cycle. Ces avancées ambitieuses font actuellement l'objet de réflexions au sein du conseil universitaire, une des instances décisionnelles de l'université.

«Nous évaluons la possibilité d'inscrire au programme la maîtrise de deux langues nécessaires pour obtenir le diplôme, en plus de la connaissance d'une troisième langue», explique le recteur Bruno-Marie Béchard, désigné «bâtisseur du mois» par la revue Commerce dans son édition de février, dans laquelle on l'associe carrément à un «vent de renouveau» soufflant actuellement sur la région de Sherbrooke.

Cette idée s'inscrit dans le cadre du plan d'action stratégique 2001-05 lancé par l'université en septembre dernier. Dans le cadre d'une politique linguistique institutionnelle que le vice-rectorat à l'enseignement élabore actuellement, l'UdeS suggère la maîtrise non seulement du français mais aussi d'une deuxième langue qu'on suppose être l'anglais «mais qui pourrait aussi bien être l'espagnol, par exemple», précise Jacques Viens, directeur des communications à l'université.

On se rappellera qu'un projet similaire, lancé récemment par l'Université du Québec à Montréal autour de l'élaboration de sa propre politique linguistique, a soulevé les passions au sein de la communauté. La proposition du groupe de travail sur l'intégration des étudiants non francophones et la langue d'enseignement de permettre aux étudiants de suivre 10 % de leurs cours disciplinaires dans une langue autre que le français en a fait sursauter plus d'un.

L'UQAM avait d'ailleurs refusé, pour des raisons linguistiques, de conclure en 2001 un contrat de formation en anglais pour des cadres de la société Bombardier, contrat que s'empressa de signer... l'Université de Sherbrooke!

«Nous donnons des cours en anglais en formation sur mesure, et la possibilité de remettre les travaux en anglais existe chez nous», ajoute M. Viens.

L'établissement, que l'on connaît surtout pour l'originalité de son régime d'enseignement coopératif, où les connaissances théoriques s'allient à des expériences de stage en milieu pratique, souhaite du même souffle mettre en place une école de langues avec ses partenaires de la région et du secteur de l'enseignement supérieur (neuf établissements réunis sous l'appellation de «pôle universitaire de Sherbrooke»).

Suivant le principe selon lequel «un esprit sain évolue mieux dans un corps sain», l'université veut également jouer d'audace — une de ses marques de commerce — en ajoutant au parcours obligatoire des étudiants de premier cycle des crédits en activité physique. «Je voudrais que ça fasse partie de la formation générale, que ça y soit carrément inscrit», lance le recteur, reconnu pour son dynamisme contagieux.

Cette idée, elle aussi lancée par les pistes d'action du plan stratégique, se marie à d'autres objectifs comme ceux de créer un centre d'excellence de l'activité physique et de réduire de moitié — d'ici 2005 — les statistiques d'épuisement professionnel au sein de la communauté universitaire.

L'UdeS, qui faisait récemment l'objet d'un reportage de la British Broadcasting Corporation et d'Euronews sur les universités du monde qui se distinguent des autres par des succès particuliers, prend la planète comme terrain de jeu. «Mon échiquier, c'est le monde», affirme sans ambages son jeune recteur dans la trentaine, l'un des plus jeunes à diriger une université en Amérique du Nord.

Son opération de conquérant l'a d'abord mené à Longueuil: l'étonnement général autour de la nouvelle appellation de l'édicule du métro de Longueuil — désormais «Longueuil-Université de Sherbrooke» — n'a pas surpris M. Béchard. «Les gens ont été étonnés, et c'est normal: ils ne savaient pas qu'on était établis à Longueuil», explique-t-il, ravi de l'effet produit, qui fera de la publicité à la présence de l'établissement sur la rive sud.

Outre la présence sherbrookoise à Longueuil — «on est quand même là depuis plus de 40 ans!» —, le recteur, dans ses discours, parle désormais de cinq universités dans le paysage du Montréal métropolitain: Sherbrooke et ses consoeurs, soit l'Université de Montréal, l'UQAM, Concordia et McGill. «Il y aura vraisemblablement un jour un pôle universitaire à Montréal, je l'espère», affirme le recteur, qui affirme ne pas vouloir concurrencer les autres ni fouiner dans leur clientèle.

«Notre objectif n'est pas de grossir, nous sommes même contre le fait de grossir», affirme M. Béchard, dont l'université a toutefois inscrit comme priorité de son plan d'action l'objectif d'accroître la qualité de ses candidats au premier cycle.

Mais l'UdeS innove et bouscule peut-être un peu sur son passage à force de faire de la publicité au sujet de ses bons coups. «Ce n'est pas dans les gènes universitaires de mettre en valeur les universités», explique-t-il. «Moi, j'essaie de compenser par excès de l'inverse!», ajoute-t-il en riant. Après le coup du métro Longueuil-Université de Sherbrooke et la une de la revue Commerce sous le titre «Le phénomène Béchard», le recteur promet de nouvelles constructions à Longueuil pour accroître la visibilité de l'établissement, en plus de multiplier les passages dans les chambres de commerce et autres arènes de pouvoir.

L'UdeS, qu'il a lui-même choisie pour son dynamisme, «a le vent dans les voiles et joue un rôle unique», en plus de présenter un profil prometteur calqué sur la société du savoir: «Nous ne sommes pas là pour générer une élite cultivée sans égard au marché du travail. Notre finalité est liée au secteur économique, et ce n'est pas tabou ni péché mortel comme le pensent certains», affirme M. Béchard, dont l'université étudie actuellement la possibilité d'émettre des obligations pour entretenir et élargir son parc immobilier.