Voici venu le temps de «l'esprit critique»

Qu'est-ce qu'une maîtrise aujourd'hui? Y a-t-il des dénominateurs communs entre les différents programmes? Un même mot est-il au contraire utilisé pour faire référence à des diplômes très différents les uns des autres? Regard sur cette question.

Les exigences du marché du travail sont plus importantes que par le passé et le niveau de scolarité de la population est en augmentation. La proportion des Québécois âgés de 15 ans ou plus qui détiennent un diplôme universitaire est passée de 11 % en 1986 à 21 % en 2006. Selon le plus récent recensement, la maîtrise correspond au plus haut niveau de scolarité atteint pour 3,1 % de la population québécoise de 15 ans ou plus, comparativement à 1,7 % quinze ans plus tôt, en 1991.

Mais à quoi correspond ce diplôme de deuxième cycle universitaire? En comparant les différents programmes, on peut noter certaines constantes, mais aussi des différences assez importantes.

«Dans tous les cas, les études de maîtrise donnent lieu à un approfondissement des connaissances», souligne Louise Béliveau, vice-rectrice adjointe aux études supérieures et doyenne de la faculté des études supérieures et postdoctorales de l'Université de Montréal. «L'esprit d'analyse, la capacité de synthèse, l'habileté à trouver et à traiter des informations sur un sujet, la capacité de communiquer, d'échanger ces informations et la rigueur intellectuelle sont des aptitudes que l'ensemble des programmes de maîtrise visent à développer», ajoute-t-elle. «Les études de deuxième cycle permettent aussi d'aiguiser l'esprit critique», affirme Bernard Garnier, vice-recteur aux études et aux activités internationales de l'université Laval.

Les étudiants à la maîtrise sont notamment appelés à s'interroger sur la qualité de l'information trouvée. «Avec les technologies de l'information, la connaissance est facilement accessible. Mais il faut montrer aux étudiants à faire la distinction entre ce qui est obtenu par Google, qui est non arbitré, qui est non validé souvent, et des articles scientifiques qui, eux, sont validés par des pairs», dit Daniel Coderre, vice-président à l'enseignement et à la recherche de l'Université du Québec. «Et même dans le cas des articles scientifiques validés par des pairs, il faut aussi leur apprendre que ce n'est pas la vérité absolue.» M. Coderre évoque par ailleurs les enjeux éthiques abordés.

Exigences

«Pour être admis à la maîtrise, un étudiant doit généralement avoir une moyenne minimale de 3 sur 4 ou l'équivalent», indique Lissa Matyas, directrice du recrutement et de la rétention des étudiants aux cycles supérieurs à l'université McGill. Cette exigence peut varier un peu d'un programme à l'autre ou d'une université à l'autre.

Un programme de maîtrise compte généralement 45 crédits. Parfois, les étudiants doivent en obtenir 48 ou même plus, par exemple 57 dans certains programmes de maîtrise en administration des affaires (MBA). La durée des études prévue est souvent de deux ans à temps plein. Bon nombre de personnes poursuivent toutefois maintenant leurs études de deuxième cycle à temps partiel, indique M. Garnier, ajoutant par ailleurs qu'il existe désormais certains programmes de formation à distance.

D'une discipline à l'autre, les maîtrises peuvent prendre des formes assez variées. Les études de deuxième cycle en génie mécanique seront évidemment très différentes de ce qu'elles sont en économie, en histoire ou en littérature. En musique, certains programmes comprennent des récitals, et dans certains profils de maîtrise en arts, les étudiants sont appelés à créer une oeuvre.

Des maîtrises de recherche ou professionnelles

Certaines maîtrises sont axées sur la recherche, alors que d'autres sont orientées vers le marché du travail. «Dans une maîtrise de recherche, une grande proportion des crédits sont reliés à un projet de recherche, qui donne lieu à un mémoire», souligne le vice-président à l'enseignement et à la recherche de l'Université du Québec. Le nombre des crédits attribués à la recherche et à la rédaction du mémoire peut varier d'une université à l'autre et d'un programme à l'autre. Il est par exemple de 24 crédits dans certains cas et de 35 dans d'autres. L'étudiant effectue son mémoire sous la supervision d'un directeur de recherche et s'intègre parfois à un groupe de recherche. Un jury évalue par la suite son mémoire.

En faisant une maîtrise avec mémoire, l'étudiant «apprend le métier de chercheur, les règles de l'art de la recherche, qui sont généralement de poser une hypothèse, de vérifier, d'analyser les données et de pouvoir en tirer des conclusions», dit M. Coderre, qui ajoute qu'il faut s'appuyer sur les connaissances existantes, mais aussi aller plus loin. «Dans le cadre de la maîtrise de recherche, il y a une contribution à l'avancement des connaissances», souligne-t-il. Le sujet de recherche retenu est généralement assez pointu, mentionne pour sa part Mme Matyas.

Le mémoire prend souvent la forme d'un texte suivi avec une introduction, une recension des écrits, des pages consacrées à la problématique et à la méthodologie, une présentation et une analyse des résultats, une réflexion et une conclusion. Certains étudiants optent, quant à eux, pour le mémoire par articles, en particulier en sciences de la nature. Ils intègrent ainsi dans leur mémoire des articles scientifiques qu'ils ont publiés. L'ensemble doit toutefois former un tout cohérent.

Plutôt que de faire un mémoire, des candidats à la maîtrise peuvent choisir de suivre davantage de cours et de rédiger un travail dirigé ou un essai, moins long. Il existe aussi des programmes de maîtrise professionnelle avec stage ou projet d'intervention. «Il s'agit alors de bonifier les qualifications des étudiants», mentionne Mme Béliveau. Les étudiants qui suivent des programmes de maîtrise professionnelle acquièrent des connaissances et des compétences qu'ils pourront mettre à profit sur le marché du travail.

Nouvelles tendances

On peut par ailleurs observer de nouvelles tendances. Il existe au Québec une volonté de réduire la durée des études de maîtrise, et les étudiants peuvent parfois passer directement de la maîtrise au doctorat sans avoir déposé de mémoire.

Le vice-recteur aux études et aux activités internationales de l'université Laval mentionne par ailleurs qu'il est maintenant possible d'y faire une maîtrise sur mesure. «Il existe deux types de maîtrise sur mesure», explique M. Garnier. Le premier permet à un étudiant de se constituer un programme qui convient à ses besoins professionnels et personnels, tout en respectant certaines balises. Dans le deuxième cas, il s'agit de répondre aux besoins de formation spécifiques d'un groupe de personnes, d'une organisation. La maîtrise sur mesure demeure toutefois l'exception plutôt que la règle, et le projet de formation de l'étudiant doit recevoir l'aval de l'université.

Dans certains cas, les étudiants peuvent par ailleurs commencer par s'inscrire à un microprogramme de deuxième cycle, puis obtenir un diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS) de 30 crédits en y intégrant ceux du microprogramme et ensuite incorporer les cours du diplôme à un programme de maîtrise, indique M. Garnier. Cela est aussi possible dans des établissements de l'Université du Québec, dit M. Coderre. Des étudiants peuvent aussi parfois obtenir une maîtrise par cumul de programmes courts de deuxième cycle dans des domaines complémentaires, ajoute-t-il.

Plusieurs formations sont maintenant interdisciplinaires et certaines sont conçues pour répondre à des attentes de la société. M. Coderre mentionne à titre d'exemple que l'Université du Québec est en train de mettre au point une maîtrise en gestion durable des écosystèmes forestiers, qui n'est ni une maîtrise en foresterie ni une maîtrise en écologie. «Cela répond à une attente du milieu. C'est une tendance que l'on voit de plus en plus», conclut-il.

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Collaboratrice du Devoir
3 commentaires
  • François Giguère - Inscrit 24 septembre 2008 09 h 23

    Que vaudra éventuellement le maîtrise?

    "La proportion des Québécois âgés de 15 ans ou plus qui détiennent un diplôme universitaire est passée de 11 % en 1986 à 21 % en 2006" Je suis d'accord pour une démocratisation des études supérieures mais au pas au prix de la qualité. Malheureusement, à voir les difficultés qu'ont certaines universités à trouver des enseignants qualifiés dans certains programmes, notamment en enseignement, on a l'impression que la qualité est compromise. Que vaudra éventuellement le maîtrise? "L'esprit d'analyse, la capacité de synthèse, l'habileté à trouver et à traiter des informations sur un sujet, la capacité de communiquer, d'échanger ces informations et la rigueur intellectuelle sont des aptitudes que l'ensemble des programmes de maîtrise visent à développer" Ce sont là des aptitudes qui devraient être éveillées au collégial et confirmées au premier cycle universitaire. La business universitaire s'adapte à sa clientèle en amollissant ses exigences pour survrivre faute de financement décent de la part du gouvernement. Je souhaite qu'éventuellement ce 3,1 % augmente mais si la formation est de moins en moins rigoureuse elle n'attirera pas le citoyen ordinaire parce qu'il connaît la valeur du temps.

  • Roland Berger - Inscrit 24 septembre 2008 20 h 43

    L'esprit critique à l'université

    Il est à la fois étonnant et tout à fait normal qu'on situe le développement de l'esprit critique à l'université. Le collège, l'école secondaire et l'école primaire n'auraient pas à insister sur cette formation pourtant essentielle. La pyramide à l'envers !
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Chryst - Inscrit 10 octobre 2008 15 h 17

    Esprit critique

    Vous l'avez naturellement ou vous devez le développer. Ce doit être inscrit dans les gènes dans le premier cas. Il faut aussi un bonne dose de patience et de persévérance sans compter l'amour de son travail.

    Avec l'informatique vous pouvez faire comme des miracles, crus de peu de gens si ce n'est de quelqu'un en sciences pures qui comprend que vous ne pouvez pas avoir toute la vérité. Que tout ne peut être parfait.

    Même votre patron ne croit pas en vos méthodes dérangeantes pour l'ordre établi.

    C'est l'isolement. Vous rejeter ce que vous voyez qui était jadis la norme. On vous rejette.