Les formations professionnelle ou technique reprennent du lustre

Yan Bolduc rêve d'architecture depuis qu'il a fait une recherche sur Gustave Eiffel en cinquième année du primaire. Au moment de l'admission au cégep, il ne s'imaginait pas devoir attendre ses études universitaires, deux ans plus tard, avant de goûter à sa passion. La technique en architecture s'est rapidement imposée, et le jeune homme a entrepris ce mois-ci sa cinquième session au cégep Saint-Laurent.

Cette voie de la formation professionnelle ou technique est plus valorisée qu'on pourrait le penser. Interrogés sur le cheminement le plus prometteur pour un jeune, 41 % des Québécois estiment qu'il vaut mieux «poursuivre des études jusqu'à l'obtention d'un diplôme professionnel ou technique», selon un sondage Léger Marketing-Le Devoir.

«Il y a eu beaucoup d'efforts mis ces dernières années pour faire la promotion de la formation professionnelle et technique, pour expliquer aux jeunes qu'elle offre des débouchés extrêmement intéressants sur le marché du travail. On voit que le message a été intégré», analyse Mathieu Gagné, directeur de recherche chez Léger marketing.

L'université reste tout de même l'idéal à atteindre: 51 % des répondant voient dans le diplôme universitaire le cheminement le plus prometteur. Signe que le message public sur l'importance d'un diplôme qualifiant a aussi été entendu: seulement 3 % des répondants estiment qu'il vaut mieux trouver un emploi bien payé le plus tôt possible, même sans diplôme.

Sans exclure la possibilité de poursuivre ses études à l'université, Yan Bolduc a clairement mis de côté le parcours du collégial préuniversitaire. «Je n'ai pas vraiment pensé cégep ou université, mais plutôt programme préuniversitaire ou technique. Je voulais du concret. Je ne me voyais pas étudier en sciences de la nature avec des cours de chimie qui ne m'intéressaient pas. J'ai passé mon secondaire à avoir des cours dont je savais qu'ils ne me serviraient à rien», explique le jeune homme.

Il se félicite après coup à l'idée d'avoir bientôt en poche un diplôme qui lui permettra de faire son entrée sur le marché du travail.

Formations professionnelles délaissées

Le président de la Fédération des cégeps, Gaétan Boucher, se réjouit de voir l'option technique talonner de près celle des études universitaires. Cela dénote selon lui une conscience accrue des pénuries de main-d'oeuvre qui commencent à poindre, alors que les techniciens et les travailleurs de métier seront très recherchés.

«Voilà des années qu'on entend le message qu'il n'est pas nécessaire d'aller à l'université pour réussir, qu'on peut avoir un excellent métier, bien gagner sa vie, progresser dans une entreprise avec une technique. Peut-être que c'est en train de percer», croit M. Boucher.

La présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Diane De Courcy ne partage cependant pas son enthousiasme. Elle a le sentiment que si les techniques commencent à tirer leur épingle du jeu, les formations professionnelles (dispensées au secondaire) sont encore les parents pauvres au jeu des perceptions.

«C'est clair que le mythe de la voie royale de formation qui passe nécessairement par le cégep et l'université est tenace. À preuve, c'est que les étudiants inscrits en formation professionnelle à la CSDM ont en moyenne 27 ans. Les jeunes n'y croient pas, leurs parents non plus», constate avec dépit Mme De Courcy.

Ces étudiants de 27 ans ont soit décroché et tâté du marché du travail avant de revenir vers les centres de formation professionnelle, soit essayé préalablement les études supérieures. La réforme des curriculums permet maintenant d'amorcer plus rapidement certains programmes de formation professionnelle, aussi tôt qu'en troisième secondaire. Il reste à voir si l'opinion publique changera en conséquence et considérera la formation professionnelle comme une option valable plutôt que comme une position de repli.

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