Recteurs et présidents d'universités se rencontrent - La recherche sera planétaire ou ne sera pas

L’internationalisation de la recherche sera au coeur de la rencontre entre les recteurs d’université, qui se rencontreront à l’université Concordia.
Photo: Jacques Grenier L’internationalisation de la recherche sera au coeur de la rencontre entre les recteurs d’université, qui se rencontreront à l’université Concordia.

Le Conseil supérieur de l'éducation a proposé, dans un avis rendu en 2005, de soutenir les professeurs pour qu'ils accèdent aux groupes de recherche internationaux et de consolider les alliances conclues avec les universités partenaires à l'étranger. La préoccupation pour l'internationalisation de la recherche existe de part et d'autre de l'Atlantique. C'est le thème retenu cette année pour la rencontre entre recteurs et principaux d'université du Québec et du Canada et présidents d'université et directeurs de grande école de la région Rhône-Alpes en France, dans le cadre de la XXIe édition des Entretiens du Centre Jacques Cartier.

Les recteurs et principaux d'université du Québec et du Canada et les présidents d'université et directeurs de grande école de la région Rhône-Alpes en France auront l'occasion de partager leurs expériences et d'échanger des idées et des bonnes pratiques lors d'une matinée de réflexion qui aura lieu le 6 octobre à l'université Concordia, à Montréal.

Il sera question en particulier de l'internationalisation de la recherche. «On discute souvent de l'internationalisation de l'éducation en général. Par là, on entend souvent l'échange d'étudiants et parfois l'échange de professeurs. Mais, de plus en plus, il est nécessaire de faire des échanges en ce qui concerne la recherche. Cela peut enrichir la recherche qui se fait dans différents domaines. On va explorer cela», indique Judith Woodsworth, rectrice et vice-chancelière de l'université Concordia.

L'idée est de discuter non seulement du contenu des recherches, mais aussi des mécanismes de la recherche, de la façon dont elle est structurée et de son financement par les gouvernements ou par le secteur privé, ajoute la rectrice. «De plus en plus, on cherche des moyens de financer des recherches qui peuvent réunir des chercheurs de différents pays», mentionne-t-elle notamment en guise de piste de réflexion.

Enjeux mondiaux

Luc Vinet, recteur de l'Université de Montréal, fait valoir que les connaissances doivent être universelles et que certaines recherches portent en outre sur des enjeux globaux, par exemple le réchauffement climatique. «Chaque université, dans son contexte géographique, a la responsabilité d'en étudier les causes, les remèdes, etc. Mais le problème étant global, chaque établissement a aussi la responsabilité de mettre, avec les autres universités, les morceaux du puzzle ensemble, puisque cela prend une solution complète.»

M. Vinet affirme également qu'il sera intéressant d'échanger sur les formules mises de l'avant de part et d'autre pour financer la recherche et aussi de voir s'il est possible pour les universités québécoises de prendre part à des programmes français ou européens de soutien à la recherche. Il mentionne par exemple que la participation du Québec au programme-cadre pour la recherche et le développement de l'Union européenne n'est pas très grande, comparativement à celle de certains États, comme Israël. «C'est tributaire évidemment des contributions qui sont faites par les pays.»

Luc Vinet évoque également la possibilité de partenariats transnationaux entre deux établissements ou entre une université et une entreprise privée. Selon lui, une autre piste de réflexion concerne la possibilité de développer des relations trilatérales entre un établissement du Québec, un autre de la région Rhône-Alpes et un autre situé ailleurs qui est déjà partenaire du premier ou du second. Les universités ou grandes écoles pourraient ainsi développer de nouvelles relations à partir de celles qu'ont leurs partenaires actuels.

Réseaux

«Un projet de recherche doit être compétitif sur un plan planétaire et nécessite des données importantes, notamment dans les domaines des sciences de la vie et de la physique, et donc la participation d'un grand nombre d'équipes, qui doivent être mises en réseau», affirme pour sa part Lionel Collet, président de l'université Claude-Bernard Lyon-1. «L'objectif est d'arriver à définir les grands thèmes de recherche de demain et les équipes de recherche de nos différents pays qui pourraient collaborer.» Selon M. Collet, il importe d'inciter les chercheurs à développer des collaborations internationales et de les accompagner dans cette démarche. Il peut par exemple être opportun d'accorder une reconnaissance particulière et des moyens additionnels aux équipes de recherche qui tissent de telles collaborations.

Olivier Faron, directeur de l'École normale supérieure lettres et sciences humaines (ENSLSH), évoque lui aussi un certain nombre d'enjeux liés à la question de l'internationalisation de la recherche. Il souligne par exemple l'importance de la mobilité des chercheurs. Il indique que les établissements de Lyon et de Grenoble souhaitent favoriser l'accueil de chercheurs étrangers de très haut niveau et s'interrogent sur les mécanismes les plus appropriés pour le faire. Il soulève par ailleurs la question des règles d'évaluation internationales et la nécessité pour les chercheurs d'être performants et d'avoir un bon dossier de publications. Selon lui, il faut à la fois défendre la publication d'articles et d'ouvrages en français et traduire certains travaux en anglais pour qu'un plus large public puisse en prendre connaissance.

M. Faron fait par ailleurs état de la création en France de réseaux thématiques de recherche avancée (RTRA) et de réseaux thématiques de recherche et de soins (RTRS). Le RTRA en sciences humaines et sociales porté par l'ENSLSH accueille des chercheurs étrangers pour une durée de cinq ou dix mois.

Regroupement d'établissements

L'université Claude-Bernard Lyon-1 et l'École normale supérieure lettres et sciences humaines font toutes deux partie du Pôle de recherche et d'enseignement supérieur (PRES) Université de Lyon, qui regroupe 20 établissements de Lyon et de Saint-Étienne. La politique de relations internationales doit être portée non pas par chacun des établissements, mais par le PRES Université de Lyon; elle doit être coordonnée, affirme M. Faron.

Le gouvernement français a retenu en mai un projet présenté par le PRES Université de Lyon dans le cadre de l'Opération campus, qui vise à «rénover et à redynamiser les campus existants grâce à un investissement massif et ciblé, pour créer de véritables lieux de vie, fédérer les grands campus de demain et accroître leur visibilité internationale». Il a opté dans ce cadre pour la formule du partenariat public-privé. L'Opération campus a notamment pour objectif de renforcer l'attrait des établissements, souligne M. Collet. Les projets retenus en mai, dont celui de Lyon, doivent être finalisés d'ici la fin du mois de novembre.

Les recteurs, principaux d'université et directeurs d'école se réuniront en rencontre fermée dans la matinée du lundi 6 octobre, à la suite de l'invitation lancée par Judith Woodsworth, de l'université Concordia.

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Collaboratrice du Devoir

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