Étudiants internationaux - Les universités pourront établir les droits de scolarité dans six facultés

Une année universitaire coûte environ 14 000 $ pour un étudiant inscrit au premier cycle dans un des domaines visés par la déréglementation. Avec la décision de Québec, on estime que les universités pourront compter sur des revenus supplémentai
Photo: Jacques Grenier Une année universitaire coûte environ 14 000 $ pour un étudiant inscrit au premier cycle dans un des domaines visés par la déréglementation. Avec la décision de Québec, on estime que les universités pourront compter sur des revenus supplémentai

Les étudiants étrangers devront délier encore plus les goussets de leur bourse pour étudier au Québec, du moins dans certaines disciplines. Les universités québécoises pourront désormais déterminer elles-mêmes le montant des droits de scolarité qu'elles exigeront des étudiants étrangers inscrits dans certaines facultés.

Le gouvernement est sur le point d'adopter un règlement qui déplafonne les droits de scolarité pour les étudiants internationaux inscrits en médecine, en génie, en informatique, dans le secteur des mathématiques et sciences pures, en administration, ainsi qu'en droit.

«On dit aux universités: "libre marché". Elles pourront tarifer comme elles le souhaitent et garder les sous, dans ces facultés précises. [...] On se rend plus compétitifs avec les autres universités canadiennes», a expliqué la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, en entrevue au Devoir.

Auparavant, Québec imposait un plafond maximal (déjà différencié en fonction des programmes d'études), que les universités ne pouvaient excéder de plus de 10 %. Il existait alors un mécanisme de redistribution des sommes provenant des étudiants étrangers entre les universités. Le montant de 10 % supplémentaire restait cependant dans la poche des universités pour financer les services liés à l'accueil d'étudiants internationaux.

À l'heure actuelle, une année universitaire coûte environ 14 000 $ pour un étudiant inscrit au premier cycle dans un des domaines visés par la déréglementation. Ce montant oscille autour de 12 600 $ pour un étudiant du premier cycle inscrit dans les autres disciplines.

Avec la déréglementation des frais dans les six domaines d'études, les universités pourront déterminer elles-mêmes le montant exigé et pourront conserver le produit des droits de scolarité dans leurs propres budgets. Selon des projections basées sur la comparaison avec les droits imposés dans les universités canadiennes, on estime que les universités pourront compter sur des revenus supplémentaires de 16 millions par année.

Québec instaure cependant des mesures de compensation qui s'étaleront sur six ans pour soutenir les universités désavantagées par cette nouvelle formule. Par exemple, les universités qui accueillent un grand nombre d'étudiants français, qui sont exemptés des montants forfaitaires imposés aux étudiants internationaux, auront droit à une compensation qui décroîtra progressivement.

Au terme de six ans, ce sera le libre marché et il n'y aura plus de péréquation entre les universités pour les programmes visés. Le ministère fait le pari que les universités auront alors réussi à diversifier leur clientèle pour accueillir davantage d'étudiants étrangers provenant de pays qui ne bénéficient pas d'exemption.

On estime qu'environ 22 000 étudiants étrangers étudient dans les universités québécoises, selon les données de 2006. Précisons cependant que tous ne paient pas les frais supplémentaires pour les étudiants internationaux: environ la moitié proviennent de pays avec qui le Québec a conclu des ententes les exemptant de ces frais. La déréglementation n'affectera pas ces étudiants.

De l'ensemble des étudiants étranger, plus du quart (26,6 %) étudiaient à McGill, et 16,6 % étaient inscrits à Concordia. L'Université de Montréal et l'Université du Québec à Montréal suivaient, avec respectivement 13,4 % et 11,7 % des inscriptions.

La ministre écarte du revers la main les craintes d'une iniquité dans le financement des universités que pourrait susciter cette nouvelle politique. «Les universités sont contentes. Cela rétablit un équilibre. [...] Cela va forcer les universités à être plus agressives, plus dynamiques et plus créatives», a fait valoir Mme Courchesne.

Un recrutement centralisé

Parallèlement à cette déréglementation, le gouvernement s'apprête à mettre sur pied un «secrétariat au recrutement des étudiants étrangers», pour coordonner les efforts des universités.

Dans la course aux clientèles, plusieurs universités ont intensifié leurs activités de recrutement aux quatre coins de la planète. La dernière en lice est l'Université du Québec (le Réseau UQ), qui a ouvert le printemps dernier un bureau à Paris.

Avec son nouveau secrétariat, Québec veut non seulement mettre en commun les efforts des universités mais aussi intensifier le recrutement d'étudiants en lien avec les besoins du marché du travail québécois. Bref, on veut certes attirer des étudiants, mais on souhaiterait aussi qu'ils s'installent ici par la suite pour alléger un peu l'ampleur des pénuries de main-d'oeuvre qui se profilent à l'horizon. «On va cibler les facultés d'études et les pays d'origine qui vont répondre à des besoins de main-d'oeuvre québécois et qui vont favoriser le développement économique et social du Québec», a souligné Michelle Courchesne.

À voir en vidéo