Nouvelles technologies - Est-il possible d'étudier à l'université sans ordinateur ?

Aux HEC, toutes les communications entre l'étudiant et l'institution se font par InternetL'accès à une connexion Internet est devenu indispensable aujourd'hui pour un universitaire. «Internet n'est pas obligatoire, mais il est fortement recommandé. Un étudiant qui n'a pas d'accès Internet aujourd'hui, c'est un peu comme quelqu'un qui se présente en classe sans crayon», croit Glenn Cartwright, vice-doyen aux technologies de l'information à McGill.

Depuis la révolution des nouvelles technologies, Internet est présent partout, à la maison, au bureau, à l'école... À l'université, difficile d'étudier sans y avoir accès puisque les inscriptions, les choix de cours et le paiement des frais de scolarité se font via le site Web de l'établissement. Certaines institutions vont plus loin, tentant de révolutionner le monde de l'enseignement en offrant des cours complets sur le Web.

«Internet est devenu un outil indispensable pour tout étudiant, surtout sur le plan de la recherche», affirme d'emblée Chantale Savard, étudiante à la maîtrise en études françaises à l'Université de Montréal. Celle-ci passe en moyenne une dizaine d'heures par semaine à faire de la recherche sur le Web pour la rédaction de son mémoire et autres séminaires. Grâce à Internet, l'étudiante peut avoir accès aux groupes de recherche de toutes les universités, aux bases de données des bibliothèques et même à des collections spéciales numérisées. «Lorsque je travaille avec des livres rares du XIXe siècle, il est souvent impossible de sortir les documents de la bibliothèque ou de faire des photocopies. Grâce à Internet, je peux maintenant avoir accès à plusieurs de ces livres, numérisés par la Bibliothèque nationale de France.»

L'étudiante divise son temps entre la recherche classique en bibliothèque et la recherche sur le Web. «Avant de me déplacer, je fais une recherche préliminaire pour trouver les livres qui me seront utiles, ainsi je sauve beaucoup de temps.»

Elle croit par ailleurs que, malgré tous ses avantages, Internet peut contribuer à une certaine paresse intellectuelle. «Plusieurs étudiants ne se donnent plus la peine de chercher activement, ils ne se fient qu'à l'information qu'ils trouvent sur Internet et celle-ci n'est pas toujours fiable. Certes, Internet permet d'approfondir la recherche et d'avoir accès plus rapidement aux données, mais ça ne doit pas devenir la seule source d'information.»

HEC

À l'École des hautes études commerciales, la révolution technologique s'est faite de façon graduelle depuis les cinq dernières années. En entrant, les étudiants obtiennent une adresse de courriel officielle de l'école et toutes les communications entre l'étudiant et l'institution se font par Internet. L'école demande aux étudiants de vérifier leurs messages quotidiennement.

«Les professeurs suivent l'évolution technologique et utilisent l'Internet pour tenter des expériences pédagogiques. Certains développent de nouvelles approches très intéressantes en changeant des cours magistraux pour des cours animés où les étudiants doivent faire de la recherche active pendant les cours», soutient Paul Mirot, professeur agréé et directeur technologique aux HEC. Ainsi, plusieurs créent des sites Web pour leurs cours. Les professeurs y mettent leur plan de cours, les notes de cours, les consignes pour un atelier et les notes intermédiaires. Les étudiants y envoient leurs travaux et consultent les corrigés.

De nouveaux outils sont développés chaque année et la majorité des professeurs suivent cette évolution. «Nous n'avons jamais obligé un professeur à expérimenter la pédagogie technologique car cela demande plus de temps, mais nous avons trouvé des façons de les y inciter.»

S'il croyait au début que les professeurs âgés auraient plus de difficulté à entrer dans la vague technologique, il a vite compris que ceux-ci s'adaptaient rapidement et que certains jeunes professeurs étaient plus réticents, ne voyant pas l'utilité de cet outil dans l'approche pédagogique. «Environ 10 % des 4500 professeurs n'utilisent pas Internet dans leurs cours, mais il n'y a aucune corrélation entre l'usage des nouvelles technologies et l'âge.»

Le professeur louange les mérites pédagogiques d'Internet, mais soulève tout de même un nouveau problème: «Avant, les étudiants qui ne voulaient pas écouter lisaient les journaux. Aujourd'hui, avec la possibilité de se connecter à Internet dans les salles de classe, certains étudiants "surfent" pendant les cours. C'est une nouvelle version du problème.»

Polytechnique

En 1999, l'École polytechnique s'est dotée d'un plan institutionnel de trois ans pour intégrer les technologies de l'information et des communications (TIC). «Avec notre nouveau plan, l'objectif est d'introduire la formation en ligne», explique Dominique Chassé, conseillère pédagogique et coordonnatrice du comité pour l'intégration des TIC à la Polytechnique.

L'école met à la disposition des étudiants des didacticiels sur CD-ROM où chacun travaille à son rythme. Le cours peut se compléter par un minimum de formation en classe. Pour contacter le professeur, demander des explications ou obtenir un rendez-vous, la communication se fait par courriel ou à travers les forums. «En ce moment, nous offrons une dizaine de cours sur Internet et nous travaillons à en développer cinq autres cette année. Nous voulons que chaque étudiant puisse avoir au moins un cours sur Internet par trimestre.» L'école n'a pas une vocation de formation à distance et ne compte donc pas remplacer tous ses cours par des logiciels.

La Polytechnique développe aussi l'exerciseur, un logiciel qui propose des problèmes à résoudre. «Grâce aux nouvelles technologies, tout devient possible. Les professeurs peuvent tout refaire, tout repenser leur façon d'enseigner et ils le font de façon progressive.» Comme aux HEC, la Polytechnique fournit des prises réseau dans les salles spécialisées, les cafétérias et la bibliothèque. «C'est devenu un phénomène banalisé.»



McGill

Tout comme la Polytechnique, McGill offre des cours sur le Web. Glenn Cartwright, vice-doyen des technologies de l'information, est un précurseur dans le domaine. Déjà, dans les années 1970, il mettait en place des outils technologiques pour faciliter l'enseignement. Au cours de la dernière décennie, Internet a pris une place prépondérante dans l'enseignement à McGill. «À l'époque, nous ne croyions pas que nous pourrions aller aussi loin avec le multimédia et que ce serait aussi peu dispendieux. Personnellement, je n'aurais jamais cru que ça irait si vite.» Selon lui, ce phénomène acquiert une popularité sans cesse grandissante: «Avec le plus grand usage d'Internet, les rapports humains ont tendance à diminuer, mais jamais nous n'arriverons au point où ils disparaîtront complètement.»