Le recteur de l'UQAM met les grévistes en garde

Claude Corbo a prévenu hier les étudiants que leurs cours ne seront pas valides si la grève s’éternise.
Photo: Jacques Nadeau Claude Corbo a prévenu hier les étudiants que leurs cours ne seront pas valides si la grève s’éternise.

Si la grève étudiante s'éternise, les cours ne seront pas valides. Voilà l'avertissement qu'a servi hier Claude Corbo, recteur de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), aux grévistes, dont certains complètent leur sixième semaine de grève.

«À défaut de reprendre sans délai les activités d'enseignement, le simple écoulement du temps rendra invalidables les cours perturbés», a prévenu hier Claude Corbo, flanqué des doyens et des vice-recteurs de l'université.

Pendant que la direction servait cet avertissement en conférence de presse, des étudiants manifestaient dans le centre-ville tandis que d'autres, de la faculté des lettres, langues et communications, reconduisaient leur grève pour une deuxième semaine. La situation n'est pas encore problématique pour la majorité des quelque 14 000 étudiants en grève, qui cumulent à ce jour environ deux semaines d'absence aux cours. La situation est cependant plus périlleuse pour les quelque 5000 étudiants en sciences humaines qui en sont à leur sixième semaine de grève et qui devraient réévaluer la situation mercredi.

Le recteur n'a pas voulu définir précisément hier quel est le point de non-retour au-delà duquel il sera impossible de «sauver» le semestre. «C'est un territoire encore inexploré. Pour le moment, il y a encore une possibilité de faire atterrir les choses d'une façon correcte sur le plan pédagogique», a précisé M. Corbo.

La commission des études a approuvé cette semaine la prolongation du semestre d'une semaine ainsi que l'allongement d'une heure des périodes de cours et la tenue de cours lors de jours fériés ou les fins de semaine. Mais la limite est déjà atteinte, fait valoir la direction. «On ne peut pas condenser huit semaines de cours perdus sur deux semaines, ce ne serait pas défendable», a fait valoir M. Corbo, précisant qu'il y a des contraintes techniques et financières à la prolongation du semestre.

Le recteur a par ailleurs indiqué aux étudiants qu'ils n'adressent pas leurs revendications au bon interlocuteur. La gratuité scolaire, l'abolition des frais afférents et la conciliation études-famille sont des sujets qui relèvent du gouvernement du Québec et non de la direction de l'université. Pour ce qui est du plan de redressement, M. Corbo a souligné que plusieurs aspects relèvent des instances pédagogiques ou dépendent des négociations qui doivent avoir lieu avec les syndicats.

Discussion

La direction ouvre néanmoins une porte à la discussion avec les étudiants sur les sujets qui les concernent. Une première rencontre a déjà eu lieu; une autre est prévue le 28 mars. Le recteur se montre par ailleurs ouvert à l'idée de garantir le maintien des programmes menant à l'obtention d'un grade (baccalauréat, maîtrise et doctorat).

Une porte-parole des étudiants en grève, Valérie-Reine Marcil, reçoit les menaces de la direction avec un grain de sel. «Il y a déjà eu des grèves à l'UQAM avant. [...] C'est juste un moyen pour nous faire reculer, étant donné que l'injonction n'a pas fonctionné», a indiqué Mme Marcil.

Au recteur qui affirme que les étudiants ne frappent pas à la bonne porte, Mme Marcil a répliqué que l'administration devrait travailler de concert avec les étudiants pour aller chercher un réinvestissement auprès du gouvernement. «On ne veut pas fonctionner sous la menace, on veut une vraie négociation. Les mesures du plan de redressement ont été rejetées par toutes les associations étudiantes de l'UQAM, en grève ou pas. La direction devrait tenir compte de nous dans l'élaboration du plan», a-t-elle plaidé.