Les difficultés de l'UQAM - Une renaissance obligée

L'Université du Québec à Montréal (UQAM) n'est pas au bout de ses peines. La crise financière reste entière après 18 mois de grande tourmente. Puisque l'établissement ne peut faire faillite, il faudra bien que 2008 soit l'année de la renaissance, dit-on pour tenter de se convaincre dans les couloirs de l'université. À tout le moins, les prochains mois seront ceux d'un redressement exigé par le gouvernement du Québec.

L'arrivée lundi dernier du recteur Claude Corbo semble avoir donné une nouvelle perspective à la survie de l'UQAM. La houle est toujours aussi importante. Le bateau n'a pas cessé de tanguer, mais, en deux jours, l'homme qui a déjà été aux commandes de l'université (1986-96) a empoigné fermement la barre du navire.

Le changement de ton est plus que symbolique. M. Corbo a d'abord lancé un message à toute la communauté de l'UQAM. C'est ensemble, a-t-il affirmé, que «nous nous arracherons au cauchemar financier qui nous étreint depuis de longs mois». Du même souffle, il a rappelé au personnel qu'il fallait entrevoir l'avenir immédiat sous l'angle des «sacrifices».

Puis, dès le lendemain, Claude Corbo rencontrait les différentes instances syndicales pour leur faire part de son projet de restructuration de la haute direction de l'université. Si la proposition est adoptée par le conseil d'administration, le recteur rapatriera les fonctions exécutives qui étaient entre les mains d'un vice-recteur. Et surtout, la mission centrale de l'université (enseignement et recherche) ne sera plus éparpillée. On recentre, on resserre, on revient à la vision défendue par Claude Corbo.

«Il faut que soit tracée [...] une voie centrale d'articulation entre les facultés et la direction tout en tenant compte des impératifs d'aujourd'hui en matière de recherche, de création, d'internationalisation et de liaison avec nos partenaires», a précisé le recteur.

Ces changements dans l'équipe de direction seront suivis par une rationalisation de la structure interne des vice-rectorats, ce qui est intimement lié au plan de redressement. Et ce plan doit prendre forme dans les prochaines semaines. Du moins, c'est ce que prévoit l'échéancier revu et corrigé maintes fois.

Un redressement complexe

La première proposition pour tenter de rétablir l'équilibre financier de l'UQAM remonte à février 2007. Une autre version a été déposée en juin dernier auprès de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne. Ce plan a surtout eu comme effet de provoquer chez la ministre une certaine irritation. En septembre, elle haussait le ton et sommait l'UQAM de travailler plus sérieusement. «C'est assez!», lançait-elle tout en annonçant que le gouvernement prenait à sa charge le projet immobilier de l'îlot Voyageur et ses répercussions financières.

Depuis, Mme Courchesne s'est montrée plus souple, voyant dans l'entrée en fonction de Claude Corbo une possibilité réelle de régler le problème. Il ne s'agit pas de faire disparaître d'un coup de baguette magique le gouffre de quelque 400 millions. Le plan de redressement déterminera, entre autres choses, les mesures concrètes par lesquelles l'UQAM devra se serrer la ceinture. Il établira également le calendrier du retour à l'équilibre budgétaire.

Toutefois, l'exercice se révèle très complexe. Des éléments majeurs demeurent dans le flou. Ainsi, le contrat liant l'UQAM au promoteur immobilier Busac pour l'îlot Voyageur fait toujours l'objet de pourparlers intenses. C'est l'ancien premier ministre Lucien Bouchard qui représente l'UQAM dans ce dossier.

Aussi, des négociations sont en cours actuellement avec les professeurs, qui réclament une augmentation salariale de 11,6 % ainsi qu'une embauche importante de nouveaux professeurs. Selon le syndicat, un réinvestissement serait synonyme de relance de l'UQAM alors que l'inverse mettrait en péril la compétitivité de l'établissement. Plus de la moitié du corps professoral de l'UQAM prendra sa retraite au cours des cinq prochaines années et une université chancelante offrant des conditions de travail moins généreuses que les autres pourrait avoir plus de difficulté à attirer des candidatures intéressantes, argue le syndicat.

Le plan de redressement devra donc tenir compte de la situation. Le défi est grand: préserver la mission de l'UQAM tout en lui faisant subir une cure. Pour certains, c'est tout simplement impossible. Seul le gouvernement peut sauver la situation en déliant les cordons de la bourse, soutiennent notamment les professeurs.

Déjà, des hypothèses de compressions sont étudiées, notamment une révision des cours et programmes d'études offerts. Mais de telles mesures peuvent être périlleuses: en se redéfinissant, l'UQAM risque de se priver de revenus. L'équilibre à assurer est d'autant plus précaire que l'on a noté une baisse d'environ 1 % de la clientèle au semestre dernier.

D'ici quelques semaines, la firme comptable PricewaterhouseCoopers déposera son rapport final. En décembre, elle a présenté un rapport préliminaire qui brosse le portrait de la situation actuelle.

Au printemps, ce sera au tour du Vérificateur général du Québec de rendre compte de son enquête. Un premier rapport à l'automne a confirmé la fragilité financière de l'UQAM. Si rien n'est fait pour redresser la situation, l'endettement de l'université atteindra le demi-milliard en 2012.

Le prochain rapport du Vérificateur général doit établir les facteurs responsables de la dérive immobilière et financière. On expliquera également la nature et la pertinence des renseignements transmis au conseil d'administration, le rôle des administrateurs et celui des dirigeants de l'université. Le processus d'approbation des projets du Complexe des sciences et de l'îlot Voyageur aura également été analysé.

Reste à voir maintenant si le grand ménage de l'UQAM sera terminé à temps pour que l'établissement célèbre son 40e anniversaire, que Claude Corbo voit comme l'occasion d'une «véritable renaissance».