Réseau - L’intégration des immigrants passe aussi par les cégeps

La réforme entamée en 2000 par le ministère québécois de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) dans le but de mieux intégrer les personnes immigrantes à la société au moyen de la francisation dans les établissements d’enseignement semble porter ses fruits. Point de vue de deux acteurs concernés.

«Le virage que le [MICC] a commencé en 2000 sur le plan de la francisation des personnes immigrantes est très important, c’est-à-dire qu’il a permis à ces personnes de sortir de nos locaux où on leur enseignait le français pour les intégrer dans les espaces publics d’enseignement», note Claude Fradette, porte-parole du MICC. En août 2004, le MICC a complété cette réforme avec le déploiement de la totalité des classes de francisation dans les institutions scolaires.

Ces établissements sont les cégeps, les universités et les groupes communautaires avec lesquels le MICC détient des ententes en matière de francisation et où il loue des locaux voués à l’enseignement du français dispensé par des professeurs liés au Syndicat des professeurs de l’État du Québec. En tout, ils sont au nombre de 500 professeurs du SPEQ à enseigner la langue de Molière à quelque
20 000 nouveaux arrivants sur une base annuelle dans 76 établissements scolaires. En 2000-01, ils étaient un peu plus de 14 000 personnes à profiter des services de francisation du MICC.

Maintenant, à quelques exceptions près, le MICC fait affaire avec les commissions scolaires. Dans ce cas, qui représente 5 % des activités du MICC dans le cadre de ce volet, ce ministère «achète des services dans les commissions scolaires dans une région où il n’y a ni université, ni cégep ou encore des groupes communautaires», ajoute M. Fradette.

«Avant le virage du ministère, les personnes immigrantes étaient toujours entre elles, dit-il, et retournaient à la maison, c’était tout. Aujourd’hui, ces gens côtoient d’autres citoyens, dans la vraie vie en quelque sorte», encourageant ainsi une pleine participation de ces nouveaux citoyens à la société. Qui plus est, poursuit M. Fradette, «les établissements d’enseignement considèrent ces gens comme des étudiants à part entière. Ils ont accès comme tout autre étudiant à tous les services, tel le gymnase par exemple, ou encore à des cours qui n’ont aucun rapport avec la francisation. Et les responsables dans les cégeps, par exemple, sont les mêmes pour tous les étudiants du collège».

Le cas du cégep Marie-Victorin
Au cégep Marie-Victorin, la francisation des personnes immigrantes est devenue monnaie courante. «Les personnes immigrantes nous sont en effet référées par le MICC. On les accueille et elles intègrent, selon leur niveau, le programme de francisation préparé par le MICC», explique Brigitte Bourdages, directrice de la formation continue et des services aux entreprises du collège. Mme Bourdages siège également au comité exécutif de la Commission des affaires de la formation continue de la Fédération des cégeps.

«Notre responsabilité, dit-elle, est de fournir tout l’encadrement pédagogique dont a besoin un professeur [du SPEQ], soit des installations de qualité et un environnement qui favorisent un milieu de vie qui soit intéressant et stimulant pour les professeurs et les élèves.»
Cet environnement est nourri par une multitude d’activités qui dépassent les murs des classes. «On peut organiser, par exemple, une semaine interculturelle lors de laquelle on demande aux personnes de faire une présentation sur leur pays d’origine, de jumeler l’un deux avec un étudiant du collège, on organise des visites de tous ordres ou encore des dégustations de la cuisine propre à chacun. À cela s’ajoute la musique et ainsi de suite. Ces activités se déroulent bien sûr en français. En fait, chaque collège au Québec offre des activités de ce genre selon son contexte», fait remarquer Mme Bourdages.

Au-delà du volet de la francisation, l’étudiant peut avoir accès à un programme visant la reconnaissance des acquis. «Dans le cadre de ce volet, on travaille beaucoup avec la clientèle immigrante; il peut aussi y avoir une mise à niveau du français», soutient Mme Bourdages. D’ailleurs, le programme de Techniques d’éducation à l’enfance est très populaire auprès de la clientèle immigrante, souligne Mme Bourdages. La clientèle immigrante du collège Marie-Victorin provient en bonne partie de la Chine et des pays d’Europe de l’Est. À l’échelle de la province, une quarantaine de collèges offrent des programmes de reconnaissance des acquis et des compétences.

Collaborateur du Devoir

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