Les professionnels de l'éducation - Une pénurie de spécialistes est à prévoir

Orthopédagogue, psychologue, conseiller en orientation. De nombreux professionnels oeuvrent aujourd'hui dans le système d'éducation auprès des jeunes en difficulté. Qui sont-ils et que font-ils? Et quelle est la philosophie sur laquelle sont fondées leurs interventions?

L'importance des professionnels que sont les orthopédagogues, psychologues et autres conseillers dans le réseau de l'éducation n'est plus à démontrer. «On estime qu'environ 20 % à 25 % des élèves du primaire et du secondaire sont à risque, explique Robert Gendron, directeur général adjoint à la pédagogie à la Commission scolaire de Montréal (CSDM). La première étape consiste à les identifier.»

Règle générale, c'est l'enseignant ou le parent qui tire en premier la sonnette d'alarme. «C'est alors qu'on fait appel aux professionnels, dont la première tâche consiste à poser un diagnostic et ensuite à proposer un plan d'intervention selon les besoins de l'élève. Toutes les approches sont individualisées.»

Il serait faux de croire par contre que la plupart des interventions se font en tête-à-tête dans le bureau du professionnel. «Bien sûr, il y a dans certains cas des consultations personnelles, mais la majorité des interventions se font en classe. On essaie de proposer une activité globale dans laquelle tous les élèves peuvent participer, mais qui répond aux besoins spécifiques des élèves qui sont visés par l'intervention, ce qui évite de les mettre à part.»

L'activité en classe peut être menée par le professionnel ou par l'enseignant. «Nous ne travaillons plus "en silo", chaque professionnel dans son domaine. Nous avons une approche multidisciplinaire.» Ainsi, autour de la même table se retrouvent tous les professionnels nécessaires ainsi que l'équipe-école. «Les enseignants sont toujours engagés dans toutes les étapes de la démarche. Mais au coeur de celle-ci, il y a avant tout l'élève, tous les autres gravitent autour de lui.»

Qui sont-ils et que font-ils ?

Les principaux professionnels dans le milieu de l'éducation sont les orthophonistes et les orthopédagogues, les psychologues et psychoéducateurs, les conseillers en orientation ainsi que divers animateurs, à la vie spirituelle comme à l'engagement communautaire, par exemple. S'y greffent aussi les infirmières scolaires, mais ces dernières relèvent du ministère de la Santé et des Services sociaux. «L'affectation des infirmières se fait selon une entente de service entre le MSSS et le ministère de l'Éducation.»

Les conseillers d'orientation sont présents uniquement au niveau du secondaire. Tout comme autrefois, ils dispensent encore des renseignements et des conseils concernant les emplois futurs, possibles et disponibles, et sur les cheminements scolaires et les formations qui y conduisent. «Les étudiants ont parfois des idées préconçues quant à certains métiers.» Ils sont aussi en mesure de passer tous les tests d'orientation qui permettent au jeune de mieux cerner ses talents et ses intérêts.

Mais ceci n'est plus la principale tâche des conseillers en orientation; celle-ci a beaucoup évolué au fil des ans. «Maintenant, la principale responsabilité du conseiller d'orientation est d'appuyer l'étudiant dans son parcours afin de le conduire à une certification. L'objectif visé, c'est la certification. Il le conseille aussi dans ses choix, de cours par exemple, de façon à s'assurer que l'étudiant garde le maximum de portes ouvertes pour son avenir.»

De plus, à partir de l'an prochain, un cours d'orientation sera intégré au programme scolaire régulier. «Un cours d'exploration professionnelle sera donné en quatrième année du secondaire et les étudiants devront avoir un projet personnel d'orientation. Évidemment, tout cela est mis en place avec le concours des conseillers en orientation.»

Le travail des orthophonistes et des orthopédagogues est complémentaire, et quoique similaire, il y a des distinctions à faire entre les deux. Idem pour les psychologues et les psychoéducateurs. L'orthophoniste s'intéresse principalement aux problèmes d'ordre langagier. «Il s'intéresse à la manière dont une difficulté dans l'utilisation du langage vient nuire au parcours et à l'apprentissage et à la manière dont le jeune construit son langage.» Quant à l'orthopédagogue, il se penche sur la façon dont les connaissances sont acquises et aux problèmes qui nuisent à l'apprentissage, comme la dyslexie ou autres troubles d'apprentissage.

Le psychologue, on l'aura deviné, s'intéresse aux problèmes psychologiques des jeunes. «Il détermine le problème psychologique et son travail est davantage un travail sur l'intériorisation.» Par contre, le psychoéducateur, lui, est préoccupé par «l'interaction des élèves entre eux et les problèmes de fonctionnement qu'il peut y avoir entre eux.»

Défis à venir

La situation de la CSDM a ceci de particulier: c'est la commission scolaire qui reçoit le plus fort nombre d'élèves issus des communautés culturelles. Un élève sur deux à la CSDM provient maintenant de communautés immigrantes. L'immigration pose-t-elle un défi particulier aux professionnels qui y travaillent? «Non, répond Robert Gendron, nous n'avons pas remarqué de problèmes particuliers associés à l'immigration, sauf dans le cas d'élèves qui proviennent de régions où ils ont été sous-scolarisés. Ceux-là partent évidemment avec un certain retard. Ce sont plutôt les nouvelles problématiques sociales, comme les gangs de rue, l'intimidation et le taxage, le manque de motivation des garçons, qui viennent changer la donne.»

Il existe aussi une pénurie de professionnels dans le réseau, mais elle n'est pas attribuable au manque de ressources financières. «On éprouve de la difficulté à recruter certains professionnels comme les orthophonistes et les psychoéducateurs parce qu'il en manque tout simplement. Nous sommes obligés parfois de recruter à l'extérieur du Québec.»

Selon Robert Gendron, deux défis importants se pointent à l'horizon pour les professionnels du réseau de l'éducation et les deux découlent de la politique sur les services éducatifs complémentaires mise en place par le ministère de l'Éducation. Le premier de ces défis concerne la réussite scolaire. «Il faut mettre en place une culture du succès. L'action des professionnels doit être en mesure d'intervenir sur les résultats scolaires et mener à la réussite scolaire. Il faut amener l'élève à son plein potentiel.»

Le deuxième défi est l'intégration des services éducatifs complémentaires à la vie de l'école. «Il faut que les interventions des professionnels fassent partie de la vie de l'école. Il faut intervenir au coeur de l'action. C'est la notion du village africain où il faut la participation de tout le village pour élever et éduquer un enfant.»

Collaborateur du Devoir

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