Réseau - La réussite scolaire inscrite parmi les priorités des chercheurs

Favoriser la réussite scolaire, abolir les subventions aux écoles privées, reconnaître les professeurs à leur juste valeur, accompagner le corps enseignant dans le cadre de la réforme et ne plus manipuler les programmes au gré des caprices politiques sont autant de thèmes chers à d'éminents chercheurs qui ont accepté l'invitation du Devoir de faire le point sur notre système d'éducation à l'aube d'une nouvelle année.

Demandez à Claire Lapointe, professeure titulaire en administration scolaire à l'université Laval et directrice du Centre de recherche et d'intervention sur la réussite scolaire (CRIRES), si la réussite scolaire est véritablement inscrite au coeur des préoccupations du ministère de l'Éducation, elle vous répondra sans hésiter par l'affirmative, et ce, depuis sa création il y a plus de 40 ans. «Il est question au sein du ministère de l'Éducation de réussite scolaire pour tous appuyée par une vision d'équité. Il est question d'assurer des chances égales aux garçons et aux filles, et déjà à cette époque-là, dans les années 1960, il était question de réussite scolaire pour les communautés ethniques. Ces principes fondateurs sont encore vivants aujourd'hui.»

Mieux, ajoute Mme Lapointe, qui a travaillé en Afrique notamment, «on nous répète qu'on est une référence au Canada. On nous dit aussi qu'il existe au sein de notre système d'éducation un dynamisme porté par un projet de société. Nous sommes l'envie du monde. Notre système d'éducation public doit être amélioré, certes, mais il faut reconnaître que c'est un des meilleurs systèmes scolaires au monde où l'on retrouve un des plus forts taux de réussite».

Des votes dans les livres

Mais hic il y a. Mme Lapointe rappelle que nos gouvernements brouillent les cartes quand ils décident de mettre leur nez dans les programmes scolaires à des seules fins politiques et électoralistes. «Ce qui arrive aujourd'hui, c'est que l'éducation est un sujet dont on se sert à l'échelle politique. Des décisions sont prises selon les intentions de vote. En médecine, par exemple, on n'arrêtera pas un type de traitement parce qu'il ne plaît plus aux gens. On n'interfère pas en médecine.»

Alors que, selon elle, le corps politique interfère allègrement en matière de programmes scolaires. «Les programmes sont basés sur la recherche, mais une fois mis dans le réseau, [le gouvernement en place] décide de faire marche arrière au gré des réactions négatives de certains électeurs. On ne peut pas affirmer [en campagne électorale] que: "Si je suis élu je vais changer telle approche pédagogique" ou encore faire ceci et cela. On ne peut pas se permettre ça.» En agissant ainsi, dit-elle, «on fragilise notre système d'éducation en l'utilisant comme un bonbon politique».

Toujours à l'échelle politique, Jean-Yves Lévesque et Nathalie Lavoie, professeurs chercheurs au département des sciences de l'éducation de l'UQAR, sont d'avis que le retour au bulletin chiffré «a été une décision strictement politique». D'autant, déplorent-ils, que les enseignants n'ont pas été consultés dans cette prise de décision.

Notons au passage que ces deux professeurs ont récemment dévoilé leur recherche-action, une collaboration entre l'UQAR et la Commission scolaires des Phares, qui s'est déroulée pendant cinq années dans trois écoles du Bas-Saint-Laurent, auprès d'élèves présentant un risque d'échec. Cette étude en vient à la conclusion que, «lorsque vous insistez sur la lecture et l'écriture dès leur jeune âge, les garçons ont de bonnes chances d'être meilleurs à l'école et d'y aller plus longtemps». En d'autres mots, lit-on, les garçons ne sont pas allergiques à la lecture ni à l'écriture..

De la reconnaissance

La reconnaissance des professeurs est un sujet qui a aussi été soulevé en cours d'entrevue. «Je trouve que nous avons perdu un peu de reconnaissance sociale, pour différentes raisons. Je crois qu'il faut valoriser cette profession car il n'est pas donné à tout le monde de pouvoir enseigner», lance Mme Lavoie. «L'enseignement est une profession qui est complexe au titre des exigences inhérentes à cette profession», de poursuivre M. Lévesque, ajoutant que les professeurs ont besoin d'être mieux encadrés et accompagnés dans le cadre des reformes qui se succèdent.

«Vous savez, précise M. Lévesque, les professeurs reçoivent de la formation au début de l'implantation d'une réforme. Sauf que, par la suite, le personnel enseignant est laissé à lui-même avec tous les défis qu'une réforme suppose. Il faut absolument accompagner de manière continue les professeurs.»

«Je suis tout à fait d'accord avec mes collègues de l'UQAR, reprend Claire Lapointe. On doit en effet reconnaître nos enseignants à leur juste valeur, reconnaître la grande qualité de leurs enseignements et le professionnalisme de la grande majorité d'entre eux. Et cessons de les accuser de tous les torts!»

Contre les subventions au privé

Mme Lapointe profite aussi de cette tribune pour reprocher au réseau scolaire public d'être de plus en plus rompu au clientélisme émergent qui mine, selon elle, les principes directeurs de notre système d'éducation. Ce modus operandi du réseau public ne serait pas étranger à la forte concurrence qu'exerce le réseau privé. «Nous avons un double système d'éducation, un privé et un public. Certains vous diront que cela crée une saine émulation, les recherches démontrent tout le contraire! Et à l'intérieur même du réseau public, on a créé un système sélectif — ce que j'appelle un double écrémage —, ce qui défavorise les enfants moins nantis, moins favorisés socialement.»

Mme Lapointe rappelle qu'un élève sur trois fréquente le réseau scolaire privé à Montréal. À cette aune, l'école publique se voit forcée de «développer une approche client en offrant un "menu" aux parents — anglais, sports, technologie, etc. — de manière à garder leur "clientèle"». Solution? Claire Lapointe l'affirme brutalement, «il faut abolir les subventions octroyées au réseau privé», et réinvestir les sommes dégagées dans le réseau public. Et aux tenants qui affirment qu'une telle décision coûterait cher à l'État, elle rétorque: «Les enseignants sont là, les infrastructures aussi et quand on fait des économies d'échelle, on s'aperçoit que ça ne coûterait pas autant d'argent qu'on le prétend. Et je vous dirais que même si cela voulait dire davantage d'investissements dans le système public, le but est l'atteinte de la réussite scolaire du plus grand nombre.»

Collaborateur du Devoir

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