Du côté des Marcellines - Une passion bien entretenue

Exercer dans des classes de 20 à 25 élèves et même de 15 élèves laisserait songeur plus d'un enseignant. Quand de plus, tout l'environnement de l'institution tend à soutenir le travail de l'enseignant, vous découvrirez un corps professoral des plus motivé. Tel est le contexte que dévoile Guillermo Pieli, professeur de chimie depuis 1999 à la Villa Sainte-Marcelline et au Collège international des Marcellines, des établissements respectivement de niveaux secondaire et collégial.

Créé en 1838 à Milan par Mgr Luigi Biraghi, l'Institut international des Marcellines accueille aujourd'hui près de 25 000 étudiants en Europe, au Canada, au Brésil et au Mexique. Bien que d'inspiration chrétienne, ses écoles emploient des professeurs tant laïques que religieux. «La compétence du professeur prime avant tout, explique Guillermo Pieli. Les religieuses ont toujours laissé une place importante aux laïcs. En fait, les écoles se caractérisent par une approche humaniste ou spirituelle qui s'adresse à la dimension supérieure de la personne et qui va vraiment au-delà de la religion.»

Actuellement, la Villa Sainte-Marcelline compte environ 12 religieuses. Les autres professeurs proviennent d'horizons très divers, du Québec certes, mais aussi d'autres pays. Ils représentent autant de visions, d'opinions et d'appartenances religieuses. «Pour moi, explique Guillermo Pieli, il s'agit de transmettre ce qui nous passionne et ne pas penser que nos valeurs sont les meilleures, mais les exposer devant un groupe de jeunes qui ont tout à apprendre et tout à discuter.» Ce professeur était ingénieur en chimie dans son pays d'origine, l'Argentine, avant de se diriger vers l'enseignement après de nouvelles études au Québec. Le même constat peut être émis quant aux élèves. «Ils représentent un véritable microcosme de la ville de Montréal.» Il en résulte un environnement multiculturel considéré comme une richesse où les tonalités majeures sont l'ouverture, le respect réciproque et la tolérance.

Un encadrement sur mesure

Les effectifs d'élèves par classe sont très raisonnables. Il faut dire que l'établissement collégial n'accepte qu'une centaine d'étudiants, «une folie administrative du point de vue de la rentabilité, sans doute, mais une belle folie». Le programme des sciences de la nature propose trois cours de chimie. Les deux premiers, des cours généraux, sont

offerts à des groupes de 20 à

25 élèves. Quant au troisième, plus spécialisé, ses effectifs peuvent descendre à une quinzaine d'élèves. «C'est très motivant parce que je peux rentrer en contact avec chaque jeune et m'attarder à ses particularités.» L'attention donnée au caractère unique de chaque individu est stimulante et créatrice. «Je ne suis pas le dépositaire de la connaissance, mais un guide. Mes élèves trouvent parfois des solutions incroyables. Il m'arrive de diviser le tableau en quatre ou cinq parties pour y présenter autant de résolutions à un problème posé.»

Le petit nombre d'élèves permet un encadrement et un suivi exceptionnels. Ainsi, l'épreuve de synthèse que les élèves doivent réaliser pour obtenir leur DEC, qui consiste généralement en un projet de recherche est, dans le réseau, réalisée le plus souvent en équipe de deux et supervisée par un enseignant du fait de l'importance des effectifs. Aux Marcellines, le projet est non seulement individuel, mais également bidisciplinaire et, de ce fait, l'étudiant est encadré par deux professeurs. Ceux-ci le rencontreront chaque semaine afin de le soutenir dans son travail. «En outre, la recherche doit être expérimentale et menée de A à Z par l'élève.» C'est dans la pratique, estime Guillermo Pieli, que l'élève a le plus de chances de découvrir ses affinités avec la discipline et savoir si c'est ce qu'il souhaite faire au cours des 40 prochaines années.

Plusieurs faits concourent à faciliter la mise en place de projets interdisciplinaires ou multidisciplinaires. L'ensemble du corps professoral est sensible à ce type d'approche et la proximité inhérente à la taille des établissements permet d'enclencher une idée très aisément, simplement autour d'un café quand l'occasion se présente. Mais naturellement, il n'en serait rien sans le soutien de la direction. «Or, l'une des caractéristiques des Marcellines tient au fait que toutes les directrices, en plus de leurs tâches de gestionnaires, enseignent. Elles conservent par conséquent le contact avec les élèves et, sachant combien ceux-ci ont évolué à travers le temps, cela est vital. Elles vivent ainsi les mêmes réalités que tous les autres professeurs.» L'équipe enseignante se sent par conséquent très proche de la prise de décision.

Des écoles dans la cité

Par ailleurs, le lien constant que prônent les établissements des Marcellines avec la société alimente également de façon considérable la pratique des professeurs. Soeur Louise, qui est à l'origine du niveau collégial, avait pour coutume de dire que les murs scolaires sont les murs de la cité. «Nous organisons beaucoup d'activités extra muros, de façon à mettre l'élève en contact avec la réalité qui l'attend une fois ses études achevées. J'ai emmené, par exemple, mes élèves du collégial à la conférence de Montréal sur les changements climatiques. Cela ne pose aucun problème de consulter un collègue afin de lui emprunter ses périodes de cours pour une activité. Il suffit de lui offrir d'autres périodes en contrepartie. Nous disposons d'une liberté de mouvement qui nous permet de nous ajuster très rapidement à tout ce qui se passe autour de nous.» Il n'y a pas de réalité extérieure mais plutôt un monde sans frontières et d'une actualité foisonnante à explorer. Les étudiants sont poussés à s'ouvrir aux réalités et défis de nos sociétés selon un mode concret et critique. Ainsi, au niveau collégial, doivent-ils mener un projet d'étude à l'étranger.

Étudier aux Marcellines est un choix ambitieux pour les élèves qui s'y aventurent car le travail demandé est exigeant. L'établissement collégial a notamment créé une option double DEC trilingue, ce qui signifie que les candidats mènent de front non seulement une formation en sciences de la nature ou en sciences humaines, mais également un programme enrichi en français, en anglais et en espagnol. Ils vivront, entre autres, une véritable expérience d'immersion culturelle et linguistique en passant une session complète au Mexique. Ces jeunes sont naturellement très motivés. Aussi est-il compréhensible que les professeurs se sentent dans l'obligation de se dépasser chaque jour, ce qui, note avec humour Guillermo Pieli, «fait partie de notre salaire». Il apparaît que la flamme de la passion ne peut s'affaiblir dans un tel environnement où l'enthousiasme règne.

Collaboratrice du Devoir

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