À l'heure des compétences « transversales - Des médecins retournent à l'école

«Nous, nous nous occupons des 40 dernières années de formation des médecins!», lance joyeusement le Dr Martin Labelle, responsable de la Direction du développement professionnel continu à la faculté de médecine de l'Université de Montréal.

Lorsqu'un jeune médecin termine ses études universitaires, il est loin d'avoir complété son apprentissage, explique Matin Labelle. Sa formation va de fait durer toute sa vie et, surtout, elle se doit d'être ininterrompue.

«La médecine qu'on pratique en 2007 n'est plus celle d'il y a dix ans à peine... sinon même d'il y a cinq ans, affirme le Dr Labelle. L'évolution des sciences, et de la médecine en particulier, est si rapide que beaucoup, beaucoup de choses changent rapidement. Tout médecin se doit donc de maintenir ses connaissances à jour, ainsi que ses compétences et aptitudes. C'est ce qu'on appelle le développement professionnel continu, ou DPC.»

Le Dr Labelle note avec satisfaction que les médecins suivent d'eux-mêmes une formation continue. «On constate que la très grande majorité d'entre eux se préoccupent de leur formation continue, dit-il. Spontanément, ils assistent à quantité de formations afin de demeurer à jour dans leur pratique.»

La passion de la formation continue

Médecin de famille, Martin Labelle se passionne véritablement pour le DPC. «Depuis 30 ans, je suis un médecin communautaire qui a fait un peu de tout dans le quartier Ahuntsic: bureau, hôpital, accouchements, visites à domicile... Un jour, en 1990, on m'a assigné au comité de formation continue de l'hôpital où je pratiquais et j'ai découvert cet aspect de la médecine.»

Sans doute parce que la formation continue fait appel à son esprit pédagogique et à son sens de l'organisation, le Dr Labelle s'y est plongé à fond, au point de se joindre aux services de DPC de la faculté de médecine de l'Université de Montréal. Ces 15 dernières années, il a participé à l'élaboration de quantité de programmes de formation continue jusqu'à devenir, l'an dernier, le directeur du Centre de développement professionnel continu.

Ce centre organise des colloques et des ateliers spécialisés dont, par exemple, les journées annuelles en endocrinologie, en cardiologie, en gastro-entérologie, en neurologie, en pharmacologie, etc. Il organise aussi des ateliers de deux à trois heures sur des problèmes cliniques avec participation d'experts en médecine spécialisée. Le centre offre même des ateliers sur la communication entre médecin et patient ainsi que des sessions d'initiation à Internet. Il propose enfin des stages de ressourcement à l'intention des médecins qui désirent parfaire leur compétence.

«Au centre, nous ne faisons pas qu'organiser des formations, s'empresse d'ajouter le directeur, mais nous développons aussi des outils pédagogiques.» Depuis une douzaine d'années, son équipe a ainsi conçu une soixantaine d'ateliers interactifs, des outils pédagogiques sur des thématiques précises qui peuvent être offerts lors de colloques ou à des personnes en petits groupes. «Somme toute, nous avons développé une expertise-conseil en pédagogie, précise-t-il. On a mis au point des outils et on les offre aux clientèles spécifiques: l'hôpital, la clinique, le groupe de médecine familiale, etc.»

Interdisciplinarité

Parmi la multitude d'évolutions que connaît la pratique de la médecine, l'une des plus marquantes est la façon même de former les

nouveaux médecins, rapporte le

Dr Labelle. «Actuellement, à la faculté de médecine de l'Université de Montréal, on est en train de réviser le cours de médecine pour qu'il se donne selon l'approche des compétences — les fameuses compétences transversales dont on parle tant dans les médias!», dit-il en riant.

Dans le cas des futurs médecins, il s'agit de les former selon les lignes directrices énoncées par le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. «Outre son expertise médicale, tout médecin doit être un bon communicateur, un bon collaborateur, un promoteur de la santé, un gestionnaire avisé, etc.», explique le Dr Labelle.

Par conséquent, illustre-t-il, la faculté de médecine n'enseigne plus aux médecins seulement à intervenir lors d'une insuffisance cardiaque — à poser un diagnostic, à pratiquer les interventions nécessaires puis à faire le suivi recommandé —, mais aussi à expliquer au patient ce qui se passe et, au besoin, à lui annoncer de mauvaises nouvelles. De surcroît, tout médecin doit apprendre à communiquer et à coopérer avec ses collègues et avec le personnel médical qui l'entoure. «Il doit aussi apprendre à gérer son horaire, sa vie professionnelle, son bureau, etc., indique le Dr Labelle. Voilà ce qu'on appelle les compétences transversales qu'on applique également en formation continue.»

De fait, son centre de DPC offre les outils pédagogiques pour développer ces aptitudes auprès des médecins qui pratiquent déjà leur métier. «Voilà pourquoi nous parlons de développement professionnel plutôt que médical, souligne au passage le responsable, puisque la formation continue des médecins porte sur bien davantage que l'expertise médicale. Elle comporte, entre autres, le fait d'apprendre à bien gérer tous les aspects de sa vie professionnelle...»

Les formations en DPC s'étendent également aux autres professionnels de la santé. «Nous avons conçu des modules interdisciplinaires pour quatre types de spécialistes de la santé, relate le Dr Labelle, à savoir non seulement les médecins, mais également les infirmières, les travailleurs psychosociaux et les pharmaciens.»

Son centre cherche ainsi à favoriser le travail en étroite collaboration entre médecins et collègues de la santé. «Nous observons que c'est dans cette direction que progresse la pratique de la médecine, dit-il, et nous, c'est ce qu'on tente de mettre de l'avant.»

Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo