Ils sont venus d'ailleurs...

Les médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis qui souhaitent pratiquer au Québec ne semblent pas l'avoir facile. Si tous ne finissent pas chauffeurs de taxi ou livreurs de pizza, ils doivent néanmoins franchir plusieurs étapes avant d'obtenir leurs permis d'exercice. Le directeur général du Collège des médecins, le Dr Yvan Lamontagne, fait le point.

Selon ce qui est véhiculé dans les médias, la reconnaissance des compétences des médecins immigrants est pratiquement mission impossible. Les principaux intéressés se plaignent de la lourdeur du processus menant à l'obtention du permis d'exercice, ou encore de la fermeture du corps médical aux médecins étrangers. Les patients, eux, se désolent de ne pouvoir avoir accès à ces médecins alors qu'on ne voit pas la fin de la pénurie de main-d'oeuvre dans le secteur médical.

Est-ce si difficile de porter le sarrau et le stéthoscope au Québec quand on vient de l'étranger? Oui et non, si on en croit le directeur général du Collège des médecins, le Dr Yvan Lamontagne. «Tout d'abord, il est faux de dire que le Québec accepte moins de médecins immigrants, déclare-t-il. Parmi les 5000 médecins étrangers qui travaillent au Canada avec un permis régulier ou restrictif, un peu plus de 2000 exercent au Québec.»

Le Dr Lamontagne reconnaît cependant que les médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis doivent répondre à des exigences particulières s'ils souhaitent pratiquer au Québec, ce qui peut en décourager quelques-uns. Ils doivent entre autres parler français et détenir un diplôme d'une école de médecine ou d'une université inscrite dans le Répertoire mondial des facultés de médecine de l'Organisation mondiale de la santé.

Les standards médicaux québécois sont élevés, et le Collège des médecins ne délivrera pas de permis au rabais. «Nous ne créerons pas de médecine à deux niveaux, aime répéter le directeur général du Collège. Je suis ouvert à engager des médecins étrangers, mais je vais exiger d'eux les mêmes compétences demandées à nos enfants qui étudient présentement dans les facultés de médecine.»

Faciliter le processus

Les médecins étrangers qui veulent pratiquer leur profession au Québec devraient amorcer leur démarche avant de débarquer de l'avion, conseille le Dr Lamontagne. À cet effet, le Collège des médecins a complètement revu l'interface de la section de son site Internet destinée aux médecins diplômés hors du Canada et des États-Unis, afin de faciliter leur compréhension des étapes menant à l'exercice de la médecine au Québec.

Par ailleurs, le Service d'information sur les professions et métiers réglementés du ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles (MICC), en collaboration avec le Collège des médecins, offre à l'étranger des cours préparatoires aux examens. En outre, des séances d'information sont organisées deux fois par an à Montréal afin de bien expliquer le processus de reconnaissance d'équivalence de la formation.

Selon le Dr Lamontagne, si le candidat présente un dossier parfaitement documenté et des compétences correspondant à celles exigées des médecins du Québec, la démarche ne s'étirera pas sur plusieurs années. «À l'intérieur d'un an, le médecin devrait être sur le marché du travail.»

Mais voilà, tous les médecins étrangers ne font pas leurs devoirs correctement. «Il manque souvent des papiers, et nous sommes obligés de courir après eux, dit le directeur général. Après un certain nombre de rappels, on arrête. On n'est pas une agence de recrutement. On est là pour vérifier leurs compétences.»

Pour obtenir la reconnaissance d'équivalence de leur formation, les médecins doivent fournir une quinzaine de documents, allant du certificat de naissance au diplôme de docteur en médecine en passant par le curriculum vitae. Ces papiers doivent être dûment traduits en anglais ou en français — c'est-à-dire porter le sceau d'un traducteur professionnel — et être certifiés conformes à l'original si ce sont des copies.

Les permis

Trois possibilités s'offrent aux médecins étrangers. Ils peuvent déposer une demande de permis d'exercice régulier ou de permis d'exercice restrictif, ou faire une demande d'admission au premier cycle dans une faculté de médecine. La plupart choisissent évidemment d'obtenir l'un des permis. Certains tentent leur chance pour les deux, de façon à d'assurer leurs arrières.

Le permis d'exercice régulier est le permis délivré au médecin résident à la fin de sa formation s'il a effectué tous les stages exigés et réussi les examens. Pour le décrocher, les médecins doivent d'abord franchir les étapes de la reconnaissance d'équivalence du diplôme de docteur en médecine, qui comporte l'analyse de leur dossier, ainsi qu'une série d'examens, dont celui de l'Office québécois de la langue française (OQLF).

On évalue ensuite leur formation postdoctorale; si elle ne remplit pas les conditions du Collège des médecins, cela peut conduire le médecin à s'inscrire dans une faculté de médecine pour refaire sa formation ou la compléter. «À partir de là, nous n'avons plus le contrôle, explique le Dr Lamontagne. La décision d'accepter ou de refuser les étudiants relève des universités.» Le Collège a également les mains liées si le dossier est bloqué au ministère de l'Immigration ou si l'OQLF juge que le niveau de français du candidat est insuffisant.

Quant au permis restrictif, il s'adresse aux médecins cliniciens prêts à pratiquer et comprend un stage d'évaluation plutôt qu'une formation postdoctorale. Les détenteurs de ce permis sont destinés à combler des besoins précis identifiés par le gouvernement. C'est pourquoi le permis restrictif, qui est renouvelable chaque année, limite le droit de pratique à un seul établissement et balise les actes professionnels qui peuvent être effectués.

Recrutement Santé Québec est l'organisation qui détermine si les services du médecin étranger sont requis ou non dans une région. Tout dépend des quotas. Si, par exemple, un psychiatre étranger fait une demande de permis restrictif, mais que tous les postes dans cette discipline sont comblés, son dossier sera malheureusement bloqué. Encore une fois, le Collège des médecins ne peut interférer dans la décision de Recrutement Santé Québec.

L'ordre professionnel a cependant fait preuve de souplesse récemment en accordant un permis régulier aux titulaires d'un permis restrictif après cinq renouvellements annuels consécutifs. «C'est tout à fait normal comme procédure s'il n'y a jamais eu de plaintes à leur endroit et s'ils ont fourni de loyaux services pendant toutes ces années. Ne pas le faire reviendrait à les tenir en esclavage. Il faut être humain», s'exclame le Dr Lamontagne.

Comme on le constate, le parcours du médecin étranger est parsemé d'embûches. Le site du Collège des médecins précise d'ailleurs que «le cheminement peut être long, et toutes les demandes ne donnent pas systématiquement lieu à la délivrance d'un permis. Chaque candidat parcourt les étapes à son propre rythme.»

Collaboratrice du Devoir

À voir en vidéo