Formation des nouveaux enseignants - Sous le joug de la « réforme »

En ces années d'implantation de la fameuse réforme scolaire, le monde de l'éducation est quasiment en révolution. Déjà, la réforme est appliquée avec plus ou moins de facilité à l'école primaire alors qu'elle est en voie d'être implantée au secondaire... avec davantage de difficultés. Et même au niveau universitaire, elle affecte profondément la façon dont sont formés les futurs enseignants.

«La réforme, voyez-vous, c'est quelque chose de majeur», énonce André Dolbec, président du Comité d'agrément des programmes de formation à l'enseignement (CAPFE). Parce qu'elle introduit la notion du développement de compétences plutôt que la transmission de connaissances, elle «représente un changement fondamental pour le monde de l'éducation», dit-il.

Or, poursuit le spécialiste, le monde de l'éducation est avant tout un milieu de tradition puisqu'il vise essentiellement à transmettre aux élèves nos conceptions du moment. «Lorsqu'on demande aux enseignants de procéder différemment, cela génère de la résistance, constate M. Dolbec. Il est de ce fait normal qu'on rencontre de la résistance chaque fois qu'on implante une nouvelle réforme.»

Toutefois, la résistance est plus marquée cette fois-ci, par rapport aux réformes des années 1970-80, puisqu'on bouleverse la façon même d'enseigner. «Il s'agit maintenant de faire acquérir aux élèves des compétences par l'entremise du travail en équipe, indique le spécialiste, ce qui est tout un changement pour le monde de l'éducation.»

Pour qu'une réforme soit implantée et acceptée, rapporte encore André Dolbec, les recherches montrent qu'il faut du temps. «Ça peut prendre jusqu'à 20 ans pour changer le système, dit-il. Dans ce cas-ci, c'est une réforme majeure, mais je demeure convaincu que nous mettons en place de bonnes idées.»

Soulignons qu'André Dolbec est également professeur au département des sciences de l'éducation de l'Université du Québec en Outaouais. À ce titre, il contribue activement à la formation des futurs professeurs du primaire et du secondaire. «Plus spécifiquement, je m'occupe du programme de formation continue à la maîtrise et au doctorat», précise-t-il. Il préside actuellement le CAPFE, un comité constitué à moitié d'enseignants et de professeurs d'université qui conseille le ministre de l'Éducation sur la qualité de la formation des maîtres. «En quelque sorte, ce comité d'agrément indique au ministre qu'il peut faire confiance à la formation donnée par les universités aux futurs enseignants parce que celle-ci répond aux critères d'agrément des programmes», explique-t-il.

Former des enseignants compétents

Depuis 2001, le CAPFE supervise les modifications à apporter aux programmes de formation des maîtres que nécessite la mise en oeuvre de la réforme scolaire. «Notre comité a demandé aux universités de revoir leurs programmes pour les adapter au nouveau régime de la réforme, dit-il. Ces programmes ont désormais à appliquer 12 compétences qui définissent la qualification des enseignants.»

Au coeur de cette réforme, il y a le fait que les futurs maîtres sont considérés comme de véritables professionnels de l'enseignement, indique André Dolbec. «L'enseignant est désormais vu comme quelqu'un qui ne possède pas que des connaissances à transmettre, mais également des habiletés, dit-il. On a donc introduit l'approche par compétences.»

Dorénavant, la formation des maîtres revient aux facultés d'éducation. Auparavant, un professeur du secondaire acquérait d'abord une formation spécialisée, par exemple en mathématiques ou en géographie, avant d'obtenir son certificat de pédagogie. «Pour enseigner au secondaire, il faut désormais posséder un baccalauréat en enseignement ainsi qu'une spécialité, le tout sous la supervision de la faculté d'éducation», indique M. Dolbec. Quant aux enseignants du primaire, ils suivent des stages dans des écoles tout au long de leur parcours, alors qu'auparavant, ils complétaient leur formation de trois ans à l'université avant de réaliser une année probatoire dans une école. «Dorénavant, c'est l'éducation qui est au centre de la formation des maîtres», résume avec satisfaction M. Dolbec.

Selon lui, cette nouvelle façon de faire donne d'excellents résultats. «Auparavant, dit-il, lorsqu'un nouvel enseignant amorçait sa carrière, on lui disait: "Bon, maintenant, on va te montrer comment ça marche pour de vrai!". À présent, nous mettons l'accent sur la formation, de sorte que les nouveaux profs sont prêts à enseigner dès leur entrée en classe.»

Des raisons d'espérer

Il y a néanmoins encore du travail à faire. Ainsi, on détecte parfois chez les nouveaux enseignants de graves lacunes en français. «Ça, voyez-vous, ce n'est pas tant un problème qui relève de l'université qu'un fait de société, lance André Dolbec. Le problème, c'est que les étudiants arrivent chez nous avec une grande méconnaissance de la langue. C'est un problème social qui nous dépasse!»

Selon lui, il ne revient pas aux universités d'enseigner les bases du français. «Ces notions relèvent du primaire et du secondaire, tranche-t-il. Bien sûr, nous pouvons aider nos étudiants en leur procurant des cours de rattrapage et de l'aide au français... et c'est ce que nous faisons.»

Heureusement, il y a de l'espoir puisqu'on observe une valorisation de la langue auprès des nouveaux étudiants. «Il y a quelques années à peine, nos étudiants se disaient très frustrés parce qu'on les obligeait à réussir un examen de français pour obtenir leur baccalauréat, rapporte-t-il. Or, voilà que depuis l'an passé, ils nous demandent au contraire davantage de cours tant ils sont convaincus de l'importance de maîtriser le français...»

Selon M. Dolbec, la situation s'est redressée parce que les universités ont décidé d'appliquer des normes strictes concernant la qualité du français. «Par exemple, dit-il, dans tous les cours d'éducation, les étudiants perdent de 15 à 30 % de leurs points s'ils font des fautes. C'est automatique! Tous sont donc encouragés à se prendre en main dès le début de leurs études... et c'est payant pour eux.»

Pour ce formateur de nouveaux maîtres, «l'enseignant doit être un modèle et on doit s'attendre à ce que, simplement à l'entendre parler, on se sente en présence de quelqu'un qui maîtrise sa langue».

Collaborateur du Devoir

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