TELUQ - Une université pour les trentenaires

Si la Télé-université (TELUQ) est un organisme de formation universitaire, elle n'en séduit pas moins un grand nombre de personnes lancées dans une démarche de formation continue. La souplesse de sa formule, puisqu'il s'agit de formation à distance, est fort attrayante et conviviale. Elle permet d'étudier à l'endroit, à l'heure et au rythme de son choix, et donc d'harmoniser ses études avec ses obligations professionnelles et familiales. La Télé-université a le vent en poupe, comme le souligne Raymond Duchesne, directeur général par intérim et directeur de l'enseignement et de la recherche.

Depuis dix ans, les inscriptions connaissent une croissance soutenue à la TELUQ, et les autres établissements offrant une formation à distance bénéficient d'un essor similaire, et ce, en de nombreux endroits du globe. Il s'agit d'un véritable phénomène de société. «Nous avons atteint un taux d'accroissement de la fréquentation que nous n'avions jamais vu auparavant, précise Raymond Duchesne. L'an dernier seulement, la fréquentation totale de la Télé-université a augmenté de presque 13 %.»

La formation à distance bénéficie indéniablement d'une popularité grandissante. Non seulement cette formule permet-elle à l'étudiant d'aménager son temps d'étude et son travail comme il l'entend, naturellement dans un délai imparti, mais il est également possible à tout moment de demander son admission et de s'inscrire à un cours à la TELUQ.

Des étudiants de tous âges

De fait, presque 80 % des étudiants inscrits sont des adultes dont l'âge moyen tourne autour de 33-34 ans. La Télé-université leur permet de concilier leurs diverses obligations. Les 20 % restants sont constitués d'étudiants pour la plupart plus jeunes. «Il s'agit de jeunes qui poursuivent généralement des études à temps complet dans d'autres universités et qui se tournent vers la Télé-université pour compléter la liste de cours qu'ils sont en train de suivre, et cela avec la permission de leur directeur de programme.»

Dans certains cas, les cours supplémentaires qu'ils choisissent ne sont pas offerts dans leur université d'attache, mais, à l'instar de leurs aînés, ils sont bien plus souvent motivés par la souplesse de la TELUQ. «À travers la formation à distance et d'autres formes médiatisées d'enseignement, il se produit vraiment une transformation de l'enseignement universitaire, autrefois presque exclusivement dispensé sur campus à des étudiants jeunes et à temps complet. Nos sociétés évoluent, les gens étudient désormais tout au long de leur vie.» La formation continue est devenue un idéal, que ce soit pour changer de travail ou pour s'adapter aux changements de son emploi. Comme elle est incontournable, il faut trouver une offre conviviale pouvant s'adapter à un mode de vie déjà bien établi.

Les coûts de la Télé-université sont par ailleurs identiques à ceux pratiqués dans les autres universités. «Il n'en coûte ni plus cher ni moins cher. Nous sommes régis par les mêmes règles de financement.» Ce financement est assuré par les subventions gouvernementales, à hauteur de 73 %, et par les revenus des droits de scolarité, à hauteur de 13 %. Ces faits concourent toutefois à freiner la diffusion des services de la TELUQ à l'échelle internationale. «Jamais la Télé-université n'a eu plus de 4 ou 5 % de ses étudiants hors des frontières géographiques du Québec.» L'obstacle n'est ni technologique ni culturel, mais bien économique. En effet, les subventions perçues n'englobent pas le volet international. Par exemple, un étudiant au Mali devra assurer le coût réel de formation. C'est pourquoi les étudiants inscrits à l'étranger le sont bien souvent grâce à l'existence d'un tiers payeur, tel un organisme de coopération internationale.

Des programmes particuliers ciblent toutefois des étudiants étrangers, comme c'est le cas du programme de microfinance. «Ce programme, explique Raymond Duchesne, a été développé à la demande de Développement international Desjardins à l'intention de l'Afrique francophone. Il a pour objet d'habiliter les gens des mouvements coopératifs à la gestion du microcrédit, un instrument de développement durable et d'émancipation des femmes.» Le développement de programmes particuliers n'est toutefois pas exceptionnel, ni réservé à l'exportation. Le Mouvement Desjardins est un partenaire de longue date pour ce qui est de la programmation liée à la finance et au crédit. D'autres partenariats ont vu le jour avec de grandes entreprises, comme Hydro-Québec, et plusieurs associations professionnelles, dont l'Ordre des CGA du Québec ou la Chambre de l'assurance de dommages.

Les sciences de la gestion en vogue

La programmation de la Télé-université est très vaste. Certains domaines d'études sont toutefois plus courus et plus achalandés. «Plus de 50 % des étudiants ont demandé leur admission à des programmes de la grande famille disciplinaire des sciences de la gestion, dont le management, le marketing, la finance, la comptabilité, les relations de travail, la gestion des ressources humaines.» Les sciences humaines — psychologie, sociologie, communication ou histoire — constituent un second groupe d'études très demandées. Enfin, l'informatique et les sciences de l'environnement constituent un troisième champ d'intérêt très prisé. La littérature, les langues vivantes, essentiellement l'anglais et l'espagnol, sont également présentes. «De plus, depuis quelques années, nous développons des programmes dans le domaine des sciences de l'éducation. C'est un groupe très actif.»

Les programmes débouchent tant sur des certificats et des baccalauréats que sur des diplômes d'études supérieures et des maîtrises. «Nous avons également développé avec nos collègues de l'Université du Québec à Montréal [UQAM] un doctorat en informatique cognitive.»

Depuis 2005, la TELUQ a été rattachée à l'UQAM afin de créer une université bimodale forte de deux expertises — enseignement sur campus et enseignement à distance. Tout un travail d'intégration des programmes et d'intégration administrative reste encore à faire. Forte de ce partenariat, la Télé-université entend élargir la liste des programmes et des cours offerts afin de donner de plus en plus de choix aux étudiants. «La demande est là, elle est réelle, affirme Raymond Duchesne. La formation à distance n'est pas la seule réponse, mais elle est toujours plus populaire.»

La Télé-université est ouverte à toutes sortes de projets dans tous les champs disciplinaires où le nombre potentiel d'étudiants le justifierait. Une certaine prudence s'impose toutefois en raison des coûts importants de développement qu'elle comporte, prudence qui a permis à la TELUQ de maintenir un équilibre budgétaire durant ses 35 années d'existence.

Collaboratrice du Devoir

À voir en vidéo