Complexe des sciences - Corbo essuie un premier refus

Sitôt nommé, avant même d'être entré en fonction, le recteur désigné de l'Université du Québec à Montréal, Claude Corbo, essuie déjà une rebuffade de la part de Québec. Le gouvernement n'a pas l'intention d'assumer une part de la dette liée à la construction déficitaire du Complexe des sciences, comme il le fera pour le projet de l'îlot Voyageur.

C'est ce qu'a fait savoir hier la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, en réponse à la première sortie médiatique du nouveau recteur. «La porte n'est pas ouverte», a affirmé son attaché de presse, Jean-Pascal Bernier. Il souligne que l'entente conclue le 27 septembre entre la ministre, l'UQAM et le réseau de l'Université du Québec, par laquelle le gouvernement s'engageait à assumer les répercussions financières de l'îlot Voyageur excluait explicitement la dette encourue lors de la construction du Complexe des sciences.

Lors de sa première rencontre avec les médias hier matin, M. Corbo a réitéré sa demande de voir Québec essuyer l'ardoise de l'université liée à la construction du Complexe des sciences. Il fonde sa demande sur le rapport du Vérificateur général, qui affirmait cet automne que l'UQAM n'arriverait pas à redresser seule sa situation financière. Le Complexe des sciences grève le budget de l'UQAM d'environ 11 à 13 millions par année et devrait représenter une dette de quelque 250 millions en 2012.

«Le Complexe des sciences, ce sont des édifices qui vont être utilisés par l'université pendant les 10, 20, 30, 40, 100 prochaines années. L'effort n'est pas démesuré», a plaidé M. Corbo.

Un recteur autonomiste

Le recteur désigné, qui entrera en fonction le 7 janvier prochain, aura beaucoup de pain sur la planche au cours des prochains mois. Il doit tout d'abord peaufiner une proposition de plan de redressement, en collaboration avec la firme comptable PricewaterhouseCoopers. Ce plan doit ensuite être soumis à l'analyse d'une deuxième firme comptable, Ernst & Young, qui agit pour le compte du réseau de l'Université du Québec (UQ). Le résultat des cogitations de ces deux firmes sera ensuite soumis à un comité de sages réunissant la directrice de la Grande Bibliothèque, Lise Bissonnette, l'ancien recteur de l'Université Laval, Michel Gervais, et un ancien sous-ministre du ministère des Finances.

Cette valse de comités et d'entreprises externes n'impressionne guère le nouveau recteur, qui n'a pas l'intention d'abdiquer ses pouvoirs. «Je n'ai pas de problème à ce que des organismes externes fournissent des analyses, un éclairage, même des suggestions, mais ultimement c'est l'UQAM, ses instances, sa direction qui prendront les décisions. [...] À ce que je sache, l'UQAM est encore capable de prendre des décisions sur son propre développement, et c'est ce qu'elle fera», a tranché M. Corbo.

Ce réflexe autonomiste du nouveau recteur le conduit par ailleurs à revendiquer le retrait de l'UQAM du réseau UQ. «L'objectif est de substituer à une relation de subordination, de dépendance juridique et administrative une relation de libre collaboration avec l'UQ et ses établissements. [...] Le rôle du siège social est quelque chose qu'on peut questionner», a affirmé M. Corbo.

Le nouveau recteur a par ailleurs indiqué hier qu'il créerait dès septembre un comité d'experts externes, «ni complaisants, ni malveillants», pour analyser la façon dont l'UQAM est financée, en vertu des nouvelles règles budgétaires en vigueur depuis septembre dernier. Voilà des mois que la rectrice sortante de l'UQAM martèle que le nouveau régime de financement dessert l'université du centre-ville.