L'automne étudiant se refroidit

Quelque 200 étudiants ont perturbé hier une conférence du premier ministre Jean Charest à l’École des hautes études commerciales. Ils promettent de tels comités d’accueil aux ministres libéraux sur les différents campus du Québec. Les tenan
Photo: Quelque 200 étudiants ont perturbé hier une conférence du premier ministre Jean Charest à l’École des hautes études commerciales. Ils promettent de tels comités d’accueil aux ministres libéraux sur les différents campus du Québec. Les tenan

Terreau fertile au militantisme étudiant s'il en est un, le cégep du Vieux-Montréal n'ouvrira pas le bal d'une éventuelle grève générale cet automne. La campagne de mobilisation de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) est à peine lancée qu'elle semble déjà avoir du plomb dans l'aile. L'assemblée générale des étudiants du cégep du Vieux-Montréal a rejeté lundi, dans une proportion de 59 %, l'idée de déclencher une grève générale illimitée lorsque sept associations étudiantes réunissant plus de 25 000 étudiants seront prêtes à la faire. Quelque 1300 étudiants participaient à l'assemblée, soit environ 20 % de la population étudiante.

Ce n'est pas un hasard si le cégep du centre-ville, traditionnellement très militant, figure parmi les premiers à se prononcer sur un mandat de grève générale illimitée, pour dénoncer la hausse des droits de scolarité de 30 % en cinq ans et revendiquer la gratuité scolaire. De l'aveu même du responsable général de l'association étudiante, François Forcier, on espérait qu'un vote favorable donnerait une impulsion à d'autres cégeps et universités appelés à voter d'ici la mi-octobre.

«Quand on est les premiers à porter le drapeau, c'est peut-être plus difficile, cela a pu faire peur à certains», est forcé de constater M. Forcier, conscient que le message qui sera probablement décodé sur les autres campus risque de se résumer à «même le Vieux-Montréal ne part pas en grève».

Ce n'est peut-être que partie remise, estime cependant le militant étudiant. Il souligne que ses membres pourraient être invités à reconsidérer leur position si d'autres institutions d'enseignement optent pour la grève au cours des prochaines semaines. Si ce n'est pas cet automne, ce sera peut-être à l'hiver. «Lors de la dernière grève, en 2005, la mobilisation avait commencé à l'automne [contre les compressions dans l'aide financière] pour continuer à l'hiver», poursuit M. Forcier.

Il constate que plusieurs cégépiens se rappellent encore la dernière grève générale de 2005, qui leur a valu une fin de session intense et une déception pour ceux qui espéraient obtenir davantage que la remise des 103 millions coupés dans l'aide financière.

Une deuxième assemblée générale, celle du cégep de Trois-Rivières, a rejeté hier l'idée de faire une grève. Dans une proportion de 61 %, les étudiants ont refusé de déclencher un boycottage des cours si la grève venait à décoller dans sept autres cégeps. «On a senti que les gens n'étaient pas prêts à faire la grève maintenant, mais qu'ils ne l'excluaient pas. Il considèrent qu'il faut une escalade des moyens de pression», explique la responsable des affaires socio-politiques à l'association étudiante, Gabrielle Caron-Bouchard. Précisons que cette association est membre de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) qui, contrairement à l'ASSE, ne prône pas une grève étudiante pour l'automne.

Pour l'heure, seule l'Assemblée facultaire des étudiants en sciences humaines de l'Université du Québec à Montréal a en poche un mandat de grève, adopté jeudi dernier avec une majorité de 62 % sur près de 700 membres présents à la fin de la réunion. Une semaine plus tôt, les étudiants de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) avaient quant à eux rejeté une proposition similaire.

L'ASSE garde le cap

Ce résultat a eu l'effet d'une «douche froide» sur les militants de l'ASSE, qui prennent cependant soin de préciser que l'association étudiante du Vieux-Montréal n'est pas membre de l'association nationale, mais plutôt sympathisante. «On prend cela comme un signal», note le porte-parole de l'ASSE, Hubert Gendron-Blais, précisant cependant que la composition de la population étudiante du cégep est en pleine mutation, ce qui contribuerait à faire mentir sa réputation. M. Gendron-Blais ajoute que le résultat au Vieux-Montréal a donné un coup de fouet aux troupes et que des militants, dont plusieurs provenant de l'AFESH-UQAM qui a voté en faveur de la grève, redoubleront d'ardeur au cours des prochains jours pour faire la promotion de ce moyen de pression sur les différents campus.

Un congrès de l'ASSE est prévu en fin de semaine pour faire le point sur la mobilisation. «S'il y devait y avoir un quelconque changement par rapport à la stratégie, cela se déciderait au congrès», fait valoir M. Gendron-Blais.

Plusieurs assemblées générales et consultations référendaires sur la grève devraient se tenir au cours des deux prochaines semaines. Ce sera notamment le cas dans trois associations de l'UQAM, où à la problématique de la hausse des droits de scolarité s'ajoute celle de la situation financière précaire de l'établissement.

De la compagnie pour Jean Charest

Ce peu d'engouement pour la grève ne signifie pas pour autant que c'est le calme plat sur le front étudiant. Environ 200 étudiants membres de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) ont perturbé hier la tenue d'une conférence de Jean Charest à l'École des Hautes études commerciales (HEC), forçant le premier ministre à retarder de plus d'une heure son allocution sur les relations intergénérationnelles.

Ces derniers, dont plusieurs étaient déguisés en clowns, dénonçaient la hausse des droits de scolarité et réclamaient un réinvestissement dans l'enseignement post-secondaire. «C'est aberrant de voir que ce gouvernement n'a pas de vision pour la jeunesse. On baisse les impôts et on augmente les frais pour l'université, les garderies, etc. Cela n'aide pas les jeunes ni la classe moyenne», soutient le président de la FEUQ, Jean-Patrick Brady.

Il promet que les ministres du gouvernement libéral auront de la compagnie lorsqu'ils s'aventureront sur les différents campus. «On va les suivre quand ils ne s'y attendent pas et on va les interpeller. [...] Tous les membres du gouvernement qui font fi des demandes des jeunes devront comprendre qu'ils sont minoritaires et que, pour revenir au pouvoir, ils n'auront pas d'autre choix que d'en tenir compte», poursuit M. Brady.

Le président de la FEUQ ne s'étonne pas outre mesure du peu de succès récolté jusqu'à présent par l'ASSE dans sa campagne pour une grève automnale. «C'est clair que les étudiants sont contre toute augmentation des droits de scolarité. Ils veulent prendre une session pour exercer une gradation des moyens de pression. Si Jean Charest continue d'être arrogant et refuse de les écouter, à l'hiver, quelques mois avant les élections, il devra revoir son plan d'action», affirme M. Brady.

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