UQAM: exit le PPP

«Le recteur voulait essayer de camoufler que c’était un contrat fait en catimini», dit Monique Jérôme-Forget
Photo: «Le recteur voulait essayer de camoufler que c’était un contrat fait en catimini», dit Monique Jérôme-Forget
«Le recteur Roch Denis est venu me voir une fois le contrat signé et m'a dit avoir fait un PPP. Je lui ai dit: "Pauvre monsieur, êtes-vous allé en appel d'offres, en appel de qualification? Quel est le partage de risques?" Il n'était pas capable de répondre. Eh bien, je lui ai dit: "Ne parlez jamais d'un PPP"», a raconté la ministre.

Le contrat entre l'UQAM et Busac n'a fait l'objet d'aucun appel d'offres public ni d'aucun plan d'affaires sérieux, a précisé Mme Jérôme-Forget. Selon elle, Roch Denis cherchait auprès d'elle un appui qu'il n'a pas obtenu.

«Il voulait essayer de camoufler le fait que c'était un contrat fait en catimini, a-t-elle affirmé. C'est un contrat fait entre une personne et Busac directement. Le pire dans tout ça, c'est que tous les risques sont assumés par l'UQAM. C'est le contraire d'un PPP.»

Cette rencontre a eu lieu bien avant que les projets immobiliers de l'UQAM ne dégénèrent en crise. «Il voulait probablement que je l'applaudisse d'avoir fait un PPP. Or ce n'est pas un PPP. Je lui ai dit carrément qu'il était à côté de la plaque», a ajouté Mme Jérôme-Forget, qui se rappelle avoir rapidement donné congé au recteur.

Lorsque Le Devoir a révélé, l'automne dernier, des dépassements de coûts de 40 millions de dollars pour la construction du Complexe des sciences, le processus décisionnel a été remis en cause. Sous la pression, Roch Denis a présenté sa démission.

La semaine dernière, Le Devoir a démontré que l'impasse ne s'arrêtait pas là: l'îlot Voyageur a lui aussi creusé le gouffre financier de l'UQAM de façon telle que le budget de fonctionnement risque de subir les effets des décisions prises dans le domaine de l'immobilier. Le trou se chiffre entre 200 et 300 millions de dollars.

La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, est rapidement intervenue. Le Vérificateur général enquête sur le dossier et le réseau de l'Université du Québec (UQ) accompagne l'UQAM dans l'élaboration de son plan de redressement, exigé pour le 15 juin.

Une nouvelle équipe est en place depuis décembre dernier mais la brèche n'a pas été colmatée. Jalouse de son autonomie, l'UQAM ne s'est guère montrée transparente. Vendredi dernier, l'UQ n'avait toujours pas en main le contrat liant l'UQAM à Busac. À Québec, on a le contrat depuis deux jours seulement.

Cette attitude est loin de plaire à la ministre Jérôme-Forget. «C'est le drame. Les universités ont le droit de mettre en place des constructions sans obtenir l'approbation du gouvernement. On l'a appris quand c'était fini. [...] C'est aberrant. Et il y en a plusieurs, de ces projets-là. C'est clair que ça va inviter à prendre des positions bien différentes prochainement», a-t-elle souligné.

Le 24 mai, la ministre présentera le budget, de même que les crédits. Mme Jérôme-Forget entend alors lancer un message clair à toutes les universités. Au cours des prochains mois, le gouvernement apportera des amendements législatifs afin de soumettre les universités à l'obligation d'obtenir une autorisation gouvernementale avant d'ouvrir des chantiers.

Pour la ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor, les choses doivent changer, quitte à écorcher l'autonomie des universités. «On ne peut pas prendre de risques. [...] On ne peut pas mettre à la porte plus de 40 000 étudiants, des milliers de professeurs. Ce n'est pas une entreprise privée. On ne ferme pas ça, une université, alors on a l'obligation et le devoir de maintenir cette institution qui, à bien des égards, est une grande institution», a affirmé Mme Jérôme-Forget.

Déjà, la semaine dernière, la ministre Courchesne avait fermement rappelé à l'ordre l'ensemble des universités afin qu'elles se concentrent sur les volets fondamentaux de leur mission, soit l'enseignement et la recherche. Elle a même prévu sous peu une rencontre avec la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec afin de prendre le dossier immobilier de front et, surtout, de baliser les ambitions immobilières des universités.

Aux yeux de Mme Jérôme-Forget, la dérive de l'UQAM ternit l'image de l'université et celle de tous les membres du conseil d'administration. Elle se désole au surplus que ce soit l'État qui, au bout du compte, soit tenu responsable. «Ça irrite les citoyens de voir que leurs taxes [destinées au financement des universités] vont servir à payer pour des approches irréfléchies de gens du secteur public qui se comportent de façon cavalière», a-t-elle tranché.

Derrière tout cela, il y a aussi la crainte qu'un tel problème ne soit amalgamé avec la formule de PPP alors que le gouvernement vient d'emprunter cette voie pour des projets d'envergure. C'est notamment le cas de la salle de l'Orchestre symphonique de Montréal. Trois consortiums ont franchi l'étape de l'appel de qualification et déposeront l'automne prochain une proposition concrète. Parmi les entreprises, on compte la firme Busac, la même qui a des liens d'affaires avec l'UQAM. Y a-t-il lieu de s'en préoccuper? La ministre Jérôme-Forget a dit que «Busac a probablement voulu, de bonne foi, séduire l'UQAM». Elle a ensuite rappelé que le PPP doit répondre à des règles strictes et que s'il devait y avoir des dépassements de coûts, ils seraient à la charge de l'entrepreneur.

«Il est clair que quiconque va gagner le concours pour l'OSM va devoir arriver avec une approche rigoureuse», a indiqué la ministre. «Les PPP, ce n'est pas sorcier. C'est la discipline, la rigueur, c'est l'obligation de réfléchir avant d'agir, c'est l'obligation de faire nos calculs avant de démarrer, c'est l'obligation de déterminer où sont les risques et qui va les assumer», a-t-elle ajouté.

La construction du pont de l'autoroute 25 est également un projet qui se réalisera en PPP. Les deux hôpitaux universitaires (CHUM et CUSM) ont également pris cette voie. La question sera tranchée officiellement d'ici l'été, a assuré Monique Jérôme-Forget.

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