Université de Montréal - Au secours du médecin de famille

Comme toute pratique médicale, la médecine familiale a besoin de se développer ainsi que de produire et de diffuser de nouvelles connaissances. C'est la fonction première de la chaire Dr Sadok-Besrour en médecine familiale, créée en l'an 2000 à l'Université de Montréal.

La médecine familiale est la clé de voûte de notre système de santé. Comme le relate la docteure Marie-Dominique Beaulieu, un médecin de famille règle quantité de problèmes de santé, à la fois ponctuels mais qui concernent également la prise en charge, le suivi et la coordination des soins à assurer aux personnes affligées par des maladies complexes ou chroniques. «Je pense qu'on comprend de plus en plus à quel point ce professionnel rend beaucoup de services et joue un rôle clé dans le système de santé», résume-t-elle.

Première du genre au Québec, la chaire Dr Sadok-Besrour en médecine familiale contribue à accroître la capacité de recherche en médecine familiale non seulement au Québec, mais au Canada et sur le plan international. Elle soutient aussi la formation de jeunes chercheurs et accueille des étudiants et professeurs de l'étranger, en particulier ceux venant de Tunisie et des pays émergents.

Titulaire de la chaire Besrour, Marie-Dominique Beaulieu se définit comme une passionnée de médecine familiale. «J'en suis passionnée comme un cardiologue est passionné de cardiologie ou un pneumologue de pneumologie!»

Le secteur privé s'implique

La chaire qu'elle dirige a été instituée grâce aux efforts déployés par le Dr Sadok Besrour. Tunisien formé à la médecine en France, il a été l'un des membres fondateurs en 1979 de la clinique de médecine familiale de l'hôpital Notre-Dame (où il pratique toujours). «Pour lui, c'était essentiel que la médecine familiale prenne sa place dans les activités de recherche, relate Dre Beaulieu. Ainsi, comme toute autre discipline scientifique, la médecine familiale doit réaliser des travaux pour contribuer à la vie académique.» Le Dr Besrour a donc entrepris de convaincre le département de médecine familiale du CHUM de la nécessité de fonder une chaire de recherche. Puis, il est parvenu à mobiliser la communauté des affaires pour financer son projet.

Chose remarquable d'ailleurs, le financement de la chaire est assuré en grande partie par les contributions de particuliers, notamment celles du fondateur lui-même, ainsi que de la famille et de la Fondation J.-Armand-Bombardier, de Power Corporation, de la Fondation du CHUM et de l'Université de Montréal.

Améliorer l'accessibilité aux soins

Globalement, la chaire Besrour étudie comment la médecine familiale gère les problèmes auxquels elle est confrontée. Elle s'intéresse entre autres à l'accessibilité aux soins ainsi qu'à la prise en charge de certains problèmes de santé. Par exemple, les chercheurs se penchent sur les défis que représente l'implantation dans la société des groupes de médecine familiale. Ils étudient aussi l'organisation des services de santé dans les collectivités rurales et isolées du Québec. Ils s'intéressent également à des questions telles que: comment les futurs médecins conçoivent-ils leur rôle et se sentent-ils préparés à l'assumer à la fin de leur formation?

«L'un de nos projets de recherche, indique Dre Beaulieu, a consisté à dresser un diagnostic sur l'accessibilité et la continuité des soins, tels que le vivent les utilisateurs. On a ainsi mené une enquête auprès de 100 cabinets de médecins au Québec et auprès de 3000 patients pour cerner les problèmes d'accessibilité et de continuité. Avec cette étude, on a cherché à déterminer les caractéristiques des cliniques qui offraient le meilleur service et le meilleur suivi. Cela nous permet d'avoir une idée à savoir s'il y a un nombre optimal de médecins, comment organiser leurs horaires, le rôle de l'infirmière, etc. Cette recherche, qui vise à améliorer l'accessibilité et la continuité, a été largement diffusée dans le système de santé.»

Une autre recherche consistait à observer de près l'implantation de cinq groupes de médecine familiale. «Cette recherche a permis de voir comment s'est passée l'implantation des GMF et l'impact que cela a eu, commente Marie-Dominique Beaulieu. Les données ainsi recueillies sont utilisées pour guider l'implantation de nouveaux groupes de médecins de famille.»

La chaire du Dr Besrour réalise également des projets en collaboration avec d'autres groupes de chercheurs. Ceux-ci se sont notamment penchés sur les facteurs qui déterminent les choix de carrière pour une pratique obstétricale en médecine. Ils se sont aussi intéressés à l'influence des modes d'organisation des services de santé auprès des groupes défavorisés, etc.

«Comme vous le voyez, la chaire est là pour produire des connaissances scientifiques, résume la titulaire. Mais notre mission est aussi de rendre nos travaux les plus visibles possible afin qu'ils soient utiles. Par conséquent, la chaire doit s'impliquer dans les réflexions et dans la formation. On essaie donc de faire beaucoup de vulgarisation scientifique et de favoriser la diffusion de nos résultats.»

Patience, messieurs les politiciens...

En cette ère de réorganisation perpétuelle du système de santé, les chercheurs de la chaire Besrour observent la situation avec intérêt. «Il me semble que, en matière de médecine générale — dans les soins directs aux patients —, on est sur la bonne voie, estime Dre Beaulieu. Je dirais même que de bonnes décisions ont été prises dans la foulée de la Commission Clair et je souhaite qu'on assure une continuité... En fait, l'une des choses qui m'apparaît très importante, c'est de maintenir le cap et d'accepter que les changements ne donneront pas des résultats concrets en quelques semaines!»

En conséquence, le message que la spécialiste aimerait livrer à nos politiciens serait qu'ils permettent au personnel du réseau de la santé de réaliser les changements sans toujours les obliger à se réorganiser. «On est en train de prendre les bonnes décisions, dit-elle, et je sens qu'il se passe actuellement des choses fort intéressantes dans le réseau quant à l'amélioration de l'accessibilité, de la continuité et de la coordination des services offerts aux patients. Il faut donc, me semble-t-il, faire preuve de patience et garder le cap...»

Collaborateur du Devoir

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