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Université McGill - Des parasites par millions

McGill abrite sur le campus Macdonald l'unique Institut nord-américain de parasitologie du continent. La question là posée est simple: pourquoi, des millions de parasites existant, une trentaine seulement trouvent-ils refuge dans l'organisme humain? À propos des mystères de l'évolution.

«La majorité des espèces animales sont des parasites, indique Timothy Geary, directeur par intérim de l'Institut de parasitologie de l'université McGill. Cela signifie, du point de vue de l'évolution, qu'être parasite est la meilleure façon d'assurer la survie d'une espèce.»

«Cela signifie également pour nous, êtres humains, que nous risquons à tout moment d'être infectés ou attaqués par une myriade de parasites de toutes sortes», enchaîne-t-il. Or, curieusement, bien qu'il existe des millions et des millions de parasites, seule une trentaine d'espèces parviennent à nous parasiter. «Comment ceux-ci réussissent-ils là où tant d'autres échouent? Voilà l'une des grandes questions que mes collègues et moi étudions.»

Mieux vaut prévenir...

Le Québec compte l'une des très rares, sinon même l'unique équipe de chercheurs spécialisés en Amérique du Nord en parasitologie, la science fondamentale des parasites. «Les parasites ont longtemps été un problème sur notre continent, notamment ceux causant la malaria», relate M. Geary. De ce fait, jadis, un grand nombre d'universités avaient leur département ou leur école de parasitologie. Mais une bonne partie des problèmes ayant été réglés grâce au traitement des eaux, son équipe constitue aujourd'hui le seul institut de parasitologie du continent.

Les problèmes de santé provoqués par les parasites sont par contre loin d'être inexistants. Ainsi, le professeur Geary relate que près du tiers de l'humanité est infecté par des parasites, alors que la malaria tue plus de deux millions de personnes par année! «De surcroît, avec les voyages et les migrations de plus en plus fréquentes, ainsi que dans la foulée des changements climatiques, notre société sera de plus en plus confrontée à des problèmes de parasitisme. Déjà, les maladies tropicales affectent non seulement les voyageurs, mais également ceux et celles qui travaillent à l'étranger, alors que nos soldats qui combattent en Afghanistan sont confrontés à des problèmes de parasites.»

Par conséquent, la douzaine de chercheurs qui oeuvrent au sein de l'Institut de parasitologie s'attaque à des questions qui concernent autant des problèmes qui affligent les populations des pays en développement que des enjeux qui nous touchent directement. «À l'Institut, nous faisons de la recherche, notamment en collaboration avec l'industrie pharmaceutique, qui sert à développer de nouveaux médicaments, précise Tim Geary. Nous formons également une soixantaine d'étudiants aux techniques et aux traitements avancés des infections parasitaires.»

Sur le terrain et...dans les fermes

En tant que centre de recherche universitaire, l'Institut réalise des travaux fondamentaux ainsi que des études de terrain, notamment au Cameroun et au Panama. Ainsi, le professeur Geary étudie un parasite qui provoque une grave infection auprès de 150 millions de personnes à travers le monde. «Je cherche à comprendre comment ce parasite réussit à demeurer à l'intérieur de nous durant 10 ou 15 ans sans être détecté par notre système immunitaire. Comment fait-il pour passer inaperçu?»

Les chercheurs s'intéressent également aux problèmes parasitaires chez les animaux — problèmes affectant autant les animaux de ferme que les animaux de compagnie au Québec, tout comme à travers l'Amérique. «Je pense que, à la suite des changements climatiques qui s'en viennent, on verra davantage d'infections parasitaires chez nos animaux, estime le chercheur. Par contre, je ne pense pas que ce sera le cas pour nous, les humains, puisque la plupart des infections qui nous affligent proviennent des eaux usées. Or, tant et aussi longtemps qu'on continuera de traiter nos eaux, on ne devrait pas rencontrer trop d'infections. Il faudra par contre suivre de près les migrations de populations.»

L'Institut de parasitologie est en outre le noyau de tout ce qui se fait dans ce domaine au Québec. Ainsi, il héberge le Centre de recherche sur les interactions hôte-parasite, qui regroupe les spécialistes en la matière provenant de l'université Laval, de l'Université de Montréal à Saint-Hyacinthe, de l'Institut Armand-Frappier et de l'Université du Québec à Montréal ainsi que, bien entendu, ceux de l'université McGill.

«En réalité, ce réseau de chercheurs existait, sous une forme ou une autre, depuis longtemps, indique le professeur Geary. Mais il y a cinq ou six ans, le gouvernement du Québec a fondé un centre de recherche spécialisé afin de rassembler tous les spécialistes qui s'intéressent aux relations particulières qui existent entre les parasites et les hôtes qui les hébergent.»

Peut-on vraiment vivre sans parasites?

Compte tenu du fait que des millions de parasites existent mais qu'une trentaine seulement parviennent à nous parasiter, les membres du Centre de recherche sur les interactions hôte-parasite cherchent à déterminer ce que ces derniers ont de particulier. «Comment parviennent-ils à nous déjouer, se demande Tim Geary, à s'installer en nous et à mener leur existence sans qu'on réussisse à s'en débarrasser?»

Il y a même des parasites qui n'infectent que les humains et aucune autre espèce animale. «Pourquoi?, se demande le chercheur intrigué. Ce sont là des questions de biologie fondamentale aussi intéressantes qu'importantes. En effet, si on parvenait à cerner comment s'y prennent ces parasites et à trouver leur point faible — donc la façon de les attaquer —, on pourrait mettre au point des vaccins et des traitements efficaces.»

Par ailleurs, si aux yeux du spécialiste les parasites sont nécessairement néfastes, il se pourrait par contre qu'on ne puisse se passer d'eux! Ainsi, diverses recherches semblent indiquer que certaines pathologies pourraient être dues à l'absence de parasites. Ce pourrait être le cas, notamment, de la maladie de Crohn (une grave inflammation de l'intestin) et de l'asthme.

«Curieusement, on observe que ces maladies sont plus répandues en Occident que partout ailleurs dans le monde», relate le chercheur. Or, comme elles ont une composante parasitaire alors que nous vivons dans un environnement de plus en plus aseptisé, on se demande si une portion de ces cas ne proviendrait pas d'un dérèglement de notre système immunitaire. Autrement dit, n'ayant pas à combattre quoi que ce soit, notre système immunitaire finirait par devenir hypersensible et réagirait «à rien». À l'appui de cette hypothèse, on combat dans certains cas de telles réactions en infectant justement le patient! «C'est là, en tout cas, une piste fort intéressante à suivre», d'indiquer le chercheur.

Collaborateur du Devoir