Des dizaines de millions pour améliorer les services aux élèves en difficulté - Les embauches se font à pas de tortue, déplore la CSQ

Québec avait promis 1000 professionnels de plus dans le réseau de l'éducation pour aider les élèves en difficulté, mais il est impossible de savoir avec exactitude combien ont été embauchés par les commissions scolaires depuis l'ajout de dizaines de millions de dollars dans le réseau.

Le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) dit effectuer actuellement un «sondage» auprès des commissions scolaires du Québec pour vérifier combien de ces professionnels — orthophonistes, psychologues, conseillers pédagogiques, etc. — ont été embauchés pour soutenir les grands besoins des élèves en difficulté. Mais nul ne sait pour l'heure combien de ressources ont été ajoutées, ce que déplore la Fédération des professionnels de l'éducation (FPPE-CSQ).

Ce flou artistique a donné beau jeu hier à la partie syndicale pour accuser les commissions scolaires de ne pas embaucher au rythme où elles le devraient. «Les données que nous possédons sont inquiétantes», a indiqué hier le président de la FPPE, Jean Falardeau, en marge d'une conférence de presse de la CSQ portant sur le «statut précaire» de ces professionnels de l'éducation. «La Commission scolaire de Montréal a reçu 1,2 million cette année et a embauché un seul nouveau professionnel avec cet argent.»

Le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, s'indigne de cette situation. «On manque de ressources professionnelles pour faire face aux défis, croit-il. Sur l'île de Montréal, on a ajouté à peu près 2,2 millions et ç'a généré un seul poste de professionnel! Ça fait cher la verge, ça! C'est ça, les lunettes roses de M. Charest, qui dit qu'il a livré en éducation et que tout va bien madame la marquise?»

À la CSDM, ces données ont été toutefois démenties. Le montant de 1,2 million reçu en 2006-07 aurait plutôt servi à embaucher 2,7 professionnels, à maintenir les postes de près de trois autres et à embaucher aussi 18 employés de soutien, principalement des techniciens en éducation spécialisée.

Ces sommes sont tout droit issues de l'entente conclue en décembre 2005 entre les enseignants et Québec: le gouvernement avait alors promis l'ajout en trois ans de 600 enseignants-orthopédagogues (30 millions), de 600 enseignants-ressources, en plus de 30 millions pour «l'ajout ou le maintien» de professionnels ou d'employés de soutien. Au total, 1000 nouveaux postes étaient promis, ce que les syndicats ont demandé de nouveau hier.

«Le texte prévoyait que l'argent était utile soit pour ajouter des ressources nettes, soit pour maintenir des ressources qu'on aurait normalement sacrifiées parce qu'on n'avait plus les budgets nécessaires. C'est une forme d'embauche indirecte», a précisé Bernard Tremblay, directeur des relations de travail à la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ). «Les professionnels s'imaginent qu'ils sont tout seuls sur la planète. Peut-être que les commissions scolaires ont simplement investi massivement cet argent du côté des personnels de soutien.»

Mais les commissions scolaires non plus ne peuvent fournir de portrait précis et chiffré. «Je ne peux ni infirmer ni confirmer les données qui circulent, dit M. Tremblay. On est en campagne et ça fait leur affaire de sortir ça alors qu'on n'est pas encore à l'heure des bilans.»

Le MELS a effectué un sondage éclair à l'automne qui lui a permis de se rassurer quant à l'ajout des ressources promises. «On nous disait que tout allait bien mais, dans certains cas, il manquait tout simplement d'orthophonistes ou de psychologues sur le marché du travail pour combler les besoins», ajoute Mme Boulay, qui assure que les ressources non utilisées cette année sont cumulatives et remises à l'année suivante.

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