Les écoles privées aussi doivent se battre pour attirer les élèves

Certaines écoles privées de Montréal qui occupent le haut du palmarès refusent les candidats en quantité, faute de places. Et les autres? Les 95 % qui restent, à Montréal et ailleurs, attendent les élèves...

Les écoles privées qui croulent sous les candidats ne représentent que 5 % du lot de la province, prévient la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP), qui rappelle que les autres font plutôt la course à la clientèle et ne connaissent pas le phénomène des listes d'attente.

La FEEP, qui regroupe 155 membres à travers le Québec, se désole de voir les médias véhiculer essentiellement la réalité d'une dizaine de collèges montréalais — les Brébeuf, Jean-Eudes, Régina Assumpta, Notre-Dame, Mont-Saint-Louis, etc. — qui reçoivent une avalanche de candidats, et effectuent avec leur test d'admission une véritable sélection.

«On a peut-être 5 % de nos écoles qui ont des listes d'attente épouvantables», explique Micheline Lavallée, secrétaire générale de la FEEP. «Mais les autres gagnent leur clientèle à coups de publicité!»

À Montréal, où une poignée d'écoles reçoivent à l'examen d'admission parfois trois fois plus de candidats qu'elles ne peuvent en accepter en première secondaire, des établissements en «débordement» ont accepté de recommander aux parents déçus, dont les enfants sont refusés dans le collège de premier choix, une série d'établissements en manque d'élèves.

C'est le cas du Collège Régina Assumpta, qui a reçu cette année à son examen d'admission de la fin octobre quelque 1341 jeunes de la 6e année, tous impatients de faire partie des 440 chanceux inscrits en première secondaire en septembre 2003.

Des 901 dossiers refusés, la directrice générale, Annette Bellavance, a retenu plus de 400 candidats — «qui avaient tout pour réussir chez nous mais qu'on a refusés faute de places» — et a annexé à la lettre de refus qui leur était envoyée à la maison la présentation de quatre écoles privées environnantes qui recherchent les élèves plutôt que de les voir se multiplier d'année en année.

L'école secondaire Marie-Victorin, l'Institut Reine-Marie, l'école secondaire Jeanne-Normandin et l'école Marie-Clarac sont ainsi depuis peu «recommandées» par Régina Assumpta, qui offre aux parents et aux élèves de ne pas retourner dans la ronde des examens, souvent liée à une période de stress intense, et de passer directement à la phase des inscriptions, mais ailleurs.

«C'est de plus en plus important ce stress que les enfants ont à supporter», explique à ce sujet Mme Bellavance, qui a vu le nombre de ses demandes d'inscriptions grimper de 30 % il y a deux ans, et qui doit donc désormais composer avec de plus en plus de familles et d'enfants déçus. «Et ce ne sont pas juste les enfants qui sont stressés, mais les parents aussi», raconte-t-elle, évoquant les confidences de papa et maman qui, avant un examen, ont fait de l'insomnie ou une indigestion.

«Certains parents ont tellement peur que leur enfant ne passe pas le test d'admission dans l'école qu'ils privilégient qu'ils leur font faire un autre examen ailleurs juste pour pratiquer», explique Louise Bergeron, directrice générale de l'école secondaire Marie-Victorin, qui n'a pas de liste d'attente et a atteint pour une première fois l'an dernier sa capacité de trois classes de première secondaire (96 élèves).

L'entente particulière avec des collèges comme Régina Assumpta, et aussi le Collège Laval, lui a permis d'atteindre cette capacité maximale, et d'éviter à des enfants qui avaient déjà fait plus d'un examen d'admission de revivre l'angoisse du test.

Louise Bergeron s'étonne d'ailleurs de l'angoisse de certains parents autour de la réussite de l'examen. «Quand j'accueille les parents pour une rencontre d'information, je ne leur présente pas l'examen de sélection autour de l'axe de la performance. Chez nous, les examens nous permettent d'ailleurs bien plus de classer les élèves selon leurs besoins que de les sélectionner.»

Intriguée par le phénomène et le supposé engouement des parents pour le privé, la FEEP souhaite sous peu faire un sondage auprès de ses membres pour vérifier l'ampleur du phénomène de la sélection, dont on parle abondamment depuis la parution annuelle du Bulletin des écoles secondaires du Québec. «Nous voulons savoir s'il est vrai que nos écoles sélectionnent beaucoup et qu'il y a tant de monde que ça qui attendent aux portes», explique Micheline Lavallée, dont l'intuition de départ est plutôt que la majeure partie des établissements s'adonnent aux tests d'admission dans le but de classer les élèves plus que pour les sélectionner.

Une enquête similaire effectuée en 1997-1998 par la FEEP avait révélé que 80 % des jeunes qui se présentaient aux examens d'admission étaient acceptés, 10 % étant refusés faute de places, et un autre 10 % refoulé par manque de ressources liées à leur dossier scolaire ou disciplinaire, explique Auguste Servant, porte-parole de la FEEP.

Les tests d'admission, auxquels certains jeunes s'adonnent parfois deux, trois, quatre et cinq fois les fins de semaine d'automne, sont souvent divisés en deux parties: un examen de connaissances du français et des mathématiques, et deux tests d'aptitudes intellectuelles. Si certaines écoles utilisent des examens standardisés, d'autres font carrément appel à des firmes privées pour les administrer.