Fonds québécois de la recherche - Des millions, enfin !

La nécessité de jeter des ponts entre les pays pour améliorer la recherche scientifique est désormais inévitable. Les trois fonds de recherche subventionnaires du Québec s'y appliquent depuis des années, malgré le gel de leur budget en 2003. Le gouvernement provincial leur a récemment facilité la tâche grâce à une pluie de millions provenant de la nouvelle Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation.

Les sommes investies dans la recherche et le développement sont en hausse dans le monde. Selon l'édition 2006 des «Perspectives de la science, de la technologie et de l'industrie» publiées par l'OCDE, la Chine talonne désormais les États-Unis dans ses efforts de recherche, en y ayant injecté pas moins de

136 milliards de dollars américains au cours de la dernière année. Cette course au renforcement des politiques de recherche et de développement témoigne d'une tendance lourde au sein des pays industrialisés, pour qui l'innovation scientifique signifie l'augmentation de la richesse et un avantage concurrentiel à l'échelle internationale.

Québec y consacre 7,2 milliards de dollars par an, soit 2,72 % de son produit intérieur brut. Mais ce soutien semble insuffisant puisque le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE) a dévoilé en décembre dernier sa nouvelle Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation. Elle prévoit l'injection de 888 millions de dollars sur trois ans, tant en recherche publique qu'industrielle.

Saluée par la majorité des acteurs des milieux économique et universitaire, la politique vise notamment l'intensification de l'internationalisation de la recherche. Un budget de 15 millions de dollars est prévu pour mieux soutenir la participation de chercheurs québécois à des consortiums de recherche internationaux et la présence d'étudiants dans des équipes scientifiques internationales. Le partage du montant n'est toutefois pas encore connu. Cela n'empêche pas les trois fonds subventionnaires de la province de se réjouir pour leurs chercheurs, qui auront plus de latitude pour partager leur expertise à l'étranger.

Le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ), le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) et le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC) sont d'autant plus ravis que la stratégie du MDEIE leur alloue 59 M$, ce qui portera leurs budgets à 180 M$ en 2009-2010. Leur financement était gelé depuis 2003, après avoir été amputé de 40 M$.

Une question de survie

Cet argent neuf leur permettra entre autres de poursuivre les ententes outre-mer déjà signées et de sortir de leurs cartons plusieurs projets de coopération internationale. Pour les trois fonds, l'internationalisation de la recherche est une question de survie. «Nous sommes présents sur la scène internationale dans la mesure de nos moyens, mais la stratégie gouvernementale nous donne un sérieux coup de pouce», estime la présidente-directrice générale du FQRNT, Sylvie Dillard. «On ne peut faire avancer les connaissances de l'humanité en ignorant ce qui se fait à l'extérieur, ajoute le président-directeur général du FQRSC, Jacques Babin. La mobilité du savoir est telle que, si nous n'y participons pas, nous sommes condamnés à devenir les consommateurs des idées des autres.»

C'est pourquoi, dans la foulée de la Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation, les fonds subventionnaires se sont engagés à soutenir la formation d'étudiants à l'étranger par l'entremise d'un important système de bourses d'excellence. Après un rigoureux processus de sélection, les fonds accorderont aux chercheurs en devenir du Québec 900 bourses supplémentaires, qui totalisent un montant de 32 M$.

Plusieurs boursiers actuels étudient à l'extérieur de la province. Quelques-uns se trouvent dans le reste du Canada, mais la majorité semble préférer les États-Unis, l'Europe, la Chine, l'Inde ou encore le Népal. Le président-directeur général du FRSQ, Alain Beaudet, remarque cependant que des étudiants ont parfois le réflexe casanier de ne pas vouloir étudier à l'extérieur du pays. «Il faut les motiver, car c'est une chance unique de confronter des hypothèses et d'observer d'autres manières de faire et de penser», juge-t-il. Comme quoi les voyages forment la jeunesse, peu importe ce que l'on trimballe dans son sac à dos.

Les fonds tentent par ailleurs de favoriser constamment un rapprochement entre les chercheurs québécois, canadiens et étrangers. «Nous avons observé qu'il y a une corrélation significative entre la performance des regroupements de recherche et la participation étrangère», témoigne Jacques Babin.

L'Europe, partenaire de longue date

De nombreuses ententes-cadres et des projets-pilotes sont mis sur pied avec des organismes canadiens et internationaux qui ont une vocation similaire à celle des fonds de recherche québécois. En plus des États-Unis, les pays européens font toujours partie des partenaires prioritaires.

Le FQRS entretient une relation de longue date avec la France. Plus de 40 ans d'échanges en recherche en santé les lient, au cours desquels s'échelonnent de multiples découvertes conjointes en neurosciences, en oncologie, en endocrinologie, en immunologie et en maladies cardiovasculaires. L'étroite collaboration du FQRS avec l'Institut national de la santé et de la recherche médicale de France a donné naissance à la revue Médecine/Sciences, à 168 coopérations entre laboratoires (selon les données de 2003) et à nombre de programmes d'échanges d'étudiants et de chercheurs.

En mai 2005, le FQRNT a signé avec l'Institut national de recherche en informatique et en automatique de France un accord de coopération pour la recherche en science et technologies de l'information et de la communication. Depuis 2005, le FQRNT participe aussi à un volet consacré à la coopération scientifique et technologique de la Commission mixte permanente Québec-Wallonie, tout comme le FRSQ et le FRQSC.

La p.-d.g. du FQRNT, Sylvie Dillard, avoue à regret que cette association ne fonctionne pas autant qu'elle l'aurait souhaité. Le FQRS éprouve les mêmes difficultés avec son programme d'échange en Catalogne instauré en 2004. «Il y a peu de preneurs parmi nos chercheurs, se désole Alain Beaudet. Il faut fouetter les troupes. Tout comme nous l'avons fait avec la France, nous devons créer une tradition de collaboration.»

Plus récemment, le FQRSC a signé une entente de collaboration internationale avec l'Economic and Social Research Council du Royaume-Uni. Les deux organismes développeront ensemble des mesures qui favoriseront la mobilité des étudiants et des professeurs dans le domaine des arts médiatiques, notamment. Des demandes de cofinancement leur permettront également d'encourager les regroupements stratégiques du Québec et leurs membres à développer des initiatives avec des centres de recherche britanniques.

À l'heure actuelle, les chercheurs québécois travaillent d'arrache-pied pour exploiter leurs collaborations déjà établies avec le Vieux Continent, afin de s'intégrer au septième programme-cadre européen, le plus important programme de financement communautaire en faveur de la recherche et du développement technologiques. Doté d'un budget de plus de 50 milliards d'euros, ce programme s'étendra sur sept ans.

À la rencontre des pays émergents

Les récentes missions du Québec en Chine et en Inde ont encouragé les fonds à amorcer ou à consolider les liens entre leurs chercheurs et ceux de ces pays émergents. Visionnaire, le FQRS avait déjà signé un accord en 1998 avec le National Natural Science Foundation of China (NSFC) pour des programmes d'échange à court terme.

Déjà, trois conférences d'envergure portant sur le cancer, les maladies cardiovasculaires et les neurosciences ont réuni des chercheurs québécois et chinois. La dernière ayant eu lieu à Shanghai, la prochaine se déroulera à Montréal et abordera les thèmes de l'infectiologie et de l'immunologie. Alain Beaudet est très satisfait de cette coopération, mais admet qu'il reste énormément de progrès à faire. «La distance ne facilite pas les échanges», explique-t-il.

Le FQRNT s'est aussi associé au NFSC, à la suite de la participation de Mme Dillard à la mission Québec-Chine en septembre 2005. Pour le moment, le FQRSC n'a pas de projet

en vue avec l'empire du Milieu, mais compte bien entrer dans la danse dès que l'occasion se présentera.

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