Université de Montréal - L'international est incontournable

L'Université de Montréal se tourne résolument vers l'international. Une approche qui se reflète tant dans l'enseignement que dans la recherche, notamment dans les projets de développement Nord-Sud. Voici ce dont il s'agit.

Depuis l'an 2000, le volet international occupe une place de choix à l'Université de Montréal. Cette orientation a d'ailleurs fait l'objet d'une première stratégie d'internationalisation (2000-2005) visant notamment à accroître la mobilité étudiante. Cet élément fait toujours partie de la stratégie de seconde génération (2006-2011), mais celle-ci accorde également une place de choix à la recherche à caractère international.

D'ores et déjà, l'Université de Montréal dispose d'un bon nombre de groupes d'étude et de recherche axés sur les relations internationales ou disposant d'une importante composante internationale. Mentionnons, par exemple, la présence en ses murs du Centre d'études et de recherches internationales (CERIUM), de la chaire d'études politiques et économiques américaines, de la chaire de recherche du Canada en droit international des migrations et de la chaire Unesco en paysage et environnement.

Parallèlement, l'institution du haut savoir travaille sur plusieurs fronts. «En collaboration avec les facultés, nous cherchons actuellement à intégrer systématiquement une dimension internationale aux programmes d'études et aux cours, signale Alain Boutet, à la tête de la Direction des relations internationales de l'Université de Montréal. Cela peut notamment prendre la forme de séminaires conjoints avec des universités à l'étranger.»

L'institution cherche en plus à inclure des partenaires du Sud dans ses recherches. Elle prévoit sous peu établir des «contrats de solidarité» avec deux universités des pays en voie de développement, l'une vraisemblablement en Haïti et l'autre en Afrique, dans un lieu qui reste à déterminer.

Une vingtaine de projets

L'Université de Montréal est également maître d'oeuvre d'une vingtaine de projets de développement Nord-Sud en santé, aménagement, génie, éducation et droit, particulièrement en Afrique et en Asie. En interaction avec des établissements de toutes les régions du monde, l'institution attire chaque année de nombreux chercheurs et stagiaires. Avec ses écoles affiliées — HEC Montréal et l'École polytechnique —, l'université occupe le deuxième rang (derrière McGill) parmi les écoles les plus cosmopolites au Canada. En 2006, elle accueillait plus de 5200 étudiants étrangers venus de plus de 100 pays.

Selon M. Boutet, les projets Nord-Sud visent non seulement à transférer l'expertise dans les pays en développement, mais aussi à renforcer les capacités institutionnelles de ces pays. «Autrefois, on formait des gens à la maîtrise et au doctorat afin que l'université partenaire puisse développer ses propres programmes et former ses propres professeurs. Au fil des ans, ces projets ont évolué; la collaboration interuniversitaire doit aujourd'hui avoir un impact sur les politiques publiques et le développement des pays. Par exemple, si nous faisons un projet avec le Brésil, il faut démontrer que celui-ci aura non seulement des répercussions sur les politiques publiques et les priorités de développement du pays, mais aussi sur celles de l'institution partenaire.»

Une façon de faire qui est plus exigeante que celle d'antan, poursuit M. Boutet, mais aussi beaucoup plus stimulante. «Cela nous permet d'élargir la perspective de l'internationalisation. Ainsi, nos étudiants disposent de lieux de stage à l'étranger, nos professeurs ont l'occasion d'enseigner dans un contexte socioculturel différent, tandis nos étudiants et nos professeurs sur le campus ont l'occasion de côtoyer des collègues de nationalité étrangère. Nous sommes gagnants à plusieurs égards.»

De l'avis du directeur, cette stratégie se révèle d'ailleurs nécessaire. «L'internationalisation n'est pas quelque chose d'exotique, note-t-il. C'est un pivot du développement des universités. Cela fait d'ailleurs consensus. La dimension internationale constitue une approche incontournable si on veut former des citoyens ayant une vision globale. Il s'agit d'un facteur pour recruter les étudiants montréalais et étrangers qui choisissent une institution non seulement en fonction de la qualité de la formation, mais aussi des occasions que celle-ci offre au plan international.»

Sur le terrain

Professeure titulaire à la faculté des sciences infirmières et professeure associée au département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal, Bilkis Vissandjee dirige depuis 2003 un projet visant à renforcer les compétences infirmières au Maroc. «Celui-ci a pour but d'améliorer la santé de la population marocaine en haussant la qualité des soins de base et hospitaliers», explique-t-elle. Il s'échelonnera jusqu'en 2009.

Un partenariat entre l'Université de Montréal et le ministère de la Santé marocain permet également d'offrir un programme de deuxième cycle dans le domaine paramédical ainsi qu'un programme de maîtrise de l'Université de Montréal en sciences infirmières, délocalisé à Rabat, à l'intention d'enseignants marocains et adapté leur réalité. «Le projet s'inscrit ainsi dans la vision du développement international de la faculté des sciences infirmières, qui privilégie le partenariat avec les acteurs locaux de développement international ainsi que le développement durable», ajoute Mme Vissandjee.

Bénéficiant d'une subvention de près de 2,5 millions de dollars, ce projet est financé notamment par le Programme de partenariats universitaires en coopération et développement (PPUCD) de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) à hauteur de 750 000 $. «L'ACDI accorde une grande importance à la participation des femmes au développement durable, précise Mme Vissandjee. Le projet fait partie des priorités de l'ACDI, car il considère les Marocaines comme des agentes de changement en voie d'obtenir une maîtrise en sciences infirmières de l'Université de Montréal. Ces femmes n'auraient pu entreprendre des études de deuxième cycle si le programme n'était pas offert, dans sa quasi-totalité, au Maroc.»

Au cours de sa carrière, Mme Vissandjee a également travaillé à promouvoir la santé des femmes immigrantes à Beyrouth, au Liban. Récipiendaire en 2006 du prix Florence (catégorie rayonnement international) de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, ses travaux portent aussi sur les déterminants sociaux, politiques et économiques de la santé des femmes dans les milieux ruraux en Inde.

Pour la chercheure, il s'agit en fait de favoriser le partage de connaissances. «Plus les frontières s'estompent, plus nous devons travailler ensemble», conclut-elle.

Collaboratrice du Devoir

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